Passé prérévolutionnaire des Khmers rouges, chapitre 2
I. Les associations d’étudiants.
Une grande partie des dirigeants du Kampuchéa Démocratique ou des figures de proue du mouvement révolutionnaire cambodgien jusqu’en 1975 firent leurs études à Paris dans les années cinquante, et certains cadres dans les années soixante. Ils s’y familiarisèrent avec une culture laïque, et repartirent parfois avec un titre de docteur en poche. Est-ce pour autant la mode politique de l’époque ou l’enseignement du corps professoral qui marquèrent politiquement ces étudiants?
Les futurs révolutionnaires commencèrent par partager leurs repas, leurs chambres, et par se réunir autour de lectures diverses, de discussions terminées à des heures tardives animées d’une ambition rénovatrice, ou autour de parties de billard ou de cartes déchaînant les fous rires. Les moments qu’ils partagèrent au fil des camps de vacances, des fêtes du Nouvel an cambodgien, des festivités internationales, des bals étudiants, des célébrations de mariages, des manifestations, des meetings, des cours de philosophie politique, des publications de bulletins, sont ceux d’une époque où l’exaltation et l’union dans la lutte n’avaient pas encore laissé la place aux déchirures d’une croisade politique qui balaya jusqu’aux amitiés d’antan.
A l’heure du bouillonnement intellectuel existentialiste et structuraliste du quartier latin, et du succès du jazz, les cafés branchés de Saint-Germain n’étaient guère leurs points de chute favoris – les communistes y voyaient la marque de la décadence culturelle bourgeoise, sous l’influence américaine. Ces boursiers du gouvernement cambodgien se retrouvaient souvent dans les cantines ou les foyers tenus par des associations indochinoises. Certains Cambodgiens ont pu d’abord bénéficier de l’accueil des « Amitiés Indochinoises », une association animée par quelques figures princières khmères, financée abondamment par le ministère de la France d’Outre-Mer, et un peu par la banque d’Indochine. Située au 51, rue de la Faisanderie dans le XVIe arrondissement, l’association offrait des repas bons marchés dans son « restaurant coopératif » et proposait des coopératives d’achat et un hébergement gratuit pour les plus démunis. Le 11 mars 1947, l’association s’inquiétait de ce qu’une partie de ses habitués était « détournée au profit d’un établissement concurrent: le restaurant "France-Vietnam" que l’association du même nom venait de fonder dans la rue Jean-de-Beauvais ». C’était « sous les apparences d’un commerce d’alimentation » proposant des prix attractifs grâce à d’abondants financements, un véritable centre de propagande politique ». Comme il était situé en plein quartier latin à proximité des lieux de cours, y aller constituait une double économie en temps et en argent [1]. La rue Jean-de-Beauvais était le lieu de réunions de l’Union des Vietnamiens. Vers 1950, une cantine située rue Monsieur-Le-Prince, entre le boulevard Saint-Michel et le carrefour de l’Odéon, accueillait également Cambodgiens et Vietnamiens. Elle dépendait des « Amitiés franco-chinoises », une association animée par des communistes français, qui célébraient, chaque 1er octobre, l’anniversaire de la révolution de Mao dans la salle de la Mutualité. Au début des années cinquante, les Indochinois du quartier latin ou même de la Cité Universitaire Internationale venaient également dans l’arrière-cour de la rue Gît le Coeur, à côté de la rue Saint-André-des-Arts, où se trouvait la cantine de l’Union des Vietnamiens de France (groupant les sympathisants du Nord-Vietnam), ou encore au foyer des Beaux-Arts, quai Malaquais, ainsi qu’au foyer de l’impasse Royer-Collard tenu par un Chinois. Au Foyer Gît-le Cœur, les Cambodgiens préparaient leur cuisine nationale en groupe. Parfois ils allaient près de la gare de Lyon avaler une soupe et un plat chinois dans un des « restos » tenus par d’anciens ouvriers chinois. A la fin des années cinquante, une autre cantine, tenue par des Vietnamiens, était située place Maubert, près de la rue de la Montagne Sainte-Geneviève, à deux pas de la rue Jean-de-Beauvais.
Dans les années cinquante, Ieng Sary, Thiounn Mumm, Thiounn Prasith, et Ok Sakun logeaient non loin du foyer Gît le Cœur au 28, rue Saint-André-des-Arts, dans l’hôtel pour étudiant dit « anglo-latin », géré par des Iraniens opposés au Chah d’Iran et partisans de Mossadegh. De nombreuses réunions politiques s’y déroulèrent. Toch Kham Doeun et Sien An y séjournèrent quelques temps. Ieng Sary habita aussi chez le cousin germain de son père, l’ancien juriste et conseiller culturel Truong Cang. Thiounn Mumm, le plus tôt politisé, logea par la suite au 11, rue Jean Mascré à Sceaux, puis au 28, rue Penthièvre à Sceaux dans une villa appartenant à ses beaux-parents. D’autres habitaient le XVe arrondissement : rue Letellier pour Saloth Sar / Pol Pot et rue du Commerce pour Keng Vannsak après avoir été hébergé à l’Ecole Normale Supérieure.
La plupart des boursiers cambodgiens logeaient à la Maison d’Indochine de la Cité Universitaire Internationale, au 59 boulevard Jourdan, puis, après 1957, à la Maison du Cambodge au 27 bis boulevard Jourdan. Il y préparaient leur « popote » à plusieurs dans un esprit d’entraide, en utilisant les produits alimentaires cédés à prix réduits par la Fondation Nationale de la Cité Universitaire. Parmi les quelques vingt-cinq Cambodgiens inscrits chaque année à la Maison d’Indochine de 1952 à 1956, on retrouve notamment Khieu Samphan, Hou Yuon et Son Sen – lequel avait d’abord logé au 31, rue Letellier. Parmi les pensionnaires de la Maison du Cambodge, figuraient Suong Sikœun, de 1957 à début 1970, Toch Kham Doeun , après 1955, et Ok Sakun, après 1963. Sauf cas particuliers, la durée maximum d’hébergement à la Cité était de trois ans. Les prolongations étaient rares mais possibles en cas de résultats scolaires brillants. Mais il arrivait que certains fussent hébergés illégalement par leurs amis. David Chandler indique par exemple que Saloth Sar logea pendant sa première année en France à la Cité Universitaire Internationale alors que les registres de la Cité n’en ont gardé nulle trace, et que d’anciens étudiants n’en font pas mention. Il logea rue Letellier, dans un appartement situé au-dessus d’un café en face de chez Keng Vannsak , qui logeait, lui, rue du Commerce et lui prêtait ses casseroles.
Les débats politiques ou anticolonialistes avaient d’abord lieu à la Maison d’Indochine, siège de l’Association des Etudiants Khmers (A.E.K.) créée en 1946, et présidée par Ea Sichau, professeur à Phnom Penh en 1945 et future grande figure démocrate. Le bulletin de l’A.E.K., Khemara Nisset (« L’Etudiant Khmer »), traitait peu de politique en 1949-1950 (articles sur le traité d’autonomie franco-cambodgien, le Commonwealth, l’organisation des Nations-Unies) parfois d’économie (agriculture soviétique, système fiscal américain, comptabilité) de science ou de médecine (mortalité infantile, maladies vénériennes, antibiotiques et pénicilline). La revue était agréablement écrite dans le but d’étendre les connaissances de ses lecteurs qui disposaient d’une bibliothèque au sein de l’association. L’A.E.K. organisait des discussions sur le caractère du Cambodgien, mais aussi sur la Politesse française, l’Ecole picturale impressionniste, l’Economie politique, la Musique occidentale. Les Cambodgiens étaient alors avant tout des nationalistes qui refusèrent, jusqu’en 1950, d’organiser la fête du Nouvel An cambodgien dans le cadre vietnamien que constituait la Maison d’Indochine [2] et rendaient hommage au chef démocrate Ieu Koeuss, assassiné le 15 janvier 1950 au siège du Parti Démocrate. Formé à l’Ecole supérieure de Commerce de Hanoi, ce dernier avait été vice-ministre de l’Agriculture dans le cabinet Son Ngoc Thanh, et unanimement élu Président de la Première Assemblée Nationale de 1947.
En novembre 1950 le Comité directeur de l’A.E.K. était composé du modéré Van Molyvann comme président, de Keng Vannsak comme vice-président, et de l’étudiant en droit Sin Khem Ko comme secrétaire général.
C’est en 1950 qu’arrivèrent Ieng Sary, futur vice-ministre du Kampuchéa Démocratique chargé des Affaires étrangères, et peu après lui son camarade Rath Samoeun, tous deux déjà formés politiquement au Cambodge au sein du Parti Démocrate, de tendance radical-socialiste voire socialiste S.F.I.O. (Section Française de l’Internationale Ouvrière) et actifs dans la distribution des tracts électoraux et les manifestations contre la présence française. Ieng Sary aurait même conduit les manifestations anticoloniales des élèves du lycée Sisowath à Phnom Penh, au cours desquelles les grévistes portaient des cravates rouges, apparemment par rejet de l’uniforme scolaire. Il aurait été arrêté trois ou quatre heures avec Rath Samoeun [3]. Le fondateur du Parti Démocrate et ancien membre de la S.F.I.O., le prince Sisowath Youtévong, chef de gouvernement en 1947, avait ramené plusieurs livres d’Occident dont Le Manifeste du Parti communiste qu’avait lu son protégé Ieng Sary avant d’arriver en France. Le frère de Youtévong, le prince Indravong, avait aussi étoffé sa bibliothèque de livres ramenés de France [4] .
Afin d’éduquer la jeunesse cambodgienne loin de l’atmosphère de courtisanerie et de réaction de Phnom Penh, le Parti Démocrate envoyait en France « le plus grand nombre possible d’étudiants » [5] , de jeunes espoirs du Parti ou d’étudiants particulièrement doués dans leur domaine, pour qu’ils occupent des métiers monopolisés jusqu’alors par la minorité vietnamienne. C’est peut-être pour cette dernière raison que Saloth Sar / Pol Pot, fut envoyé en France en 1949 parfaire sa formation de menuisier à l’Ecole Technique de Russey Keo [6], à moins qu’il n’ait aussi bénéficié de ses relations avec le palais et le Parti Démocrate.
A l’automne 1951, les marxistes acquirent de l’ascendant au sein de l’A.E.K.. Bien que les Démocrates fussent majoritaires à l’A.E.K., ils étaient « moins agissants que les communistes » et « absents aux réunions et à l’Assemblée Générale » [7]. Hou Yuon était arrivé en France en 1949 ou 1950. D’abord plus effacé que ses camarades marxistes, qui critiquaient souvent ses origines sociales (Debré), ou l’importance qu’il attachait à ses études ainsi que son comportement de flambeur et son manque de militantisme (selon Keng Vannsak, qui avait délaissé le militantisme avant de partir en octobre 1952), Hou Yuon devint, de 1952 à 1954, un président de l’A.E.K. « très direct et sincèrement très à gauche » (Mey Mann) [8]. Thiounn Mumm et Mey Mann étaient membres du comité directeur, et Keng Vannsak l’un des principaux animateurs. D’après ce dernier, Saloth Sar n’eut aucun rôle au sein de l’Association. En 1951, l’A.E.K. défendait dans son programme partiellement politique « la lutte sous toutes les formes pour l’indépendance nationale, c’est-à-dire politique et armée » alors que « Son Ngoc Thanh, Ea Sichau etc. » étaient d’après Thiounn Mumm, qui les avaient rencontré, « à cette époque, contre la lutte armée » [9]. Mais elle dénonçait aussi dans un document de décembre 1952 la politique du Gouvernement Royal qui était de barrer le chemin « au socialisme en voie de réalisation dans presque tous les pays du monde », et de plonger de nouveau le pays dans « une société féodale avec des classes sociales différentes, des seigneurs et des esclaves » tandis que les colons français voulaient faire du Cambodge « une base de départ d’une agression éventuelle contre les pays pacifiques tels que la Chine populaire et l’U.R.S.S. » [10] (cf. document 11). Le 26 octobre 1952, l’A.E.K. devait décider de son affiliation à l’Union Internationale des Etudiants (U.I.E.), d’obédience communiste, mais une certaine opposition s’était encore manifestée au projet du comité directeur [11] .
L’un des principaux responsables de la rédaction des bulletins était Keng Vannsak. Etudiant en philosophie arrivé en 1946 et reparti le 22 octobre 1952, avec sa femme française, il fit par la suite partie des démocrates les plus à gauche. Au début de son séjour en France, Vannsak logea quelque temps à l’Ecole Normale Supérieure, où les influences personnalistes et communistes étaient fortes. Etant apparenté aux sphères royales - sa mère avait été concubine du frère du roi Monivong- il acquit une réputation d’extrémiste. Sa « tante », la princesse et vice-présidente de l’Assemblée de l’Union Française Ping Peang Yukhantor, le pressait de donner plus de nouvelles de lui. Comme il réprouvait les mentalités de sa famille de « fossoyeurs » du Cambodge et qu’il avait pris position pour les exploités, il lui aurait répondu dans une lettre: « Ne me considérez plus comme un membre de votre famille, car je ne suis qu’un simple prolétaire ». Cette déclaration fut immédiatement mise sur le compte de la folie, folie évidemment due à ses études de philosophie, au même titre que pour le frère de la princesse Yukhantor, Reno Yukhantor, auteur du Roi d’Angkor, lequel l’avait simulée [12] .
L’autre responsable des bulletins de l’A.E.K. était Thiounn Mumm, le premier Cambodgien sorti de Polytechnique, arrivé en France en 1946 et reparti de Marseille le 25 août 1954. Issu d’une des plus grandes familles aristocratiques cambodgiennes (son grand-père avait été ministre du Palais et son père secrétaire général du Conseil des Ministres), sa culture politique étendue l’amena à être un des mentors des membres de l’A.E.K. Celui qui démarchait le plus auprès des étudiants, en tant que représentant de Keng Vannsak, était toutefois Ieng Sary, avec un sens du contact assez développé, malgré son accent cochinchinois prononcé. Ieng Sary connaissait mieux le vietnamien que le khmer car il avait passé son enfance au Sud-Vietnam, dans la communauté Khmère Krom.
Pour certains, la rencontre qu’ils firent avec Son Ngoc Thanh fut un tournant politique. Le chef du Parti Démocrate, trahi par Sihanouk et ses proches après le retour des Français [13] , était retenu en résidence surveillée à Poitiers depuis 1945 où il put passer une licence de droit avant son retour en octobre 1951. A la fin de décembre 1950, Saloth Sar serait venu le voir, mais, ne l’ayant pas apprécié et trouvant ses partisans sectaires, serait devenu membre du « Cercle Marxiste-léniniste » (non du Cercle après 1957) [14] . Cette visite put avoir lieu un peu plus tard, car, d’après certains, Sar resta thaniste un ou deux ans après son arrivée, et le Cercle ne fut formé qu’en automne 1951 [15]. Thiounn Mumm lui-même date de septembre 1951 la visite qu’il rendit avec Ieng Sary, après leur retour de Berlin, à Thanh, au cours de laquelle ce dernier refusa d’entreprendre la lutte armée à leur demande. Thiounn Mumm avait aussi remarqué que dans la bibliothèque de Thanh, les pages des éditions françaises de Marx et de Lénine n’avaient pas été coupées [16] . Les étudiants prirent sans doute alors conscience de leur originalité, et si, selon Thiounn Mumm, lorsque Son Ngoc Thanh et Ea Sichau prirent les armes en mars 1952, « Hou Yuon et son groupe les sout[enaient] ouvertement dans des meetings » [17] aux côtés des démocrates, ce n’était là que parce qu’ils voulaient que les démocrates combattent aux côtés des communistes [18] .
Après 1953, l’A.E.K., éprise du discours ouvriériste de circonstance donnant à la classe ouvrière un futur rôle dirigeant, ne voyait pas d’inconvénient à illustrer la couverture de son bulletin d’un couple de Cambodgiens vêtu de salopettes (au lieu du sarong traditionnel) [19]. Il faut dire que le P.C.F., à l’inverse du P.C. italien, était habité de réflexes anti-intellectuels et anti-classe moyennes dont il ne se départira que dans les années quatre-vingt [20] .
Les résidents de la Maison d’Indochine se réunissaient en Assemblée Générale notamment pour élire le comité de la Maison d’Indochine qui comprenait un Cambodgien, un Vietnamien, un Laotien et un Français, ce qui donnait lieu à des accrochages avec l’administration qui refusait d’admettre des élections officieuses organisées par les Vietnamiens, les Cambodgiens, les Laotiens et les Français entre eux sans intervention extérieure. Lors de ces élections, de vifs désaccords apparaissaient entre Cambodgiens nationalistes et communistes. De 1950 à 1956, pourtant, le directeur de la Maison d’Indochine, Mr Masson, n’avait relevé que peu d’événements notables dans ses rapports moraux. Il omettait de parler d’un coup d’éclat qui l’avait rendu furieux en 1952 — des étudiants avaient peint A bas la guerre du Vietnam sur les murs — et n’évoquait que la diffusion, en mai 1953, de tracts demandant son exclusion et le renvoi de trois étudiants hors de l’Université de Paris, ainsi que la descente de police du 20 janvier 1953:
« Certains étudiants de la Maison (ceux-là mêmes qui ont troublé les élections du comité) se sont laissés entraîner à des activités politiques interdites par les règlements de la Cité. Leurs imprudences, à l’extérieur, ont attiré l’attention de la Direction de la Surveillance du Territoire et provoqué une perquisition de police le 20 janvier. Muni d’une commission rogatoire visant des infractions aux décrets des 21 avril et 24 juin 1939 (introduction en France de brochures de propagande visées à l’étranger), le commissaire de police PETIT perquisitionna dans les chambres de deux étudiants vietnamiens (...) et de deux étudiants cambodgiens, MM. MEY MANN et SANH OEURN. Ces deux derniers furent conduits rue des Saussaies et relâchés en fin d’après-midi, l’interrogatoire ayant porté, selon leurs propres déclarations, sur un voyage fait en Roumanie par l’un d’eux pendant les vacances de 1952 et sur les activités politiques de l’Association des Etudiants Khmers. Quant aux étudiants vietnamiens, ils prirent la fuite dès l’arrivée de la police » [21].
Le journal du P.C. français, l’Humanité, faisait état de la perquisition le 21 janvier 1953 en se méprenant sur le nom d’un des Cambodgiens : « Mey Man et Fen Ouen » — ce dernier nom n’a d’ailleurs guère de consonance cambodgienne. Sanh Oeurn et Mey Mann étudiaient à l’Ecole Préparatoire des Travaux Publics de Cachan. Mey Mann, déjà âgé de trente ans, était, avec Rath Samoeun et Hou Yuon un des militants cambodgiens les plus sérieux de la Maison d’Indochine. Plusieurs témoins nous ont rapporté que les agents de la D.S.T. avaient emmené d’autres étudiants dont Phung Ton et Hou Yuon, lequel était aussi revenu de Bucarest. Les Cambodgiens furent les premiers emmenés à cette heure matinale (6 heures), et Hou Yuon put donner l’alerte à des camarades vietnamiens. Les agents de la DST ne trouvèrent apparemment que des bulletins de l’A.E.K. [22] . Un autre étudiant domicilié au quartier latin, également parti à Bucarest où l’A.E.K. devait apparemment être affiliée à l’U.I.E. (basée à Prague), avait été emmené avec Ea Sichau pour une nuit d’interrogatoire devant des hommes armés, et ce à la veille d’un examen. Un autre étudiant fut menacé d’être envoyé en Afrique du Nord.
Signalons que plus tard, le Parti Communiste Khmer élimina Rath Samoeun vers 1972 et écarta complètement Hou Yuon en avril-mai 1975. Mey Mann , militant du Parti à Phnom Penh dut travailler dans une coopérative sous le K.D., et Sanh Oeurn mourut pendant la guerre de 1970-1975, ou, selon Mey Mann fut déporté de Phnom Penh en 1975.
Certains membres de l’A.E.K., tel Mey Mann, distribuaient des tracts et vendaient l’Humanité. Ils faisaient peu de cas de l’enseignement bouddhique reçu. Les étudiants cambodgiens des autres tendances n’étaient eux-mêm