Passé prérévolutionnaire des Khmers rouges, chapitre 3
I Formation universitaire et technique
Alors que la plupart des Cambodgiens venus à la Maison d’Indochine souffraient d’un retard universitaire par rapport aux Vietnamiens, et s’inscrivaient le plus souvent dans des écoles techniques, la gauche pro-communiste compta dans ses rangs des exemples de réussite universitaire ou scientifique notables : In Sokan, docteur en médecine auteur d’une thèse sur la tuberculose ; Thiounn Thioeun, docteur en médecine ; Hou Yuon et Khieu Samphan , docteurs en sciences économiques. Samphan, avant d’arriver à paris en avril 1956, avait obtenu une licence et un Diplôme d’Etudes Supérieures de droit à Montpellier, et y aurait suivi des cours à l’Ecole Supérieure de Commerce [1]. Il avait déjà fait la connaissance de plusieurs Cambodgiens de Paris à l’occasion de visites ou de voyages entre étudiants communistes, chaque année [2]. Un autre licencié en droit, très pris par ses études de douanes et de droit coutumier de 1955 à 1957, était Hu Nim. Il se lia d’amitié avec Hou Yuon, In Sokan et Kheang Khaon [3]. La faculté de droit de Paris, devenue en 1955 la faculté de droit et de sciences économiques, était dominée par des professeurs politiquement centristes (Jean Marchal, Raymond Barre) qui entendaient insuffler une dimension scientifique à l’économie. Les professeurs de gauche n’y étaient guère nombreux. Du côté des grandes écoles scientifiques, on trouve des diplômés de l’Ecole Polytechnique (Thiounn Mumm), et d’écoles d’ingénieurs comme l’Ecole Centrale des Arts et Métiers (In Sophann, frère de In Sokan), ou l’Ecole Nationale d’Organisation Economique et Sociale du Transport, rue Miromesnil (Thiounn Prasith, futur cadre au ministère des Affaires étrangères, d’abord lycéen à Henri IV). Chi Kim An, un des chefs du Pracheachun (le Peuple, le parti communiste légal créé en septembre 1955) et des cadres du P.C.K. jusqu’en 1970, était sorti ingénieur géomètre de l’Ecole des Travaux Publics de Paris. Keat Chhon, futur haut cadre au ministère des Affaires étrangères, était diplômé en génie maritime, et diplômé du cours de génie atomique au Commissariat à l’Energie Atomique (C.E.A.) de Saclay en 1959-1960, une formation d’ingénieur qui se déroulait sur une année universitaire et se clôturait par un stage d’une durée de trois ou six mois dans la préparation d’un projet industriel (ce qui n’en faisait pas pour autant un « ex-physicien nucléaire » [4]). Sien An obtint en 1953 son diplôme de l’Institut National de Statistiques et d’Etudes Economiques (I.N.S.E.E.).
Khieu Thirith, fille d’un juge [5] et épouse de Ieng Sary depuis la fin de l’année 1955, avait reçu son baccalauréat à Phnom Penh. Au bout de quatre années d’études, elle obtint sa licence d’anglais à la Sorbonne (avec cours de littérature et de civilisation anglaise et américaine), ce qui lui attirait les reproches de Keng Vannsak sur son manque de cohérence idéologique à apprendre une langue d’impérialistes. Plus tard, Thirit allait dire à Elizabeth Becker qu’elle avait choisi l’anglais pour protester contre le colonialisme français. Keng Vannsak, quant à lui, avait obtenu sa licence de lettres en 1951 (psychologie générale et pédagogique, philosophie des sciences, morale et sociologie), et commencé un doctorat d’université. Khieu Ponnary (future femme de Pol Pot) était régulièrement première en classe au Cambodge à l’école Sutharot, puis au lycée Sisowath, selon le témoignage de Norodom Sihanouk [6]. Après avoir éte une des premières bachelières cambodgiennes, avec Mme Pou Saveros, elle étudia à Paris jusqu’en 1951-2.
D’autres étudiants de gauche n’ont pas achevé leurs études. Pour beaucoup, la passion politique leur fit délaisser leurs manuels pour lire Marx , Lénine, ou Mao. Parmi eux, Saloth Sar. Après avoir fréquenté six ans une école catholique à Phnom Penh, puis quatre ans l’école Norodom Sihanouk, Sar avait acquis un simple brevet technique (et non généraliste) à l’ « école de fer », une école technique créée par le « protectorat » où l’on apprenait la mécanique et la menuiserie [7]. Inscrit à Paris en radio-électricité, à l’école Violet [8] il était, d’après lui-même, un élève moyen. Au bout d’un an ses préoccupations allèrent vers la politique. Loth Suong, son frère aîné, le décrivait comme quelqu’un de studieux au collège technique : « Il ne courait pas les filles et ne buvait pas. Il bûchait dur pour ses études... c’était une personne bien... un bon gosse, pas méchant ou dépravé » [9]. C’est à Paris que Saloth Sar rencontra sa future femme, Khieu Ponnary. Keng Vannsak dit que Sar avait rendez-vous avec elle dans l’appartement de ce dernier, rue du Commerce, où avaient lieu des réunions politiques.
Ieng Sary, le futur ministre des Affaires Etrangères du Kampuchéa Révolutionnaire, passa, en France, la deuxième partie de son baccalauréat en novembre 1951 et ne fit qu’une propédeutique à la Faculté de lettres de la Sorbonne de 1954 à 1956, c’est-à-dire une année préparatoire pluridisciplinaire à la licence se clôturant par un Certificat d’Etudes Littéraires Générales. Ses prétentions d’avoir été diplômé de sciences politiques sont contredites par plusieurs témoignages et par les archives de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris : si celui-ci s’y inscrivit deux fois en année préparatoire, en 1951 et 1952, il n’assista, selon les dires d’un archiviste, qu’ « aux toutes premières conférences de méthode », et celles qu’il suivit chaque année peuvent se compter sur les doigts d’une main. Peut-être considérait-il la plupart des cours de l’I.E.P. comme faisant partie de la culture bourgeoise et préférait-il suivre les cours non obligatoires et n’impliquant pas de travaux personnels donnés par quelques professeurs communistes : Jean Baby, professeur de marxisme et auteur d’un bon résumé du Capital intitulé Principes d’économie politique, Jean Bruhat, qui enseignait l’histoire de l’URSS, ou Pierre Georges, qui en enseignait la géographie. Tandis que sa femme travaillait et recevait de l’argent de sa sœur Khieu Ponnary, par ailleurs membre du Parti Démocrate, Sary privilégiait l’action et les manifestations plutôt que les diplômes, jugés inutiles et coupables d’aggraver l’attachement à soi et la distance d’avec les masses. Il aurait dit qu’on ne faisait pas la révolution avec les intellectuels. Cela était dans la lignée du P.C.F. et du culte des masses enseigné par le matérialisme historique. Saloth Sar méprisait pareillement les diplômes et reprochait aux étudiants qui n’avaient pas travaillé de leurs mains d’avoir la vie facile. Il faut ajouter que certains étudiants ne cachaient pas leur intention de rafler leur diplôme pour devenir mandarin à leur retour [10] .
Toch Phoeun, le futur ministre des Travaux Publics, étudia d’abord dans ce domaine à Hanoi, travailla au Cambodge, puis passa six mois à l’Ecole des Travaux Publics du Boulevard Saint-Germain, où on lui conseilla de se réorienter, étant donné le peu de chances qu’il aurait de réussir le concours (sur une promotion de 97, il était classé à la 95ème place). Mey Mann et Mey Phat, qui avaient suivi une école de conducteurs au Cambodge, étaient inscrits aux cours de préparation de l’Ecole des Travaux Publics à Cachan. Mey Mann perdit le bénéfice de sa bourse « pour raisons extrascolaires ». Rath Samoeun, bachelier en philosophie au Cambodge en 1950, inscrit en histoire à la Sorbonne fut contraint d’interrompre ses études durant huit mois, de juillet 1952 à mars 1953, à cause d’une tuberculose osseuse, puis continua un an en propédeutique et en sciences politiques. A l’époque, le seul professeur d’histoire de l’université de la Sorbonne à partager quelques idées socialistes était, en histoire économique, Ernest Labrousse, anti-communiste bien que para-marxiste en histoire.
Toch Kham Doeun mit beaucoup de temps à terminer ses études à la Faculté des Sciences, étalant son doctorat de Sciences Mathématiques sur neuf ans. Ok Sakun, après avoir obtenu la première partie de son baccalauréat, serait venu préparer, grâce à une bourse, le concours de l’école militaire de Saint-Cyr. Son militantisme l’a sans doute dissuadé de rechercher un diplôme, qui plus est dans l’armée colonialiste. Il aurait suivi des études de transport avant de travailler dans les chemins de fer royaux du Cambodge de 1957 à 1963, puis étudia avec succès à l’Ecole Supérieure des Transports de Paris. Suong Sikœun délaissait la géographie pour la politique. Récompensé par une bourse pour ses excellents résultats au lycée, il était parti pour Paris à bord d’un Tupolev 62 en octobre 1957, après avoir été recruté par Ieng Sary dans l’organisation révolutionnaire clandestine. Une fois accueilli par Keat Chhon qui le conduisit de l’hôtel du Champ de Mars à la Cité Universitaire de Paris, il suivit un an des cours à l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile, passa son baccalauréat de philosophie à Paris en 1958, entama des études de licence d’histoire de 1961 à 1964. Il ne passait pas toutes les épreuves et obtenait des notes insuffisantes (y compris en histoire de la colonisation). La politique l’intéressait davantage. La géographie générale et tropicale lui réussit mieux et il décrocha sa licence en 1968 avec la mention passable, avant d’être moniteur au département de géographie du Centre expérimental de Vincennes (nouvelle université créée après 1968 où se retrouvèrent la plupart des professeurs marxistes et des agitateurs étudiants gauchistes) et d’élaborer un mémoire sur l’évolution des structures agraires dans les provinces du Sud-Est cambodgien (Prey Vieng et Svay Rieng). En 13 ans, il développa d’étonnantes qualités d’expression en français. A cette époque, l’inscription dans les universités n’était pas limitée dans le temps.
Son Sen, le futur chef des forces armées du K.D., était, dans sa jeunesse, un étudiant sérieux qui portait des lunettes. Il était signalé par son directeur de l’école normale de Phnom Penh comme un excellent élève-maître de 1946 à 1950, 1er de sa classe de 3e moderne. Ses camarades estimaient beaucoup ses qualités intellectuelles. Après son arrivée à Montpellier le 11 octobre 1950, Sen devint élève-maître à l’école normale d’instituteurs de Melun, en Seine et Marne, jusqu’en 1953, tout en passant passa avec la mention « assez bien » les deux parties de son baccalauréat en juin 1952 (série moderne) et juin 1953 (série sciences expérimentales) à la Faculté des Sciences de Paris. La formation reçue dans les écoles normales était assez contraignante à la fois du point de vue de l’assiduité demandée que du point de vue du travail à fournir. La méthodologie y était davantage enseignée qu’à l’université. Ayant échoué, selon François Ponchaud, au concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure, il s’inscrivit en licence de philosophie entre octobre 1953 et 1956, avant de retourner à Phnom Penh au mois d’avril ou mai 1956, à court de moyens financiers. Sa bourse du gouvernement cambodgien lui fut en effet retirée pour des « raisons étrangères à ses études », et le Recteur refusa de lui fournir un secours prélevé sur les crédits de la Fondation Nationale [11]. A l’époque, la licence durait deux ans mais nécessitait souvent trois ans pour obtenir les quatre Certificats d’Etudes Supérieures. La présence en cours n’était ni obligatoire ni indispensable - des polycopiés des cours étant distribués. La fiche d’étudiant de Sen ne mentionne aucune épreuve passée dans les C.E.S. auxquels il s’était inscrit. Il est probable que sa vie militante lui ait accaparé la majeure partie de son temps. Et que les cours de philosophie ne lui soient pas parus très enrichissants pour transformer le monde. A regarder la liste des cours de philosophie en propédeutique et en licence dispensés de 1953 à 1956 par des auteurs aussi mesurés que Jean Guitton, Georges Canguilhem (à partir de 1955), Vladimir Jankélévitch ou Raymond Aron (à partir de 1955), on ne trouve presque rien sur le socialisme à part des cours de ce dernier sur la sociologie politique, et rien sur l’œuvre politique de Rousseau (seulement sur sa pensée religieuse). Un professeur avait bien dispensé un cours public sur Saint-Simon, Proudhon et Marx, en 1952-1953, mais ce professeur, Georges Gurvitch, ne cherchait à travers ces auteurs, qu’à définir le champ de la sociologie ce qui laissait une impression abstraite et insipide. Son Sen préférait sans doute alors à étudier les guerres européennes, napoléoniennes et austro-hongroises, comme il le confia à Steve Heder sans indication de date. Un de ses anciens camarades communistes se souvient que certains membres du cercle lisaient Clausewitz, et particulièrement Son Sen. Les écrits de ce général prussien, auteur de la célèbre formule que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, avaient été abondamment lus par Lénine à partir de 1915, et étaient cités comme un modèle de stratégie par les léninistes, par Mao, et par bien d’autres. La guerre faisait les grands titres de l’actualité et occupait bien des esprits. A compter du début de la guerre d’Algérie (fin 1954), les étudiants militants communistes, très présents en philosophie, intervenaient régulièrement entre les cours lors de prises de paroles d’une durée de cinq minutes, qui empiétaient parfois sur le début du cours à venir, avec l’accord intimidé du professeur. Il régnait dans la Faculté des lettres une atmosphère de démocratie populaire. Les étudiants communistes y vendaient, à l’entrée, leur organe mensuel, Clarté. Toutes sortes de conceptions marxistes circulaient chez les étudiants. Il n’est, partant, guère étonnant que les Cambodgiens aient tenté de leur côté, de théoriser et d’élaborer des programmes sociaux applicables aux conditions de leur pays.
En tant que communistes, leur but n’était pas de faire carrière, mais d’éveiller les masses et de faire la révolution au Cambodge. De 1957 au début des années soixante, un témoin indique que 70 % des membres de l’U.E.K. étaient des étudiants sérieux. Plus tard, les boursiers s’investirent davantage dans les mouvements d’idée, rebâtissant sans arrêt leur pays. Selon Laurence Picq, ils se faisaient une très haute idée de la politique et préféraient rester le plus longtemps possible à Paris pour profiter de la vie et se cultiver politiquement avant de ramener des idées nouvelles dans leur pays.
II. Origine sociale.
Il est à noter que les plus radicaux, ou du moins les meneurs de ces divers mouvements étudiants étaient rarement des individus issus de milieux modestes. Que ce soit Ieng Sary, dont la mère disparut lorsqu’il était en bas âge, le plus politisé et le plus militant au début des années cinquante, que ce soient Saloth Sar / Pol Pot, Son Sen ou Hou Yuon - le premier président marxiste de l’A.E.K. - tous les quatre venaient de familles paysannes aisées. Son Sen était fils de petits propriétaires terriens et Sary et Sar étaient fils de propriétaires fonciers ou de paysans riches. La famille de Saloth Sar, basée à Kompong Thom, le plaça un an au monastère royal et sept ans dans une école catholique. Une cousine danseuse royale et une soeur de Saloth Sar étaient les concubines du Roi Monivong, le grand-père de Sihanouk. Son frère aîné travaillait au palais au service du protocole. Thiounn Mumm, le mentor admiré pour être rentré à Polytechnique, venait d’une famille aristocratique. Keng Vannsak, l’aîné et le pédagogue, avait connu les milieux du Palais par sa mère. In Sokan était le fils d’un riche gouverneur. Les sœurs Khieu appartenaient à la haute bourgeoisie. Yun Yat était la fille d’un petit commerçant dans l’orfèvrerie. Le père de Mey Mann exerçait, comme l’écrivait ce dernier, une « profession libérale ». Mais Rath Samoeun, un des plus convaincu serait venu d’une famille de paysans pauvres [12] . Toutefois, comme le montre un document administratif, ses parents étaient décédés avant qu’il n’ait atteint sa vingtième année, et il est probable qu’il ait été le protégé de quelque personnage bien placé. Le père de Sien An était, comme ce dernier l’avait inscrit dans un bulletin d’inscription à la faculté, « cultivateur » (sans précisions) et sa mère était décédée. Khieu Samphan avait eu pour père un fonctionnaire civil (magistrat), signalé comme décédé quand Samphan avait vingt ans. Nghet Chhopininto était orphelin de son père médecin à l’âge de quatre ans. Toch Phoeun le futur ministre des travaux publics, écrivait en 1952, être fils d’instituteur. Son frère Toch Kham Doeun indiquait en 1955 que son père était décédé, et que sa mère était cultivatrice.
Dans les années soixante, les membres actifs de l’Union des Etudiants Khmers étaient plus souvent d’origine paysanne et modeste : c’était le cas de Suong Sikœun (orphelin de père), et d’Ok Sakun, fils de « cultivateurs » (sans plus de précisions).
III. Portraits.
Les portraits qui sont faits de ces étudiants les font apparaître comme des hommes plus ou moins timides, plus ou moins sentimentaux, plus ou moins durs politiquement, généralement modestes, mais tous sympathiques, souriants, et solidaires entre eux.
Un ancien ami cambodgien de Khieu Samphan le décrivait comme quelqu’un de modeste, timide et discret, et sortant très peu afin de se consacrer à ses études. Sa timidité ressortait de ce qu’il ne brillait guère comme orateur. Il n’en était pas pour autant solitaire ou renfermé, mais donnait un coup de main à la moindre occasion. Plus tard, en tant que diplomate, ses qualités d’affabilité et son sourire le feront apprécier de beaucoup. Un de ses amis français rapporte que 25 ans après qu’il lui eût offert un objet décoratif en étain provenant de Malaisie, Samphan s’en était de lui-même souvenu pour regretter de ne pas avoir emmené le cadeau avec lui. A Paris, il refusa de se lier trop avant avec une française étudiante en médecine dont il était amoureux. Il aurait même fait vœu de chasteté jusqu’à l’avènement de la révolution, mais en 1973 ses camarades lui arrangèrent une union avec une cambodgienne originaire de Preah Vihear [13] (et non d’origine tribale non-khmère, comme il a été écrit). Le militant politique qu’il était à Paris le faisait paraître pour un pur et un idéaliste. Il restait plongé des heures dans ses livres. Sa chambre d’étudiant semblait contenir « la collection complète des œuvres de Marx, Lénine et Engels » [14]. « Sans doute était-il un peu trop idéaliste et théoricien et pas assez réaliste et pragmatique », admettait Philippe Jullian [15]. « Même ses camarades étudiants français communistes le considéraient comme quelqu’un d’extrêmement dogmatique », peut-on lire ailleurs [16]. Selon Suong Sikœun, qui l’avait connu à partir de 1957, c’était un homme d’organisation pour qui le sens de la discipline primait sur tout, et un homme de convictions plutôt que d’action, dont les analyses sobres et concises prenaient parfois une allure dogmatique.
Ieng Sary, bien que doté d’esprit de camaraderie, était vu comme antipathique et intolérant par les étudiants républicains, ou bien direct et intransigeant par un camarade marxiste. Un camarade vietnamien retient de lui un personnage souriant, et dont la gentillesse s’était manifestée à nouveau lors d’une visite en grande pompe à Hanoi, en 1971-1972, où Sary avait embrassé devant tout le monde cet ancien camarade qui n’était pourtant qu’un cadre modeste. Marie-Alexandrine Martin avait relevé auprès de Keng Vannsak que Sary, étudiant, était complexé d’être le fils d’un propriéta