Notices biographiques (H), copiées de la thèse de Sacha

Publié le par Sacha Sher

- Hin Chamron : étudiant de l’Ecole Spéciale des Travaux Publics Eyrolles de Paris, il participa au Festival Mondial de la Jeunesse de Vienne en Autriche en 1959 et fut vice-président de l’U.E.K. en 1960. Ingénieur des travaux publics considéré comme un “ Khmer rose ” par les sihanoukistes, ou comme un compagnon de route par les communistes, il rentra en 1976, et fut incarcéré à S-21 (Tuol Sleng) en janvier 1977.

- Hong (Seng So Hong) : “ neveu ” de Pol Pot (avec l’ambiguïté que ce terme comporte au Cambodge), hébergé par le couple Ieng. Messager du Parti pendant la lutte clandestine, il devint Commissaire Spécial pour Phnom Penh pendant la guerre, puis Secrétaire Général du ministère des Affaires Etrangères sous le K.D., ce qui en faisait le numéro deux derrière Ieng Sary.

- Hou Yuon (Youn): Né en 1930 à Angkor Ban (Kompong Cham) de cultivateurs aisés. Elève au lycée Sisowath, il arriva à Paris fin 1949, passa sa licence en droit et décroche le titre de docteur en sciences économiques en 1954 à Paris après 5 ans d’études avec une thèse sur La paysannerie au Cambodge. Membre du P.C. Français, participant au Cercle d’études marxistes, il alla en Yougoslavie vers 1950 et en Roumanie en 1953. Secrétaire d’Etat à la Santé Publique et au budget en 1958-1959, il devint, non sans mal, professeur d’économie politique en 1960 à la Faculté de Droit et de Sciences Economiques de Phnom Penh [1]. Selon la confession de Toch Phoeun , il se serait prononcé en 1966-1967 contre “ la dictature du Parti déguisée en centralisme démocratique ”. Ministre de l’Intérieur et des Réformes, ou de l’Intérieur, des Coopératives et de la Réforme Communale du GRUNK pendant la guerre civile, employé au ministère de la Propagande dirigé par Hu Nim et Tiv Ol, il eut souvent à intervenir lors de grands meetings dans les zones contrôlées par le FUNK, en parlant avant tout des efforts à réaliser pour s’unir face aux Américains et à Lon Nol, sans céder au compromis. D’après Tea Sabun, il aurait été un de ceux qui exprima le plus longuement ses critiques vis-à-vis de la collectivisation lors du Congrès du P.C.K. de juillet 1971. Il était alors pour le maintien des équipes d’entraide mutuelle. Hu Nim, dans sa confession, indiquait qu’en 1970, Hou Yuon “ osait gronder ” Pol Pot, et se plaindre qu’on le rabattait au rôle de “ ministre pantin ” et que l’on se servait de lui comme d’un “ écran ” [2]. D’après Koy Thuon, qui était dans la zone Nord avec lui, la ligne lui paraissait erronée en obligeant les paysans à aller plus vite que ne le permettait leur niveau de conscience. La collectivisation des terres et des animaux de traits mécontentait les masses, la suppression des marchés ne pouvait qu’empêcher les éléments patriotiques bourgeois de soutenir la révolution, quant à l’évacuation des gens des villes et des marchés, elle était contraire à la pratique des autres révolutions [3]. Toch Phoeun confessait que Yuon n’avait alors aucun rôle dans le Parti, et qu’il commença à exprimer ses désaccords avec le Parti en 1973, dût-il lui en coûter la vie. Ses critiques, probablement exprimées en dehors des réunions du Comité Central, dont il n’était pas membre, portaient sur la collectivisation de l’alimentation et des objets personnels (montres, bicyclettes) et sur l’interdiction des jardins familiaux. Mais il ne voulait pas renverser le P.C.K. en versant du sang. Il ne parvint pas à s’entendre avec Hu Nim, qui voulait toujours être le chef et dont le caractère était très retors. En 1974, il était démis de ses fonctions du bureau de Propagande du FUNK [4] . Koy Thuon entendit en avril 1975 que Hou Yuon avait été mis en détention par l’Organisation. Son élimination du champ politique eut lieu vers avril ou mai 1975 vraisemblablement pour s’être opposé à l’évacuation des villes, à la suppression de la monnaie et à une collectivisation trop rapide. Des documents de S-21 indiquent que Hou Yuon fut “ jugé ” en 1975. Les conditions de sa mort, qui, selon plusieurs témoins visuels n’est pas intervenue immédiatement, restent mystérieuses [5]. Il aurait prophétiquement déclaré à Pol Pot lors d’une réunion de la direction révolutionnaire peu après la victoire (ou en février 1975 ?) : “ Je ne donne pas plus de trois années d’existence à votre régime ” [6]. Ou encore : “ La collectivisation à outrance ne pourrait pas marcher. Elle ne pourrait durer plus de trois mois sans une révolte populaire ” [7]. 

- Hu Nim (alias Phoah, Phos): Né le 25 juillet 1932 à Mien, srok de Prey-Chhor (Kompong Cham). Elève au lycée Sisowath, il vécut au centre religieux du Wat Unnalom avec un bonze. Obtenant la deuxième partie de son baccalauréat en philosophie à Phnom Penh en 1953, il effectua ses deux premières années de licence à l’Institut National d’Etudes Juridiques, Economiques et Politiques, qui était, en 1953, le seul établissement d’enseignement supérieur à Phnom Penh. D’après sa confession, il aurait obtenu une bourse en 1955 pour continuer ses études de douanes et de droit en France alors qu’il était poursuivi par la police pour avoir fait campagne pour le Parti Démocrate. Il y fréquenta des progressistes tout en s’opposant à l’influence vietnamienne sur les révolutionnaires et obtint sa licence en droit en 1957. Rentré au pays, il adhéra au Sangkum le 30 décembre 1957, et devint peu de temps après député et sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur chargé des relations avec le Parlement [8]. Du 19 janvier 1960 au 5 août 1960, à la faveur de la récente affaire de tentative de coup d’Etat pro-américain imputée à Sam Sary et Dap Chhuon, il fut directeur politique de l’hebdomadaire Réalités cambodgiennes. Contrôleur des douanes, fonctionnaire au ministère du Plan, il devint vice-président de l’Assemblée Nationale en 1962, secrétaire d’Etat au commerce la même année avant d’être renvoyé en 1963. Vice-président et président de l’Association d’Amitié Sino-cambodgienne créée en 1964-1965, il termina alors une thèse sur Les services publics et économiques au Cambodge (1965). Il partit pour le maquis le 7 octobre 1967 pour échapper à la répression touchant les intellectuels progressistes. Parvenant dans la zone Nord, sous l’aile de Koy Thuon, il devint président du Ministère de la Propagande du Parti, assisté de Tiv Ol . Ministre de la Culture, de l’Education, de l’Information et de la Propagande du GRUNK en 1970, il fut critiqué par  Tiv Ol pour avoir accordé une promotion au transfuge démocrate Pech Leum Kun, qui, en quittant en avion le régime de Lon Nol , avait jeté des bombes sur le palais présidentiel. Avant 1974, écrivait Toch Phoeun, Hu Nim était en conflit ouvert avec Hou Yuon . Il se plaignait néanmoins auprès de Phoeun du manque de confiance que lui accordait le Parti, et du rôle de simple “ façade ” que lui apportait son poste de ministre. A partir du début de l’année 1974, Nim, se serait mis à critiquer le refus de négocier avec les Américains qui coûtait un prix exorbitant en vie humaines, ainsi que les attaques contre les petits-bourgeois, la coopérativisation qu’il jugeait comme Hou Yuon, “ trop rapide, si bien que les masses n’étaient pas enthousiastes mais effrayées ”, d’autant qu’elles étaient éduquées par des “ ignares ”. La fermeture des marchés était contraire aux lois économiques du socialisme, et pas seulement du capitalisme. Quant à l’alimentation collective, elle était une blague, une caricature des attaques bourgeoises contre le communisme stalinien [9]. Sous le K.D., resté ministre de l’Information et de la Propagande, il émit quelques communiqués en matière de politique étrangère, et lut les résultats des élections de mars 1976, mais il n’était pas membre du Comité Central. Tiv Ol écrit dans ses confessions qu’il demandait plus de personnel pour améliorer les émissions radio et mieux contrôler les masses aux échelons inférieures. Le ministère de la Propagande était devenu, par le biais des affinités entre Hu Nim et Koy Thuon, une sorte de satellite du ministère du Commerce qui lui prodiguait de nombreux biens (nourriture, boissons, radios, savons, montres), ainsi qu’un lieu privilégié pour des relations intimes hors mariage. Hu Nim a sans doute pu se maintenir grâce à son caractère qualifié dans certaines confessions de “ retors ” ou d’“ indécis ”. Koy Thuon indiquait que Hu Nim avait dissimulé ses oppositions devant l’Organisation, qui avait donc été dupée en le confirmant au poste de ministre de la Propagande. Il considérait en réalité que la suppression des marchés ne signifiait pas l’égalité mais de vastes disparités dans l’approvisionnement en nourriture, faute de mécanisme opérationnel d’échange, que la politique d’exécution relevait du fascisme, et que l’évacuation avait entraîné des “ souffrances absurdes ” : ceux qui avaient été privés de leur toit et de leurs biens après des années d’économies étaient dorénavant privés de tout et tourmentés comme des “ tortues dans un feu ” [10] . Il fut arrêté le 10 avril 1977, quelques semaines après que Toch Phoeun et Koy Thuon aient écrit leur confessions. On dit aussi qu’il aurait pris trop au sérieux ses fonctions de ministre et de député du K.D., jusqu’à concurrencer Ieng Sary lors de visites diplomatiques, jouant par exemple au maître de cérémonie lors de l’anniversaire du 17 avril, tout en refusant de rouler dans la mercedes mise à sa disposition par l’Angkar [11]. Peu avant son arrestation, il aurait dit à Yun Yat , qui lui succéda à ce poste, “ le temps est venu pour qu’on utilise la monnaie ” [12].



[1] Archives Nationales. Dossier AJ 16 8341, relations internationales concernant le Cambodge : Fonctionnement de la faculté de droit et de sciences économiques de Phnom Penh: rapports, correspondances, affiches, cours 1959-1963. La dépêche du Cambodge, 8 janvier 1959.

[2] Kiernan, How Pol Pot..., pp.328-9, 407, n.322.

[3] Synthèse des confessions de Koy Thuon alias Khuon alias Thuch, par Steve Heder.

[4] Synthèse des confessions de Toch Phoeun alias Phin, par Steve Heder.

[5] Ben Kiernan, Le génocide au Cambodge, pp.76-77 et How Pol Pot came to power, p.417. Steve Heder estime que Hou Yuon a pu mourir de maladie, au travail, après avoir été “ jugé ” : Peung Say qui avait été détenu avec Hou Yuon estimait qu’il était mort en 1976, ce que confirmerait d’autres témoignages. Ieng Sary avait déclaré en 1979 que Hu Nim avait été exécuté et que Hou Yuon était mort de malaria. Une version peu crédible veut qu’il ait envisagé le suicide, tandis que son garde du corps lui aurait suggéré plus d’une fois la fuite vers l’Ouest. Mais il voulait mourir dans son pays. Lorsqu’un émissaire vint lui annoncer qu’on venait le chercher pour aller voir Pol Pot, il sentit son heure venue et saisit un pistolet. L’émissaire, pensant qu’il voulait le tuer, l’abattit sur place (communication de Suong Sikoeun).

[6] Communication personnelle de Suong Sikœun, 1er janvier 1999. Ebauche d’autobiographie, p.13.

[7] In Sopheap, Khieu Samphân, agrandi et réel, 2001-2002, version dactylographiée, p.102.

[8] La liberté, bi-hebdomadaire de Phnom Penh, 3 mars 1958 et 11 juillet 1958. Le Sangkum, octobre 1966, n°15, p.47.  

[9] Synthèse des confessions de Toch Phoeun alias Phin, par Steve Heder.

[10] Synthèse des confessions de  Koy Thuon alias Khuon alias Thuch, par Steve Heder.

[11] Norodom Sihanouk, Prisonnier des Khmers rouges, p. 230, 260.

[12] Communication personnelle de Suong Sikœun, 31 mars 1999.

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L
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