Conclusion (2) (pp.289-293 du Kampuchéa des Khmers rouges...)
Assurément, Pol Pot et ses camarades dictateurs, en ayant un a priori positif à l’égard des masses, semblent s’être peu souciés de ce que pouvait produire l’expression armée des instincts débarrassés de la tempérance bouddhique. Mais d’un autre côté, ils se sentaient les maîtres. A la question de savoir comment il était possible de créer un homme nouveau intégralement collectiviste, la réponse des responsables de la sécurité était qu’il fallait rééduquer sans cesse puis mettre en prison toute personne ayant conservé des croyances, des opinions politiques ou des habitudes de vie jugées réactionnaires, ou montrant des réticences ou des difficultés à travailler pour la communauté et à obéir à la « très clairvoyante » ligne du Parti. Le crime avait été le lot quotidien de la guerre et le nouveau régime, même s’il avait édicté des règles disciplinaires novatrices au Cambodge, ne reculait pas lui-même devant les assassinats politiques pour assurer sa pérennité. De plus, l’administration du nouveau régime tarda à se construire, apparemment par hostilité envers la bureaucratie. Les cadres étaient supposés se construire régulièrement, mener des attaques contre eux-mêmes, et agir collectivement afin que chaque membre pris isolément et que le Parti dans son ensemble deviennent « politiquement, idéologiquement et organisationnellement propres », mais bien souvent, les contrôles hiérarchiques étaient encore insuffisants pour garantir l’application correcte des instructions. En prime, les contrôles venant de la base faisaient défaut.
Les syndicats, évoqués dans la Constitution, étaient inexistants à l’échelon local. L’homme était dans la situation d’un serf en résidence forcée et groupée, mais obligé, pour améliorer son sort, de mendier ou de s’abaisser à la corruption devant ses gardiens, puisque la recherche individuelle de la survie était bridée.
Tout reposait en fait sur l’attitude des cadres. Aussi, en 1977 et en 1978, des sanctions massives furent prises à chaque échelon du Parti contre le gauchisme et l’autoritarisme. Les purges éliminaient nombre de réseaux de pouvoir selon un processus qui n’avait pas forcément toujours de rapport avec la chasse aux fautifs. Et là où des changements furent opérés les objectifs primordiaux de l’Etat n’étaient pas remis en cause. Ce n’est que vers la moitié de l’année 1978 que le P.C.K. mit de côté sa méfiance de classe et revit une partie de son organisation économique. Jusqu’alors, les « nouveaux » ne faisaient pas partie des catégories d’appartenance aux coopératives qu’étaient les « pleins droits » et les « suppléants ». Ils n’étaient que « confiés » à ces coopératives, et étaient relégués dans des champs de bataille « secondaires » ou « non stratégiques », en tant que forces « tactiques », même s’il arrivait que certains d’entre eux fussent relativement intégrés à l’appareil étatique, notamment au Nord-Ouest, avant d’être purgés. Désormais, tous les « nouveaux » étaient officiellement mis à égalité avec les « anciens », et les journaux du Parti commencèrent à envisager qu’ils puissent remplacer les membres du Parti influencés par l’ennemi. Au cours de la deuxième moitié de l’année 1978 les étudiants revenus de l’étranger et soumis à rééducation furent également rappelés à Phnom Penh dans le but de mener la guerre des ondes contre le Vietnam. Etant donné la conjoncture militaire, la stratégie de réhabilitation de l’année 1978 était loin d’être désintéressée, mais elle parachevait les efforts entrepris dès le début pour rallier les « nouveaux » à la révolution à force de rééducation. Sur d’autres questions, le tournant était imprévu. En septembre 1978, les « aînés » du Parti crurent bon de réhabiliter officieusement Hou Yuon. Et vers juillet-août 1978, des voyages inter-régionaux, jusqu’alors empêchés sous prétexte de centralisation, commencèrent à être organisés dans le but d’échanger des points de vue entre camarades responsables. En décembre, à B-1, les vêtements de couleur furent peu à peu remis au goût du jour, et l’on reparla de mariages. L’alimentation en commun, en revanche, resta un acquis de la révolution et fut même parfois accentuée avec la construction de cantines plus grandes en décembre 1978 : cet atout était censé assurer la victoire sur les Vietnamiens [i] . Une phase de « normalisation » était donc en cours. Toutefois, contrairement à d’autres pays, elle n’eut pas le temps d’effacer des mémoires les excès de départ.
La direction, faisant de la dictature du prolétariat son cheval de bataille économique et militaire, mais aux prises avec des résultats et un soutien populaire incertains, resta rivée à ses certitudes et passa à la trappe les principes hautement proclamés de l’autocritique. Elle prit pour argent comptant les rapports policiers de la base, mais se montra incrédule en lisant les rapports économiques les plus inquiétants alors même qu’elle demandait de ne pas être trop optimiste dans l’écriture desdits rapports. Enfermée dans les contradictions de l’espèce de centralisme démocratique qu’elle organisa, ou en recherche désespérée de centralisation et d’ordre dans un climat de tensions, cette direction ne manqua pas – comme bien d’autres révolutionnaires en proie à des menaces physiques et à des contradictions systémiques génératrices d’oppositions [ii] – d’activer une politique de purge. Cette politique ne tarda pas à s’emballer à mesure que la police cherchait partout des éléments « mauvais », et qu’étaient brocardés des réseaux d’ennemis abstraits pour mieux galvaniser l’action répressive et masquer les problèmes grandissants. Des cadres de plusieurs zones furent convoqués au sommet du système de sécurité pour être interrogés, et des troupes proches du pouvoir central furent envoyées arrêter, déporter et purger des cadres de plusieurs zones. La région Est fut, en 1978, le théâtre de la plus grande purge : l’armée y avait connu des défaites face au Vietnam et de nombreuses désertions, et sa conscience idéologique avait été jugée défaillante. Cette purge, menée dans l’urgence et sans grand souci du secret, rencontra la résistance des combattants locaux, et, peu avant la chute, déclencha un processus qui allait mener en quelques semaines à des déportations puis à la mort de 100 000 personnes, cadres et civils mêlés.
Que les dirigeants eussent tenté d’appliquer leur utopie sur eux-mêmes n’aurait pas constitué un problème, mais ils tentèrent d’assurer le bonheur des autres, un bonheur de troupeau, à leur place. Le drame vient, comme nous le faisait remarquer Pin Yathay, de ce qu’ils expérimentèrent leurs théories, non pas sur des minéraux ou des animaux, mais sur des hommes qui ont des sentiments et qui souffrent. Une des raisons peut en être trouvée dans Le Manifeste du Parti Communiste : Marx et Engels écrivaient que les socialistes comme Saint-Simon, Fourier, Considérant, Cabet, et Owen « essayent de frayer un chemin au nouvel évangile social par la force de l’exemple, par des expériences en petit qui échouent naturellement toujours ». On peut en tirer la conclusion que seul un travail d’organisation à l’échelle nationale a des chances de durer. Mais on peut aussi juger que ce travail ne doit pas exclure les initiatives locales créatrices et spontanées. Or, pour des raisons d’efficacité économique et de pouvoir, ou par goût de la simplification et de l’uniformisation, cette liberté pose problème à certains communistes. Staline entendait ainsi dans Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. (1952) substituer « par étapes graduelles » « la propriété de tout le peuple » (ou la « propriété nationale ») à « la propriété d’un groupe » (le kolkhoze), laquelle portait encore en son sein des contradictions et des entraves à la croissance des forces productives [iii] . Le P.C.K. n’agit pas autrement en créant des fermes d’Etat qu’il baptisait frauduleusement « coopératives supérieures ».
Les anciens instituteurs ou révolutionnaires professionnels qui formaient le noyau de l’appareil de l’Organisation, animés par la conviction plutôt que par la responsabilité, attentifs aux considérations idéologiques et sécuritaires plutôt que techniques et gestionnaires, ne brillèrent pas par leur souci des réalités. En partie informés des problèmes de famine et de maladie qui accablaient certaines régions, ils tardèrent à réagir efficacement, comme dans d’autres pays dits révolutionnaires, par attachement à l’infaillibilité de la ligne, au principe d’autosuffisance, et à la propreté sociale du Parti. Trop sûrs d’eux, ils cherchèrent des boucs émissaires, d’abord au sein de la population, puis, de plus en plus, au sein du Parti, et enfin à l’intérieur même des cercles dirigeants des régions.
Il n’est pas de raison de penser que le réputé modéré et clairvoyant Khieu Samphan, nominalement placé à la tête du mouvement dès ses prémisses et jusqu’au 25 décembre 1998, n’ait pas partagé ces convictions, faute d’avoir eu connaissance des moyens employés. Communiste dès sa jeunesse parisienne ou montpelliéraine, son esprit d’architecte social s’était laissé convertir, dans sa thèse, à l’idée de changer les mentalités par des « mesures très sévères ». Lorsqu’il fut donc question de sauvegarder la révolution socialiste, le passage vers l’idée de purges – qui inclue bien sûr des mesures variées – se fit sans mal. Il est possible que son opposition idéologique et son courage personnels aient alors été moins grands que ceux de Hou Yuon et de Hu Nim, et qu’il n’ait osé suggérer une modification de la ligne adoptée par le Comité Permanent du Comité Central du P.C.K. les quelques fois ou il assista à ses réunions. Son discours du 17 avril 1978 défendait avec enthousiasme la politique d’auto-suffisance, de collectivisation complète et de renforcement de la vigilance révolutionnaire et de l’indignation de classe. Par la suite, tous ses discours et interviews furent presque toujours dénués de la moindre critique de la direction révolutionnaire.
A l’inverse, certains membres du Parti jugeaient aventuristes et dictatoriaux le recours à des méthodes autoritaires, le rythme de la révolution, ainsi que les attaques contre la petite-bourgeoisie et les intellectuels patriotes. Cela risquait de miner complètement le capital de sympathie dont bénéficiait le Parti au sein des couches populaires. Mais les dirigeants n’en tinrent pas compte. Sans doute jugeaient-ils ces méthodes nécessaires à la conservation du pouvoir et de la « pureté » du mouvement révolutionnaire. Par conséquent, comme en U.R.S.S. [iv], les cadres qui osaient une réflexion politique plutôt que d’occuper souverainement une place administrative furent accusés de subversion par une direction qui finit par tout analyser en termes d’antagonismes plus ou moins irréconciliables. En raison du niveau élevé de renoncement individuel requis, de la rapidité de la formation des cadres, de la désorganisation de l’économie, du comportement caporaliste ou seigneurial de chefs locaux confrontés, il est vrai, à des troubles parfois inquiétants, les purges s’accélérèrent, les prisons se remplirent, les détenus y succombèrent sans soin et sans nourriture, et les exécutions des prétendus traîtres s’accumulèrent.
Bien que l’intention qui présidât à la politique du K.D. ne fut pas d’instituer la tuerie généralisée, mais d’engendrer une nouvelle nation plus belle et plus pure, sans exploiteurs ni exploités, les conséquences fâcheuses de leurs directives difficilement conciliables sur le terrain (réduire les heures de travail mais accroître la production, élever le niveau de vie du peuple mais livrer à l’administration 30 à 50 % des récoltes [v]), les problèmes d’organisation, les tentatives d’attentat, les désertions, la tension militaire avec le Vietnam, tous ces phénomènes attisèrent un profond sentiment d’insécurité au sommet de l’appareil d’Etat. Selon la confession d’un haut dirigeant, Pol Pot et Nuon Chea se sentaient vulnérables parce que leur unité de protection ne comptait que vingt hommes [vi]. Et il est possible que Pol Pot démissionna provisoirement le 27 septembre 1976 suite aux mises en garde formulées vingt jours plus tôt par Son Sen sur un risque d’attentat contre la direction.
Les hauts responsables du P.C.K. n’avouèrent jamais avoir avalisé des crimes injustifiés. Ceux qui avaient été frappés sous leurs ordres n’étaient que des ennemis patentés. Il existe ainsi des déclarations de plusieurs dirigeants (Ieng Sary, Khieu Samphan) faisant état de la destruction de réseaux et de conspirations ennemis, et citant publiquement des confessions de prisonniers. Pour leur défense, ils imputèrent tous les « graves cas de répression injustifiée » ainsi que les « crimes odieux contre la population » qui avaient été l’objet de « sanctions », à des « agents vietnamiens infiltrés de longue date » dans les rangs du Parti (Khieu Samphan en 1979). Ils disaient avoir commis des « erreurs » parce qu’ils étaient « novices et inexpérimentés », n’avaient pas eu « assez d’expérience dans le contrôle du mouvement » (Pol Pot en 1997), étaient allés « trop loin à gauche » (Ieng Sary). Ils devenaient graves en parlant d’« expériences amères », alors que leur but n’avait jamais été que de « défendre » et de « mener la lutte », non de tuer (Khieu Samphan en 1989). Il s’était produit des « excès, comme dans toute révolution », de « prétendus massacres » (et ceux de 1975 et 1978 ?), ou des excès « ordonnés par Hanoi » via des agents, mais pas de génocide (Khieu Thirith en 1991 et 1980). Ou si meurtres il y avait eus, ils n’avaient pu être évités (Ieng Sary en 1978), étaient de l’initiative des subordonnés du niveau des zones (Nuon Chea en 1997), ou étaient le fait d’ « agents vietnamiens » (Ieng Sary en 1980) et se limitaient tout au plus à onze mille dont trois mille non réellement justifiés (Khieu Samphan en 1987) [vii]. Cette inaptitude à reconnaître ouvertement leurs erreurs semble distinguer les communistes cambodgiens d’autres léninistes (les communistes indonésiens et philippins effectuèrent, avec plus ou moins de conviction, cette reconnaissance en août 1966 et en décembre 1968 [viii] ). Elle est un camouflet aux préceptes de Lénine établis dans La Maladie infantile du communisme et rappelés par Staline dans Des principes du léninisme et signe leur appartenance à l’espèce des hommes d’Etat mus par une froide raison. Le mieux qu’ils purent faire fut une dissolution de façade du P.C.K. le 6 décembre 1981. C’est qu’étant les instruments de l’accouchement douloureux de l’histoire, était pour eux moral tout ce qui servait la construction du communisme. On ne saurait trop rappeler ce qu’exposait Duch à ses subordonnés de S-21 : il n’était pas cruel de battre les prisonniers car il devait en être ainsi « pour des raisons nationales, des raisons de classe, des raisons internationales » [ix] . Ce tortionnaire converti sur le tard à la religion chrétienne fut le seul à avouer sa responsabilité meurtrière.
Si tous les membres du Comité Permanent – sans parler des membres du Comité Central – ne pouvaient être informés à temps des quantités de riz enlevées au peuple, ni non plus de tous les crimes et raffinements de torture perpétrés aux échelons inférieurs, ils restent néanmoins responsables d’avoir allumé la culture de la vigilance expéditive sans l’avoir suffisamment surveillée ni réfrénée.
Car pour la plupart, les cadres n’agissaient pas à l’aveuglette, mais en dignes subalternes et en dignes détenteurs d’une portion de pouvoir déléguée de l’extérieur et hélas souvent incontestée qui leur assurait des avantages eux-mêmes incontestés. Ils reçurent parfois des instructions économiques floues et y obéirent dans la mesure de leurs capacités. Certains agirent simplement avec une fidélité proportionnelle au degré d’initiative qui leur était laissé, ou d’inexpérience et de capacité de mémoire qui étaient les leurs (les illettrés ne pouvaient s’en référer qu’aux instructions données dans les meetings et non aux documents du Parti). Certains livrèrent sans réfléchir une partie des récoltes au Parti quelles qu’aient pu être les rendements locaux. Bien entendu, des cadres revanchards ou entrés au Parti par calcul se montrèrent imperméables à toute critique, avides de leur nouveau pouvoir et enclins à reproduire l’oppression qu’ils avaient subie. D’autres se montrèrent autoritaires pour mieux faire oublier leur passé, ou détournèrent la responsabilité qui leur était confiée à leur profit et au profit de leur clan, derrière une apparente fidélité aux principes centraux. A contrario, il en fut qui tentèrent de se conformer à l’objectif d’augmenter le niveau de vie de la population, ou se rendirent compte que l’objectif d’un rendement de trois tonnes et demi de paddy par hectare – voire de sept tonnes en 1978 [x] – était irréaliste pour leur secteur. Ces cadres se sont alors montrés cléments en accordant du repos aux travailleurs lors de la saison sèche, en falsifiant leurs rapports ou en masquant une partie de leur activité productive, afin de garder plus de denrées pour la population. Hélas, les supérieurs zélés de ces cadres finirent par leur rappeler les besoins de l’Etat ou par les ponctionner à leur profit, avant de décider de les purger. Tout ceci s’était vu sous la collectivisation soviétique des années trente [xi].
Mais la révolution cambodgienne marque l’Histoire des hommes d’une manière particulière. Depuis des temps très anciens, des sociétés totalisantes s’étaient développées au service d’une ambition théologique, conquérante, ou aristocratique, à l’échelle d’une ville, d’un Etat, ou d’un Empire. L’appareil policier qu’elles avaient engendré s’était appliqué à détruire les liens familiaux, à contrôler les déplacements intérieurs, à imposer un mode de vie fortement réglementé, y compris dans l’habillement, et à faire travailler les enfants dès le plus jeune âge [xii] . Mais compte tenu du degré élevé d’interférence des représentants de l’Etat kampuchéen dans la vie matérielle et spirituelle de leurs compatriotes, nous ne connaissons nul précédent d’une tentative si rapide et si radicale de renversement d’un système social, et de reconstruction chaotique d’un Etat, au nom d’un si intolérant et inflexible idéal d’indépendance économique, d’égalité, de rééducation, de pureté et d’harmonie nationale.
[i] Cette manœuvre apparaît très clairement fin 1978 au plus près de la direction : dans les camps de rééducation de Phnom Penh, les anciens chefs sont remplacés par Ieng Sary après une rapide consultation des prisonniers intellectuels, que l’on souhaite rallier à la défense nationale. Cf. Y Phandara, Retour à Phnom Penh. Sur le processus de normalisation, témoignage dactylographié de Laurence Picq, pp.315, 317, 329, 331, 357, 359. Page 347-348 : rappel de plusieurs rééduqués dont Teary, neveu de Chau Seng. Cas d’un médecin de Phnom Penh évacué à Pursat en 1975 qui fut rappelé à B-1 en novembre 1978. Sur la cuisine commune comme « acquis », Ong Thong Hoeung, Illusions perdues, version inédite de septembre 2001, p.155. Sur la mise en place d’une cuisine de bataillon au lieu de trois cuisines d section, Kèn Khun, De la dictature…, p.103.
[ii] Voir Gábor Tamás Rittersporn, Simplifications staliniennes et complications soviétiques, tensions sociales et conflits politiques en URSS (1933-1953), éditions des archives contemporaines, 1988. J. Arch Getty, Oleg V. Naoumov, The Road to Terror, Stalin & the Self-destruction of the Bolsheviks, 1932-1939 (Annals of communism), Hardcover, 1999. Ernst Nolte, la guerre civile européenne, Syrtes, 2000, pp.90-92. Jean-Luc Domenach et Philippe Richer, La Chine, Fayard, 1990, pp.144-7. Jean-Clément Martin, « Repenser la Terreur ? », « Crime et Révolution française, pour un bon usage des mots », in Révolution et Contre-Révolution en France 1789-1989, les rouages de l’histoire, Presses Universitaires de Rennes, 1996, pp.101-119.
[iii] Manifeste du Parti Communiste, Editions sociales, 1966, p.89. Staline, Les problèmes ..., 19 novembre 1952, pp.56-57.
[iv] G. T. Rittersporn, « La terreur », in Le siècle des communismes, 2000, pp.152, 156.
[v] Pourcentages donnés par Son Sen le 12 août 1976 (Heder, Documentary Evidence..., (N0001376), p.120.
[vi] Synthèse des confessions de Koy Thuon alias Khuon alias Thuch, par Steve Heder .
[vii] Pour la survie de la nation du Kampuchea, déclaration de Khieu Samphan à des résidents kampuchéens patriotes en Europe, septembre 1979. Interview de Pol Pot par Nate Thayer, Phnom Penh Post, vol. 6 n°21, oct. 24 - nov 6, 1997 (ou Le mystère Pol Pot, reportage d’Adrian Maben, Arte France, films du Bouloi, 2001). William Shawcross, Le poids de la pitié, p.303 (Ieng Sary ). Khieu Samphan interrogé sur TF1 le 30 août 1989. Interview de Khieu Thirith dans Le Nouvel Observateur, octobre 1991. Interview de Ieng Thirith et Sary par une équipe suédoise de H and S Studio, en 1980 (Searching for the Truth, N°5, May 2000, p.4). Ieng Sary, Nuon Chea et Khieu Samphan cités par Heder Seven Candidates for Prosecution …, p.61-80.
[viii] S. Thion, « Quelques commentaires épars », ASEMI n°15, 1985, p.452 (www.abbc2.com/totus/1981-1990/163commasemi.html).
[ix] David Chandler, Voices from S-21, 2000, p.152.
[x] A titre de comparaison, les Vietnamiens du Nord s’étaient vantés de produire cent ou deux cents tonnes de paddy par hectare dans les années cinquante (Bui Tin, 1945-1999, Vietnam, la face cachée du régime, Ed. Kergour, 2000, p.65).
[xi] G. T. Rittersporn, Simplifications staliniennes..., p.59.
[xii] Jean-Jacques Walter, Les machines totalitaires, Denoël, 1982, notamment pp.229-238, sur des sectes chrétiennes du deuxième millénaire analysées par Wilhelm Weitling (mi-XIXe siècle) et sur l’Empire Inca, décrit notamment par Louis Baudin, Henri Favre, et Sigfried Huber. La réédition d’une source indispensable sur les Incas, écrite à la fin du XVIe siècle par un métis né d’un espagnol et d’une Inca (Inca Garcilaso de la Vega, Commentaires royaux sur le Pérou des Incas, La Découverte & Syros / Poche, 3 vol, 2000), permet d’apprendre que dans chaque ville, la population indienne était structurée en groupes de dix, cinquante, cent, cinq cents et mille hommes avec à leur tête des chefs d’escadres ou décurions (t.1 p191). Une même loi obligeait à s’habiller simplement, à manger simplement, à ne posséder ni or, ni argent, ni pierres précieuses. Les magasins communs royaux ne distribuaient que le nécessaire, mais en abondance. En échange, personne ne devait être oisif, sauf les malades. Les enfants travaillaient dès l’âge de cinq ans à des occupations conformes à leur âge. Bien qu’il existât des spécialistes, les Indiens apprenaient très tôt à tisser, labourer la terre, et construire les maisons. Tous, excepté les enfants, les vieillards et les malades, pouvaient être appelés par la loi commune à s’employer aux œuvres publiques (construction et entretien des routes, ponts, temples, maisons du roi ou du seigneur), et une loi de fraternité enjoignait les habitants à s’aider mutuellement pendant les labours, le semage, la récolte, ou la construction de maisons. Les Indiens devaient laisser la porte de leur maison ouverte au moment des repas afin que des officiers y observent l’intérieur, l’état des meubles, des vêtements, des vases et ustensiles. Les mendiants ne semblaient pas exister, mais les travailleurs négligents étaient punis, et les voyageurs se déplaçant sans cause légitime ou officielle étaient châtiés comme des vagabonds (tome II, pp.86-96).