L'influence de Rousseau (4, notes) (Etudes JJ Rousseau, http://rousseaustudies.free.fr)

Publié le par Sacha Sher

[1] S. Sher, Le Kampuchéa des « Khmers rouges », essai de compréhension d’une tentative de révolution, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 247. 

[2] Chiffres établis après l’ouverture d’archives sous Clinton, voir « Bombs over Cambodia », Ben Kiernan and Taylor Owen,

   The Walrus, Canada, October 2006, http://www.yale.edu/cgp/Walrus_CambodiaBombing_OCT06.pdf ou ZNet, « BombsOver Cambodia: New Light on US Air War », mai 2007, http://www.zmag.org/content/showarticle.cfm?ItemID=12814.

[3] « Pol », « soldat » ou « esclave héréditaire », n’a pas la même sonorité que le prénom Paul. Il est cependant à la racine du mot cambodgien Polotiri qui allait être inventé plus tard pour « prolétaire », terme abondamment utilisé par Pol Pot. Les anthropologues tendent aujourd’hui à remettre en question l’image de l’esclavage en Asie pour lui substituer le concept de statut de corvéables ou de tributaires. Mais c’est l’image d’alors qui importe. Selon Keng Vannsak, un camarade de Pol Pot jusqu’à la fin des années cinquante, les étudiants de Paris savaient qu’il avait existé jusque dans les années vingt des esclaves du Roi dits Pol Sdech qui portaient les armes. Il leur aurait été moins connu qu’il eût existé des esclaves de Bouddha, les Pol Wat, ou Pol Préah, alors que cette dernière expression existait dans un dictionnaire cambodgien français de 1935 et dans le récit très connu par les Cambodgiens du Sdach Kân, l’histoire d’un pol-Préah devenu mandarin par l’intercession de sa sœur devenue favorite du Roi, et ayant fait régner la justice après une révolte de 1512 à 1516 (S. Tandart, Dictionnaire Cambodgien-Français, 1935, t.II, p.1622 : Pôl Preah = esclaves des pagodes. Adhémard Leclère, « Le Sdach Kân », Bulletin de la Société des Etudes Indochinoises, n°59, 2e semestre, 1910, p.17-55). Saloth Sar aurait déjà dit au moins une fois à Paris qu’il s’appelait Pol (ou Paul) pour cacher son identité, dans des circonstances que Vannsak a refusé de nous révéler (David Chandler, Pol Pot, frère numéro un, p.81. Entretien avec Keng Vannsak, 11 avril 2001. Pour sa part il donnait l’hypothèse que le prénom Pol avait un côté descriptif, pol-pol signifiant dodu...) Enfin on retrouve le mot Pôl dans deux articles écrits à Paris. L’un, attribué à Saloth Sar, dénonçait la condition des Khmers sous la monarchie : les Khmers étaient « pareils à des animaux, servant de soldats (pol) ou d’esclaves (knjom ke), contraints de travailler jour et nuit pour nourrir le roi et son entourage » (David Chandler, Pol Pot, frère numéro un, p.70, ou autre traduction dans Thion et Kiernan, Khmers rouges ! : « La condition du peuple se rabaisse à celle de l’animal ; le peuple, qui est considéré comme un troupeau d’esclaves est obligé de travailler sans relâche nuit et jour, pour nourrir la monarchie absolue et son sérail de courtisans »). L’autre article, non signé, « La lutte libératrice du peuple khmer », avait été publié dans la revue Etudiants anticolonialistes (n°16, février 1953) diffusée par le comité de liaison de l’Association Internationale des Etudiants de tendance pro-soviétique et anti-titiste (un comité dirigé par Jacques Vergès, que connaissaient certains communistes de l’A.E.K., et traitait de la répression coloniale au début du XXe siècle : « tous les habitants » avaient été « condamnés à porter le nom ignominieux, symbole de la pire servitude de "Damnés", de "Maudits" [peut-être le terme Phdah mentionné plus haut, Phdasa signifiant maudire], et leur condition juridique ravalée à celle des "Pôls", des "Esclaves" ».

[4] Ce pseudonyme dont on a exagéré l’importance et escamoté l’origine anecdotique et le contexte a prêté le flanc à tout un cortège d’accusations de passéisme, d’« extrême nationalisme », d’« extraordinaire présomption » et même de « signe avant-coureur du fanatisme racial » ou d’avant-goût du « nationalisme fanatique et auto-destructeur du futur régime khmer rouge ». On tente curieusement ici d’assimiler Pol Pot à son pire ennemi Lon Nol, le fondateur de l’Institut Mon-Khmer (Dans l’ordre : Elizabeth Becker, op. cit., Paris, p.71 (New York, p.76), Le Monde, 7 juin 1996, article non signé, et Haing Ngor, op.cit., p.320. Ngor n’a pourtant jamais entendu parlé des « Vietnamiens » sous les « Khmers rouges » qui disaient juste « l’ennemi » (p.283) et indique juste une fois s’être vu demander s’il était chinois ou vietnamien (p. 172) et une autre fois que les soldats se mirent à chercher les Cambodgiens parlant vietnamien en 1978 (p. 258). Ngor traduit par « Khmer authentique », alors que l’expression cambodgienne équivalente serait Khmaer Sott. Lon Nol avait lancé un programme d’études sur la supériorité de la race khmère à peau sombre (p.53)). Ben Kiernan, dans l’argumentation de son dernier livre et de ses articles, fait grand cas du pseudonyme pour montrer que Pol Pot était animé d’une obsession de pureté raciale. Des journalistes français vont ensuite jusqu’à en faire un programme de gouvernement, ce qui est, dans les deux cas, dénué de raison (Pour Paul Dreyfus, Pol Pot aurait répété « des centaines de fois » vouloir revenir au « Khmer originel » (Pol Pot, Le bourreau du Cambodge, Stock). Pure imagination de sa part qui semble avoir été déclenchée par les ragots du Monde : « Les Khmers rouges procédèrent en avril 1975, sous [les ordres de Pol Pot], à l’évacuation [des habitants des villes] ainsi forcés de retourner aux sources du "Khmer originel", dans la rizière ou la forêt » (17 avril 1998, Francis Deron et Jean-Claude Pomonti)).

[5] Entretiens avec Keng Vannsak, mai 1998 et 11 avril 2001. Pour des références ethnologiques ou étymologiques sur l’origine de khmaer daeum, voir la partie « pseudonymes » de la page http://big.chez-alice.fr/khmersrouges/ppkr2.html.

[6] David Chandler, Pol Pot, frère numéro un, Plon, 1992, p. 61 ou The Tragedy of Cambodian History, Yale, 1991, p. 54.

[7]  Phrase de l’historien David Chandler (Pol Pot, op. cit., p.62). Chandler l’a appris de Soth Polin, ancien élève de Sar (communication du 21 février 2001).

[8] Le Monde, 31 décembre 1998, article de Francis Deron et communication du 7 juillet 1999. Deron avait fait partie d’une délégation de presse venue observer, pendant la saison sèche 1980-1981, quelle part de territoire contrôlaient les « Khmers rouges ». L’expression « profondément imbus » était de l’interprète qui accompagnait le journaliste.

[9] Philip Short, Pol Pot, Anatomy of a Nightmare, New York, Henry Homt & Co, 2004, p. 36. Une traduction français de cette biographie a paru chez Denoël.

[10] Entretien avec Mey Mann dans Sopheap, Khieu Samphân, agrandi et réel, version dactylographiée, 2001-2002, p. 27. Communication personnelle de Philip Short. Entretien avec Mr. W.

[11] Entretien avec Kim Vien, 16 mars 1998. Communication de Philip Short, et Pol Pot, 2004, p. 71. Ong Thong Hoeung, Illusions perdues, manuscrit de 2001, p. 2, 63. publié en 2003 chez Buchet Chastel sous le titre J’ai cru aux Khmers rouges, retour sur une illusion (Enthousiaste à l’idée de reconstruire son pays – le mot liberté l’« enflammait » –, et préférant vivre avec un idéal plutôt qu’avec le confort, il allait cependant perdre ses illusions sur la façon dont l’idéal révolutionnaire allait être dévoyé. Le pouvoir, méfiant vis-à-vis des intellectuels formés à l’étranger, allait les cantonner à des tâches manuelles dans le but de les rééduquer par le travail, et était trop obnubilé par la lutte contre l’ennemi intérieur.  

[12] Phung Ton, La crise cambodgienne, thèse de droit, 1954, p. 39 et 57.

[13] Entretien avec Khieu Samphan, 14 juillet 2000.

[14] Pol Pot se rappelait du titre et non de l'auteur, ici précisé (voir l'interview dans Far Eastern Economic Review, 30 octobre 1997, p. 21, et Phnom Penh Post, 24 octobre - novembre 6 1997, p. 4).

[15] Emile Durkheim, Le socialisme, réédition Retz CEPL, 1978, p. 67.

[16] Wilfred Burchett, The China Cambodia Vietnam Triangle, Vanguard Books, 1981, p. 56. Entretiens avec Nguyen Huu Phuoc, 1er et 3 avril 2001.

[17] Burchett, op. cit., p. 65.

[18] Philip Short, Pol Pot, Anatomy of a nightmare, 2004, p. 173.

[19] François Ponchaud, « La révolution khmère rouge: un phénomène khmer? », p. 9.

[20] Entretien avec Charles Meyer du 8 juin 1998.

[21] Karl D. Jackson editor, Cambodia 1975-1978, Rendez-vous with Death, Princeton University Press, Princeton, New Jersey, 1989, Annexe A, p.261. Patrice de Beer, , « Historique du P. C. Cambodgien », Approches Asie, n°4, déc.1978p.48. En 1976, les Statuts du Parti parleront du « principe d’unifier la théorie et la pratique ». 

[22] Bi-mensuel Salut Khmer, 15 juin 2001, n°236, p. 2. « Speech by Pol Pot », S.W.B., BBC, 1 octobre 1977. Searching for the truth, N°11, November 2000, p. 12. 

[23] Mao, « Les Tâches de 1945 », Le Petit Livre Rouge. Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne, Œuvres complètes, t.3, Seuil, 1971, p.550.

[24] Jean-Jacques Rousseau, De l’inégalité parmi les hommes, Editions sociales, 1977, p. 75 (il s’agit des premières pages du discours). Friedrich Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique, éditions sociales, 1945, p.11.

[25] J.-J. Rousseau, Dernière Réponse à de Bordes. Cité dans Yves Vargas, Rousseau, Economie Politique 1755, P.U.F. collection Philosophies, 1986, p. 71.

[26] De l’inégalité…, pp.68-69.

[27] Michel Cochet, « Mao Ze Dong »  dans L’Aminot et Vargas, éd., http://rousseaustudies.free.fr/Dictionnairereception.html,

[28] Voir leurs thèses et les paroles de Rath Samoeurn vers 1952, selon François Debré, Cambodge, la révolution de la forêt, Flammarion, 1976, p. 85.

[29] Serge Thion, Watching Cambodia, pp.168-170 ou « Shoul Pol Pot sit alone in Trial », Le Temps Irréparable, 3 juillet 1997, http://aaargh.vho.org/fran/revue.html (Thion avait lu la thèse de Keng Vannsak, Recherche d’un fonds culturel khmer, 1971, disparue de la Sorbonne).

[30] J.-J. Rousseau, Du Contrat Social, Garnier Flammarion, 1966, Livre I, p. 51.

[31] S.W.B., Far East, BBC, 5 octobre 1977, C/12.

[32] Chez Rousseau, la volonté générale n’a de sens que par l’adéquation du citoyen et du sujet en chaque individu et se distingue de la volonté de tous. J.-J. Rousseau, Du contrat social (1762), Garnier-Flammarion, 1966, chapitre VI, VII : « Chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous […] l’aliénation se faisant sans réserve, l’union est aussi parfaite qu’elle ne peut l’être et nul associé n’a plus rien à réclamer. […] aucun supérieur commun […]. Le pacte social […] se réduit aux termes suivants : chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale […] Quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera d’être libre ». 

[33] Buonarotti, Conspiration pour l’égalité dite de Babeuf (1828), Editions sociales, 1957, t. 2, p. 205-209.

[34] Yves Vargas, « Jean-Jacques Rousseau, la vertu », avril 1998, http://rousseaustudies.free.fr/ArticleVargasvertu.html.

[35] J.-J. Rousseau, Dernière Réponse à Bordes. Cité dans Yves Vargas, Rousseau, Economie Politique 1755, P.U.F. collection Philosophies, 1986, p. 71.

[36] Buonarotti, op. cit., p. 152.

[37] Marx et Engels, Le manifeste du Parti communiste, Editions sociales, 1966, p. 69.

[38] Ibid., p. 89.

[39] Friedrich Engels, Anti-Dürhing. Editions Sociales, 1971, p. 334.

[40] H.G. Wells, La Russie telle que je viens de la voir, 1921, p. 144.

[41] Sur Babeuf, More et la monnaie, voir Yolène Dilas-Rocherieux, L’utopie ou la mémoire du futur, de Thomas More à Lénine, Robert Laffont, 2000, p. 38). Buonarotti, Conspiration pour l’égalité …, op. cit, t.2, p. 209 et 214.

[42] J.-J. Rousseau, Œuvres complètes, Seuil, 1971, t. III, p. 550-551 : « Cherchez en tout pays, en tout gouvernement et par toute terre, vous n’y trouverez pas un grand mal en morale et en politique où l’argent ne soit mêlé [...]. On ne peut faire agir les hommes que par leur intérêt, je le sais ; mais l’intérêt pécuniaire est le plus mauvais de tous, le plus vil, le plus propre à la corruption et même [...] le plus faible aux yeux de qui connaît bien le cœur humain ».

[43] Une autre hypothèse tentant de rattacher la révolution d’avril 1975 à une veine non marxiste, fut celle confiée à Henri Locard par Thiounn Mumm, qui a tendance à ramener la révolution khmère à une révolution paysanne. Il estime que l’Organisation aurait puisé son inspiration anti-monétaire dans l’expérience de la révolte des Taï-ping en Chine au milieu du XIXe siècle. Les nombreuses histoires sur les Taï-ping, y compris l’ouvrage qu’il conseilla à Henri Locard de lire, en confondant l’auteur de l’ouvrage et le préfacier, ne mentionnent nullement une quelconque abolition de la monnaie. Le Taï-ping tian-guo (Dynastie Céleste de la Paix Suprême) était une secte chrétienne et anti-confucéenne aux tendances syncrétiques et millénaristes, prédisant la venue du Paradis sur Terre, dont le chef, Hong, se prenait pour le fils cadet de Dieu, derrière Jésus. En 1949, Mao avait dit de ce dernier qu’il avait été le premier Chinois à se tourner vers l’Occident pour chercher la vérité, et les communistes chinois soulignaient le caractère anti-féodal et anti-mandchou du mouvement Taï-ping tout en le soumettant à leur critique : absence d’une direction ouvrière ou bourgeoise, caractère irréalisable de leur projet de partage égalitaire des terres (lequel ne fut d’ailleurs sans doute pas appliqué) dont l’effet serait de retarder « le pouvoir productif social [...] au niveau de l’entreprise des petits paysans inorganisés. Pour cette raison, cette pensée socialiste agraire utopique est en fait de nature réactionnaire ». (Henri Locard, Deux utopistes khmers en France : Thiounn Mumm & Vandy Kaonn, p. 49). Thiounn Mumm renvoyait à l’ouvrage de Jean Chesneaux La Révolte des Taï-Ping, 1851-1864, Prologue de la Révolution chinoise, Le Pavillon, Editions Roger Marie, 1972. En réalité, l’auteur en était Jacques Reclus, et le préfacier Jean Chesneaux. Le lecteur pourra lire notamment les pages sur l’interprétation marxiste du mouvement, p. 241-247. En 1965, Chesneaux écrivait que les Taï Ping « promulguèrent une loi agraire qui ne fut peut-être jamais appliquée d’ailleurs, et qui instaurait une sorte de communisme primitif de la terre, du travail agricole et des récoltes. Celles-ci étaient réunies dans des "greniers célestes" pour être ensuite distribuées également à tous »  dans Les sociétés secrètes en Chine, XIXe XXe siècle, Julliard, p. 134. Locard n’a pas trouvé mention d’abolition de la monnaie chez les Tai-Ping dans la Cambridge History of China, vol.10, Part I, Chapt.6 « The Taiping Rebellion », p. 264-317, 1978.

 

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D
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