Le parallèle douteux entre l' Angkar et Angkor
Le parallèle éminemment douteux entre l’Angkar révolutionnaire et Angkor.
par Sacha SHER, 2003 (1)
Sous la révolution cambodgienne, la population fut assujettie aux quatre volontés de l’Angkar lœu, " l’organisation suprême, supérieure ", " d’en haut ", appelée aussi Angkar Padévat, " organisation révolutionnaire ". Angkar lœu est probablement la traduction de l’expression vietminh thuong cap (" autorité supérieure "). Au début des années cinquante, lorsque les révolutionnaires combattaient pour l’indépendance aux côtés des Vietnamiens, il existait à chaque échelon du Parti Révolutionnaire du Peuple du Cambodge un " organisme supérieur ". De 1975 à 1978, sous le Kampuchéa Démocratique (K.D.), le terme pouvait désigner, pour des soldats ou des cadres, l’échelon du Parti auquel ils devaient référer. Tous les Cambodgiens obéissaient donc à cette structure mystérieuse qui dissimulait en son sommet le Comité Permanent du Comité Central du Parti Communiste du Kampuchéa Démocratique (K.D.). L’existence de ce parti fut officiellement annoncée en septembre 1977. Il s’agissait probablement d’être reconnu sur le plan international après que la socialisation de l’ensemble du pays ait abouti. Le premier signe officiel de filiation avec le communisme avait été donné par Pol Pot le 18 octobre 1976 lors d’une cérémonie en hommage à Mao : " L’organisation révolutionnaire cambodgienne et le Parti communiste chinois, ainsi que nos deux peuples adhérent résolument au Marxisme-léninisme ". La même année, Ieng Sary aurait déclaré : " Le socialisme, nous n’en parlons pas, nous le faisons " (2). Ceci traduit bien la ligne du Parti consistant à privilégier la pratique sur la théorie, comme dans cette conférence donnée au conseil des ministres en avril 1976 : " Nous ne [nous] sommes pas vantés de [faire ?] la révolution ou le socialisme. Fondamentalement, il est le résultat de l’application pratique, pas des discours (…) Notre parti n’est pas encore acceptable pour le public. Si nous le faisons [faire de la propagande dans le sens communiste] nous ne gagnerons rien, et perdrons. [Dans les controverses internationales] notre politique est d’étendre l’amitié " (3). Quant à l’expression de " Khmers rouges ", elle avait été forgée par Sihanouk et avait la prédilection lexicale des adversaires de ceux qui se considéraient véritablement comme des révolutionnaires (padevat).
Néanmoins, pour certains, les fondateurs du Kampuchéa révolutionnaire auraient rêvé d’une société néo-primitive, et pris la décision " proprement réactionnaire " d’ " inverser le cours du temps " (4). Ils auraient été abondamment inspirés par les réalisations d’Angkor, l’ " Empire " qui répandait la " gloire " de la culture khmère sur toute l’Indochine du IXe au XVe siècle. Ce qui conduit à se demander par quel phénomène ces dirigeants, que certains jugent si incompétents à appliquer des recettes marxistes et planificatrices, parvinrent à reproduire fidèlement les plans de ces Rois d’antan. Mais examinons les sources.
Une explication a pu prêter de manière fantaisiste certaines phrases à Khieu Samphan dans sa thèse écrite en 1959 (5). Si la bibliographie de la thèse de ce dernier comporte quelques titres d’ouvrages français sur la culture khmère, Samphan lui-même n’y explore jamais l’histoire du Cambodge au-delà du XIXe siècle. La nostalgie d’un certain passé est à peine perceptible. Il écrivait que les relations commerciales entre la France du Protectorat et le Cambodge avaient été inégales, et que le caractère précapitaliste de l’économie stationnaire cambodgienne, vivant sur la base de la satisfaction immédiate des besoins, s’était aggravé, ou que l’économie était " devenue sous-développée " (6). Mais il n’exprimait pas pour autant la moindre nostalgie pour l’époque des mandarins et des seigneurs locaux dont il fustigeait l’ " influence tyrannique ".
Sous quelle forme le Kampuchéa révolutionnaire fit-il allusion à Angkor ?
L’examen des attributs et des textes édifiants du K.D. ne permet pas de déceler une quelconque fascination pour Angkor.
Le drapeau officiel du Kampuchéa Démocratique représente trois tours. Mais leur stylisation contraste avec leur représentation sur le drapeau des Khmers Vietminh (la première génération de révolutionnaires) qui, lui, représente davantage, par la forme et le nombre de tours – cinq – les tours d’Angkor Vat. Dans l’hymne national, l’allusion à Angkor sert à faire valoir la grandeur de la révolution : " Vive le 17 avril ! Victoire Glorieuse [à la signification] plus grande qu’aux temps d’Angkor !", ou selon une autre traduction, " Vive le 17 avril, jour de victoire très extraordinaire dont la portée dépasse en prestige l’époque d’Angkor " (7). Enfin, lorsque la Constitution du 5 janvier 1976 précise la signification du drapeau et de l’emblème national, le patriotisme affiché laisse suffisamment percer une volonté modernisatrice et se limite à invoquer une " tradition nationale " sans oser utiliser le mot d’Angkor (8).
Le 27 septembre 1977, Pol Pot prononça un discours de cinq heures, diffusé à la radio le 28 septembre, que certains ont tôt fait de qualifier de passéiste alors même qu’il proclamait officiellement que le pays était dirigé par le Parti Communiste du Kampuchéa. Le secrétaire s’adressait en ouverture aux " respectés et bien-aimés camarades représentants des paysans collectifs " et " masses d’ouvriers collectifs ", et indiquait que les tâches révolutionnaires consistaient à " renforcer et étendre le système collectif socialiste dans tous les domaines ". C’est encore à dater de ce discours que l’Internationale commença à être chantée avant l’hymne national révolutionnaire (9). Mais on n’en retient généralement qu’une phrase – " Puisque notre peuple a été capable d’édifier Angkor Vat, tout lui est possible " – sans rappeler les trois qui la précèdent : " Dans le passé, nous étions connus pour nos temples d’Angkor Vat, qui furent construits durant l’ère de l’esclavage. Les esclaves ont construit Angkor Vat sous l’oppression et la coercition des classes exploiteuses d’alors afin de rendre les rois heureux " (10). Les albums de propagande du K.D. diffusés en France relayaient le même discours : Angkor était pour l’humanité entière le " chef d’œuvre du peuple travailleur du Kampuchéa " (11). Comme il était souligné à la radio en 1975, la construction de Banteay Srei et d’Angkor Wat était l’œuvre du " peuple cambodgien ". Un article de Drapeau révolutionnaire d’octobre-novembre 1977 sur les statuts du Parti soulignait également qu’Angkor Wat " avait été construit par le peuple, non les rois " (12). Et à la suite du gouvernement, les cadres répétaient, dans leurs sermons, que les temples d’Angkor avaient été construits par le peuple et non les Rois, et que l’on entrait " dans une ère encore plus glorieuse et heureuse que celle d’Angkor " (un slogan fréquemment répété à la radio en 1975) (13).
Il apparaît donc que la récupération de ce passé de grandeur nationale productive découlait avant tout d’un souci de rassemblement et de mobilisation. Cette récupération n’a jamais frisé la réaction ailleurs que dans le programme du FUNK écrit par Thiounn Mumm avant 1975 où l’on peut lire que " la civilisation angkorienne (...) concevait le pouvoir comme une mission au service du peuple et consacrait la primauté de l’intérêt général sur celui de l’individu. Le bonheur et le bien-être du peuple étaient la fin de tout pouvoir " (14) !
Après la victoire, il n’était plus question de se compromettre en autosatisfactions béatement et bêtement nationalistes, comme on peut s’en apercevoir encore en lisant un document interne du ministère des Affaires étrangères : la révolution dépassait l’ère d’Angkor parce que le peuple était véritablement devenu le maître de la nation, parce que l’égalité régnait sans riches ni pauvres, et que la nation avait retrouvé son âme là où Angkor l’avait " enfoncée en-dessous de toutes les classes nobles ". La supériorité du K.D. venait de ce qu’il mettait " l’intérêt collectif et national au-dessus de tout sans se préoccuper de possession privée " (15). Le mépris de Ieng Sary pour les rois d’Angkor transparaissait déjà lorsqu’il était responsable du Cercle d’Etudes Marxistes en France – les rois étaient des exploiteurs et Angkor était l’œuvre du peuple. De même lorsqu’il donnait des leçons de français à domicile dans les années cinquante : " Combien de vies humaines a dû coûter la construction d’Angkor! ", lançait-il (16). D’après Sihanouk les cadres du K.D. accusaient les monarques d’avoir " " suc[é] le sang " du peuple khmer pour se doter de splendides palais " et d’avoir ordonné la construction du Baray occidental, un lac artificiel, " pour pouvoir se livrer aux joies nautiques et libidineuses "(17).
Les temples d’Angkor sous le K.D.
Contrairement à ce que l’on croit souvent, l’Organisation révolutionnaire s’efforça de préserver le site d’Angkor, non pas par inspiration, mais pour récupérer l’image de grandeur nationale que celui-ci véhiculait. En septembre 1976, pour la première fois depuis 1970, des hôtes étrangers de marque – les ambassadeurs du Sénégal, de Guinée, et d’Egypte – furent conviés à admirer les splendeurs angkoriennes (18). Les révolutionnaires rouvrirent les " monuments " d’Angkor aux touristes étrangers en novembre 1978, mais il est notable que le bref programme de visite qu’ils dactylographièrent et ronéotèrent bannissait toute mention de Roi, pour ne pas susciter d’opposition politique. Le mot " temple " était banni pour couper court à toute " allusion religieuse ", nous expliqua Laurence Picq. Tout ce que les Français avaient écrit sur le sujet n’était que mensonges dont il ne fallait tenir aucun compte (19). Les révolutionnaires n’avaient donc aucune considération pour les idées des Français sur Angkor, mais ils ne liquidèrent pas pour autant pour espionnage au service de l’impérialisme US les Cambodgiens de la Conservation d’Angkor qui avaient travaillé avec Bernard-Philippe Groslier, directeur de recherches archéologiques et conservateur au sein de l’E.F.E.O., comme l’avait affirmé Sihanouk. Ils furent au contraire tous épargnés et rassemblés dans des coopératives près du site de Roluos (20). Quant aux actes de vandalisme contre Angkor, ils furent surtout commis après 1979, par de jeunes miliciens mal contrôlés (21).
Angkor et les réalisations hydrauliques sous le K.D.
Faut-il attribuer au souvenir des cités hydrauliques d’Angkor le souci de l’Angkar de maîtriser la terre et l’eau au moyen d’un vaste réseau de canaux, lorsque l’on sait que Sihanouk encourageait lui-même la petite hydraulique (creusement de canaux et de bassins de retenue) pour " parvenir à une maîtrise complète de l’eau " et obtenir deux récoltes par an comme dans le delta du Mékong (22) ? Il n’est, à notre connaissance, de références aux capacités supposées des anciens Cambodgiens à être parvenus à une maîtrise totale de l’eau que de la part de Sihanouk (23). Quant aux travaux de Bernard-Philippe Groslier sur Angkor d’où nos révolutionnaires auraient puisé leur inspiration, ils ne furent publiés qu’en 1956 pour Angkor : hommes et pierres, (Ed. Arthaud à Grenoble, et réédition 1965) ou 1958 pour Angkor et le Cambodge au XVIe siècle d’après les sources portugaises et espagnoles. Les modèles réels exposés aux yeux de Ieng Sary, Son Sen, Khieu Samphan et Pol Pot, dès le début des années cinquante, avaient bien plutôt été les constructions de barrages sous Sihanouk, l’achèvement du canal soviétique Volga-Don entre la Caspienne et la Mer Noire en février 1952, les barrages construits sur le Dniepr et la Volga dans les années cinquante, les grands travaux d’aménagement hydraulique du premier plan quinquennal chinois (1953-1957) et du " Grand Bond en avant ", le barrage de Tignes en 1952, ou encore le chantier monumental du barrage d’Assouan sur le Nil tout au long des années soixante. Hou Yuon et Khieu Samphan étaient allés eux-mêmes en Chine vers 1958, le premier aux côtés de Sihanouk, et le second à un congrès de l’Union Internationale des Etudiants. Sihanouk envoyait régulièrement des délégués du Sangkum observer les techniques hydrauliques chinoises, ce qui leur permettait de constater comme en 1962, " l’emploi de norias et autres instruments aratoires, le creusement des canaux et rigoles d’irrigation, l’usage des fumiers et engrais chimiques " (24).
Signalons que Hou Yuon – qui, avec ses manières de paysans, était le " progressiste " le plus populaire à la campagne, et était devenu ministre de l’Intérieur des Coopératives et de la Réforme communale du GRUNK avant d’être " jugé " par ses anciens camarades vers avril-mai 1975 – estimait dès 1954 que l’emploi de " procédés de culture perfectionnés " imposait " d’établir un plan systématique d’aménagement hydraulique (...) jetant les bases d’une industrialisation du pays ", qui mettrait fin aux sécheresses et à la " soumission inconditionnelle aux forces capricieuses de la nature ", et permettrait de pratiquer " deux récoltes par an ", sur " certaines rizières ", là où la radio officielle du Kampuchéa ainsi que les cadres annonceront plus tard deux voire trois récoltes (25).
Il en était question en 1954 dans un programme économique publié dans le journal de gauche Samaki auquel a pu participer Pol Pot : " enseigner aux fermiers les méthodes modernes soit en leur fournissant le matériel, soit en creusant des canaux, [et] en construisant des barrages ".
On peut retenir de ce qu’il précède qu’il serait hâtif de donner trop d’importance aux écrits de Groslier, une fois que l’on sait que des pensionnaires de Bœng Trabek durent traduire en anglais à la fin de l’année 1978, en vue d’attirer les touristes, Angkor, hommes et pierres de Groslier (26), ou qu’en mars 1978, l’équipe de journalistes yougoslaves qui visita Angkor entendit souvent mentionner le nom de Groslier (27). Groslier retraçait la façon dont les nombreux bassins, les réservoirs, les étangs ou les simples mares avaient permis d’approvisionner en eau les rizières en damier, et permis de produire deux voire trois récoltes par an, assurant de la sorte à la société angkorienne le fondement de sa richesse. Mais ce que les autorités révolutionnaires n’ont certainement pas reprises à leur compte est que selon Groslier, cette société ne connaissait alors " pas ou peu de distinctions de classes " et que les esclaves eux-mêmes " faisaient presque partie de la famille " (pp.24, 163). Dans son étude de 1958, ce que l’on pourrait rapprocher des réalisations du K.D., à savoir le système hydraulique agricole mais non les cités hydrauliques, n’était présenté que sur trois pages (pp.108-110), les sources étant presque muettes sur le sujet. Il est possible d’y relever la mention de nombreux grands barrages, de bassins faits de digues, voire de simples mares servant de lieux de retenue sur des sols argileux pendant la saison sèche, et de rizières carrées et entourées de diguettes. L’irrigation avait bien permis au pays de prospérer et de se libérer des contraintes de la nature, mais tout cela ne représentait rien de bien original par le procédé, ni de bien grandiose, à côté des réalisations de la Chine du XXe siècle. Groslier a même probablement pu paraître frileux aux yeux de nos modernisateurs lorsqu’il émettait des doutes sur l’ambition de " substituer un véritable milieu " artificiel " " au contexte naturel, et sur la mégalomanie et le parasitisme des Rois. La seule indication concrète d’un mode de vie collectif ou communautaire aux temps d’Angkor était que la récolte était effectuée en commun (28). Or cette coutume d’entraide saisonnière était toujours bien ancrée au Cambodge. Un article non daté de Groslier transmis par Thiounn Mumm à Henri Locard, Archéologie d’un empire agricole : la cité hydraulique angkorienne, indiquait apparemment que des rizières étaient gérées par la collectivité, et que la cité hydraulique angkorienne avait rendu possible un essor exceptionnel, bien qu’elle révélait la mégalomanie des rois khmers (29) [la rédaction d’Aséanie signale que cet article de M. Groslier a été publié en 1979 sous le titre " La cité hydraulique angkorienne : exploitation ou surexploitation du sol ? " dans le BEFEO LXVI, p.161-202].
Les révolutionnaires n’ont donc probablement pas retenu certains avertissements sur les dangers supposés de la mégalomanie étatique. Mais pourquoi de grands travaux n’auraient-ils eu qu’un effet néfaste sur le terrain ? Force est d’apprendre que sous le Kampuchéa Démocratique, dans l’ensemble, les canaux, les digues, et les barrages, une fois réparés, constituaient des ouvrages solides. En 1985, Marie-Alexandrine Martin était d’avis que l’intermède révolutionnaire avait été " sans grande conséquence pour l’agriculture " et que le réseau hydraulique allait peut-être apporter un mieux-être aux paysans (30). Et il semble que c’est la poursuite du déboisement par la République Populaire du Kampuchéa plutôt que les grands canaux construits sous la révolution qui finit par envaser la dépression du Grand Lac — cette immense forêt qui, inondée à la saison des pluies, fournit la plus grande réserve de poissons du pays (31). On pouvait certes dénombrer bien des ratés (32).
Les révolutionnaires se sont-ils inspirés d’un quelconque passé lointain ?
Une opinion souvent reprise depuis la publication du livre de François Debré est que les révolutionnaires auraient été des chantres de la vie sauvage au milieu des forêts. Ce faisant, on omet d’une part que la direction de l’Angkar avait établi ses quartiers à Phnom Penh, et d’autre part que l’expression " aller dans la forêt " ne signifiait rien d’autre que d’aller au maquis pour développer la lutte armée. Cette tactique prenait sa source dans la littérature révolutionnaire, notamment maoïste, qui prévoyait par ailleurs un travail politique au sein même des villes (un rôle tenu au Cambodge par Nuon Chea, Khieu Samphan, Vorn Vet, Tiv Ol, Hou Yuon, Sien An, Hu Nim). Elle ne relevait nullement d’un goût, partagé avec les rois de jadis, de revivre au plus près de la nature sauvage, ceux-ci s’étant d’ailleurs contentés de déplacer leurs villes dans les campagnes (33).
L’évacuation totale des villes ne saurait non plus être décrite comme " un retour à la terre de type pétainiste " (Lacouture) (34), ou préhistorique, car il s’agissait chez les communistes de mettre la bourgeoisie au travail avant l’arrivée des premières pluies, de bannir le commerce et les emplois jugés improductifs, et non de reconstituer une petite-bourgeoisie campagnarde ou d’enraciner les habitants sur les terres de leurs ancêtres. " L’expulsion de la population " était présentée comme " une mesure qu’on ne trouve pas dans la révolution d’aucun autre pays. C’est une mesure extraordinaire visant au renversement total du système féodal et du système capitaliste " (35).
La plupart du temps, les références au passé couvraient d’opprobre toute une succession de régimes oppressifs. " Depuis plus de 2000 ans, assurait Pol Pot, notre peuple a vécu dans la privation absolue et le désespoir complet " (36) ou sous des " administrations dictatoriales et fascistes ", entendait-on à la radio (37).
La grandiloquence est une des marques du tempérament révolutionnaire. On retrouve chez Kim Il Sung, chez les vietnamiens, chez Pol Pot ou Nuon Chea, l’illusion que la révolution durerait un siècle, un millier, une dizaine de milliers d’années, voire toujours (38). Ce vœu de vie pour une période de plusieurs milliers d’années, appartient il est vrai, au monde chinois et vietnamien comme un équivalent du français " Vive ". Dès juin 1954, les Khmers Vietminh de la zone Est du Cambodge, dirigée par Tou Samouth, diffusaient des slogans du même acabit : " Vive le Cambodge pleinement indépendant. Dix Mille ans. Vive l’Union Khméro-Viet-Lao. Dix Mille ans. Vive Son Ngoc Minh, président du Cambodge Libre. Dix mille ans " (39).
Doit-on alors recourir à un parallèle entre le P.C.K. et les terroristes maoïstes du Sentier Lumineux au Pérou du début des années quatre-vingt au faux motif que ces derniers auraient voulu retourner aux " communautés paysannes incas " (40) ? D’autant qu’Alain Hertoghe et Alain Labrousse indiquent bien que le mouvement maoïste péruvien, qui avait stigmatisé les communistes du Kampuchéa " pour de graves déviations nationalistes ", " s’abst[enait] de toute référence à l’Empire Inca ". En revanche, il est intéressant, à titre de comparaison, de remarquer que les fondateurs sentiéristes n’étaient pas des intellectuels de premier plan, mais des " provinciaux ", à l’exception d’une sorte de Khieu Samphan, A. D. Martinez, et qu’en raison d’un soutien " passif " des paysans, leur base sociale était essentiellement composée, plus que pour les " Khmers rouges ", d’étudiants des villes non intégrés socialement par manque de place, et de populations marginales à la fois socialement et ethniquement. Cette dernière tendance fut largement gommée chez les révolutionnaires cambodgiens après 1970. De plus, les deux mouvements se voulaient un modèle d’orthodoxie pour le reste du monde communiste (41).
Mais les communistes jugeaient-ils bénéfiques certaines situations des sociétés primitives ? Vandy Kaonn, auteur – avec l’aide de Thiounn Mumm d’après Henri Locard – de La Nuit sera longue (1996), critiquait la façon dont la révolution au Cambodge avait été menée alors que le capitalisme n’était pas dépassé, mais ajoutait : " Quant à la " tribu primitive " que Pol Pot s’est fixé comme modèle, à l’instar de Marx et Engels d’ailleurs, elle reste encore assez proche des mœurs paysannes ". Interrogé par Henri Locard, Thiounn Mumm rapprochait le projet révolutionnaire " khmer rouge " des révoltes paysannes d’inspiration chrétienne anabaptiste en Europe au XVIe siècle, et Tai Ping en Chine au XIXe : " C’est une sorte de volonté inconsciente de retour à l’âge d’or du passé (communauté primitive chrétienne, communauté primitive marxiste illustrée, dans le cas des KR, par les minorités ethniques du Nord-Est du Cambodge qu’ils ont connues) " (42). Mumm se méprenait sur le mode de vie des minorités semi-nomades du Nord-Est, mais la question reste posée de savoir si les dirigeants se sont illusionnés sur le passé par une représentation imaginaire. Il est vrai que la primauté communiste de la collectivité sur l’individu semble être un lointain dérivé du mode d’organisation des sociétés de chasse, avant l’apparition de l’agriculture, lorsque les hommes vivaient en tribus nomades, et qu’ils s’unissaient pour survivre et partager le produit d’une chasse à laquelle tous avaient participé. Comme l’indiquait Arthur Kœstler :
" L’utopie du révolutionnaire qui paraît représenter une rupture complète avec le passé, se règle toujours sur quelque image d’un paradis perdu d’un âge d’or légendaire. La société sans classes du communisme, si l’on en croit Marx et Engels, devait être une résurrection, au terme de la spirale dialectique, de la société communiste des premiers âges. C’est ainsi que la foi sincère implique toujours une révolte contre le milieu social du croyant, et la projection dans l’avenir d’un idéal tiré du fond des âges. Toutes les utopies se nourrissent aux sources de la mythologie " (43).
Le communisme intégral suppose peut-être une société sans division du travail aliénante, sans propriété ni argent corrupteur, ce qui nous rapproche peut-être de la préhistoire. Mais cette arriération formelle du mode d’organisation kampuchéen a pu étonner des connaisseurs modernes du marxisme comme Serge Thion en février 1977 :
" A l’arriération fort ancienne de l’économie correspond maintenant une nouvelle organisation de la production, que l’on serait tenté de qualifier de primitive : abolition de toute forme de propriété et d’échange monétaire, gestion entièrement bureaucratisée, autarcie nationale et régionale, militarisation de la production (jusque dans les détails du vocabulaire), agrarisme absolu. Nous n’avons pas de mot pour qualifier l’ensemble de ces données. Mais si l’on croit à l’évolution de l’histoire, il faut remonter bien haut pour trouver de semblables rapports de production. Même le moyen-âge d’Angkor connaissait la propriété privée. On peut penser, par exemple, à la curieuse organisation " socialiste " des reducciones que les Jésuites avaient installés chez les Guaranis du Paraguay au XVIIème siècle. Au Cambodge, le socialisme, c’est l’Organisation anonyme plus le bambou " (44).
Pol Pot, en marxiste, avait idée de l’existence d’un passé plus communautaire. Il ne s’attardait simplement guère sur le communisme primitif dans l’exposé historique qui inaugurait son long discours : avant la période esclavagiste, " la société du Kampuchéa est également passée par l’étape du communisme primitif (...) Dans le cadre du communisme primitif, il n’y avait pas encore de classe. De ce fait il n’existait pas encore de lutte de classes " (45).
Enfin, le but des chefs du P.C.K. n’était pas un simple retour à la terre idéalisé par Jean-Jacques Rousseau et fondé sur une dénonciation socialiste du machinisme. Les slogans radios, les journaux du Parti, le maintien des manufactures et les tentatives de construction d’industries légères au Kampuchéa l’indiquent suffisamment. La production agricole devait permettre de financer un Grand Bond en Avant vers l’industrie du futur. Et le futur préoccupait suffisamment les dirigeants pour que la radio proclame en juillet 1975 que " tous les vestiges de l’ancien régime ont été anéantis " et que Pol Pot déclare à nouveau en 1978 à des journalistes yougoslaves : " Nous voulons nous débarrasser de tous les vestiges du passé " (46).
(1) Docteur en sociologie politique. Thèse : Le parcours politique des " Khmers rouges " : formation, édification, projet et pratiques, 1945-1978.
(2) Patrice de Beer, " Historique du Parti communiste Cambodgien des origines à 1970 ", Approches Asie, n°4. Nice, déc. 1978- janv. fév. 1979, p.54.
(3) Searching for the Truth, N°7, July 2000, pp.7-8.
(4) Ben Kiernan, Le génocide au Cambodge, 1975-1979, Race, idéologie et pouvoir, Gallimard, 1998, p.38.
(5) Khieu Samphan aurait " reprit ce vieux rêve ancestral " dans sa thèse soutenue à Paris en 1959 en écrivant - ce qui est inexact : " Jadis, les rois d’Angkor avaient réussi à mobiliser le peuple, et avaient ainsi fait monter l’Empire au faîte de sa gloire et de sa puissance ". C’est " ce rêve millénaire " qu’auraient tenté de réaliser les " Khmers rouges " (Ly Heng et Françoise Demeure, Cambodge, le sourire bâillonné, Anako Editions, 1992, p.168, renvoyant au chapitre II du livre de Jean Delvert Le Cambodge, P.U.F., 1983. Nous n’avons trouvé cette phrase dans aucun des chapitres des deux éditions de cet ouvrage de la collection Que Sais-je?, 1983 et 1993. ET l’ouvrage de Delvert, Le paysan cambodgien, édité en 1961 et réédité en 1994 chez l’Harmattan, ne cite pas Khieu Samphan).
(6) Khieu Samphan, L’économie du Cambodge et ses problèmes d’industrialisation, thèse de doctorat en sciences économiques, Paris, 1959, p.29. Même thème du détournement de la voie vers le développement p.36.
(7) Elizabeth Becker, When The War Was Over : The Voices of Cambodias’s Revolution and Its people, New York, Simon & Schuster, 1986, p.219. Haing Ngor, Une odyssée cambodgienne, Fixot, 1988, pp.159, 162. Ponchaud, Echange France-Asie, dossier n°17, mai 1976, p.6.
(8) " Le fond rouge symbolise le mouvement révolutionnaire. (...) Le monument de couleur jaune symbolise la tradition nationale et le peuple du Kampuchéa qui défend et bâtit un pays chaque jour plus glorieux (...) Dans l’emblème national figurent un système de digues et de canaux d’irrigations symbolisant l’agriculture moderne, une usine symbolisant l’industrie, le tout enserré par deux gerbes de paddy disposés en arcs avec, au-dessous, l’inscription "Kampuchéa Démocratique" " (François Ponchaud, Cambodge année zéro, annexes, traduction non officielle de la Constitution, chapitres XI et XII).
(9) " Speech by Pol Pot ", Summary of World Broadcasts, BBC, Far East, Daily Report, 1 oct 1977. Nous privilégions la traduction anglaise à celle, non officielle du Comité des Patriotes du Kampuchéa Démocratique en France intitulée Vive le 17e anniversaire de la fondation du Parti Communiste du Kampuchéa, 1978, p.7. Sur l’Internationale, David Chandler, Pol Pot, frère numéro un, Plon, 1993, p.316, Y Phandara, Retour à Phnom Penh, Le Cambodge du génocide à la colonisation, Métailié, 1982, p.154, et Laurence Picq, Au-delà du ciel, cinq ans chez les Khmers rouges, Barrault 1984, p.109 : " Chacun était invité à apprendre l’Internationale. De partout, du matin au soir on entendit résonner le chant à tous les échos, ce qui suscitait une émotion d’autant plus profonde que nos corps mal nourris anticipaient la perspective du banquet ". Une retranscription radio de l’époque (S.W.B., BBC, 8 oct. 1977) indiquait : " La signification de l’Internationale et de l’hymne national résonnèrent au plus profond de tous les cœurs ".
(10) La traduction française dans le livre de Chandler est légèrement différente : " Nous connaissons tous l’Angkor du passé. Angkor a été construite au temps des esclaves. Ce sont nos esclaves qui l’ont bâtie, sous le joug de la classe exploitante de l’époque, pour le plaisir du roi ". Pol Pot, frère numéro un, p.223.
(11) Images du Kampuchéa Démocratique 1976, mission du gouvernement du K.D. en France, 2, place Barcelone.
(12) S.W.B., Far East, BBC, 10 juin 1975. Searching for the Truth, N°8, August 2000, p.12.
(13) Pin Yathay, L’Utopie meurtrière, un rescapé du génocide cambodgien témoigne, Coédition Robert Laffont – Opera Mundi, 1980, p.179. François Ponchaud, op. cit., Julliard, 1977, p.10. Henri Locard, Le "petit livre rouge" de Pol Pot, ou les paroles de l’Angkar entendues dans le Cambodge des Khmers rouges du 17 avril 1975 au 7 janvier 1979, l’Harmattan, 1996, p.51.
(14) Henri Locard, Deux utopistes khmers en France : Thiounn Mumm & Vandy Kaonn, p.52.
(15) Ieng Sary’s Regime : a Diary of the Khmer Rouge Foreign Ministry, 1976-1979, p.16, www.yale.edu/cgp.
(16) Entretien avec Mr. W. François Ponchaud, op.cit., p.192.
(17) Norodom Sihanouk, Prisonnier des Khmers rouges, Hachette, 1986, pp.21, 76.
(18) Le Monde, 21 septembre 1976.
(19) Entretien avec Laurence Picq du 21 mai 1998. Pour la suppression du mot " temples ", cf. témoignage dactylographié, p.348.
(20) Norodom Sihanouk, Prisonnier des Khmers rouges, p.74. Revue du Portail de Bizot par Henri Locard, (2001), qui a discuté avec le personnel du site d’Angkor Siem Reap.
(21) Serge Thion le tenait du conservateur Pich Keo en 1981 (" Quelques commentaires épars ", ASEMI, n°15, 1985, 1-4, pp.448-56 (www.abbc2.com/ totus/1981-1990/163commasemi.html).
(22) Serge Thion et Jean-Claude Pomonti, Des courtisans aux partisans: essai sur la crise cambodgienne, Gallimard Poche, 1971, p.23. Kambuja, 15 juillet 1966, p.24.
(23) Bernard Hamel, Sihanouk et le drame cambodgien, l’Harmattan, 1993, p.95 (juillet 1967).
(24) Compte-rendu du XIIe Congrès national, janvier 1962. Archives du Cambodge, Speeches, accords, congrès, 1960’s.
(25) Hou Yuon, La paysannerie du Cambodge et ses projets de modernisation, thèse de doctorat en sciences économiques, Paris, 1955, p.211-221.
(26) Marie-Alexandrine Martin, " Le problème des transports sous le régime des Khmers rouges ", Etudes rurales, juil.-déc. 1986, n°103-104, p.217.
(27) Interview de Nicolas Vitorovic à France Inter, 19 avril 1978.
(28) B.-P. Groslier, Angkor et le Cambodge au XVIe siècle d’après les sources portugaises et espagnoles, P.U.F., annales du musée Guimet, 1958, p.114, 118 et 162.
(29) Deux utopistes khmers en France : Thiounn Mumm & Vandy Kaonn, 1999, inédit, p.21.
(30) M-A. Martin, " La politique alimentaire des Khmers rouges ", Etudes Rurales, n°99-100, juillet-décembre 1985, p. 358.
(31) Une analyse peut-être inspirée par des sources gouvernementales anti-Pol Pot, parue dans le Monde diplomatique en septembre 1988, indiquait, quant à elle, que les infrastructures hydrauliques imaginées par le plan quadriennal du K.D. avaient mis à mal l’écosystème fragile et vital du Grand lac et avaient entravé la migration des poissons dans les zones marécageuses.
(32) Le barrage qui coupait le Stœng (rivière) Chinit dans le district de Baray (Kompong Thom), avait inondé la récolte de 1976. A l’inverse, celui qui coupait le Stœng Sangker à Banân (Battambang), avait privé d’eau les régions situées à plusieurs kilomètres en aval (" Cambodge an trois ", chapitre supplémentaire à Cambodge année zéro, 1978, non publié, p.12). Par ailleurs, alors que les paysans tenaient traditionnellement compte des dénivellations du terrain en découpant leurs propriétés en petites parcelles, les révolutionnaires détruisirent les anciennes diguettes et établirent uniformément des carrés de rizières d’environ un hectare. Il arrivait donc que faute de digues, de pompes à eau, ou de juste évaluation de la variabilité de la pente, les irrégularités des grandes parcelles de 50 puis 100 mètres de côté ne fussent plus compensées, et que ces parcelles présentassent des parties sèches et d’autres inondées (Marie-Alexandrine Martin, " La riziculture et la maîtrise de l’eau dans le Kampuchéa démocratique ", Etudes rurales, n°83, 1981, pp.16, 26, 30, 37, 39. David A. Andelman, " Refugees depict grim Cambodia Beset by hunger ", New York Times, May 2, 1977. O.N.U., Conseil Economique et Social, Commission des droits de l’homme, E/CN.4/Sub.2/414/Add.2, p.17, témoignage de Kong Samrach, sur le district de Staung, province de Kompong Thom).
(33) Dans La nouvelle démocratie, Mao définissait ce que devaient être les bases de la révolution :
" Les grandes puissances impérialistes et les armées de leurs alliés réactionnaires en Chine ont toujours occupé indéfiniment les grandes villes (...) La force révolutionnaire (...) doit transformer les régions rurales arriérées en fortes bases progressistes, les transformer en grandes forteresses révolutionnaires, militaires, politique, économiques et culturelles. Alors de ces bastions, la force révolutionnaire peut s’élancer pour chasser l’ennemi cantonné dans les grandes villes mais encerclé par nos villages " (Mao, La nouvelle Démocratie, Editions Sociales, 1951, pp.22-23).
(34) Jean Lacouture, Survive le peuple cambodgien, Le Seuil, 1977. p.13.
(35) Nike, Quigley, Robinson, Jarvis, Cross, Genocide in Cambodia, Documents from the trial of Pol Pot and Ieng Sary, University of Pennsylvania Press, Philadelphia, 2000, p.379 ou Chandler, The Tragedy of Cambodian History, Politics, War and Revolution since 1945, Yale University Press, New Haven and London, 1991, p.240.
(36) " Speech by Pol Pot ", S.W.B., Far East, BBC, 5 oct 1977, C/10.
(37) S.W.B., Far East, BBC, 6 mars 1978. Voir aussi Norodom Sihanouk, Prisonnier des Khmers rouges, p.237 (" Le Saingkum Chas [ancienne société] , la monarchie et les féodaux-fascistes, ont fait perdre durant plus de 2000 ans l’âme (sic) de la nation et de la race kampuchéenne (...) Maintenant la culture et le mode de vie kampuchéens renaissent ") et p.232 (" depuis plus de 2000 ans [le Kampuchéa] n’a jamais connu l’honneur, la dignité, l’indépendance, et encore moins le progrès culturel, social, sanitaire et économique ").
(38) S.W.B., Far East, BBC, 20 janvier 77, discours de Nuon Chea lors de l’anniversaire de l’Armée révolutionnaire : " Pourquoi devons nous continuer d’exécuter nos tâches correctement ? Nous le faisons pour la défense du Kampuchéa Démocratique, des travailleurs et des paysans des coopératives kampuchéens pour la prochiane décennie, le prochain siècle, le prochain millénaire, les prochains 10 000 ans, pour toujours ". Un slogan comme " Longue vie au parti, Dix Mille ans! ", se retrouve en Chine pendant la Révolution Culturelle. Henri Locard, Le " Petit livre rouge " de Pol Pot, p.177-178. Une statue de Kim Il Sung est érigée depuis 1972 à Pyongyang sur la colline des " Dix Mille Ans de vie ", (" La Corée du Nord toujours orpheline de Kim Il-sung ", le Monde, 20 décembre 1994). A l’été 1975, Nayan Chanda entendit un fonctionnaire vietnamien réciter un poème du XVe siècle célébrant la victoire contre les Chinois, qui se terminait par : " il est temps maintenant de bâtir la paix pour dix mille ans " (Frères ennemis, Paris, 1987, p.38, NY, 1986, p.26). Norodom Sihanouk écoutait la radio claironner que le régime était destiné à durer " 50 000 ans et plus ", (op.cit., p.219, 246). Les astrologues de Lon Nol n’allaient pas aussi loin en prédisant à sa République une durée d’existence de 1000 ans, (Idem, pp.185, 246).
(39) L’expression chinoise wansui, 100 000 ans, était utilisée avant les communistes et trouva un équivalent en vietnamien, par l’expression muon nam (Communications de Steve Heder, Pierre Brocheux, et entretien avec Serge Thion). Pendant le règne Tai-ping à Nankin au XIXe siècle, des titres de membres de l’administration étaient " jeune seigneur de dix mille ans " (cf. J. Reclus, La révolte des Taï-ping (1851-1864) prologue de la Révolution Chinoise, Le Pavillon, 1972, p.91). Archives du S.H.A.T. 10 H 4134, Propagande Viet-Minh.
(40) Soizick Crochet, Le Cambodge. Karthala, 1997, p.118.
(41) Le Sentier lumnieux du Pérou, La Découverte, 1989, pp.203-216.
(42) Henri Locard, Deux utopistes khmers en France : Thiounn Mumm & Vandy Kaonn, p.18,.30, 49.
(43) Arthur Koestler, Les Militants, Editions Mille et une nuits, 1997, p.8.
(44) Serge Thion, " L’Organisation et la barbarie ", 20 février 1977, chapitre manquant dans l’article paru dans Libération le 7 mars 1977.
(45) Vive le 17e anniversaire de la fondation du Parti Communiste du Kampuchéa, Comité des Patriotes du Kampuchéa Démocratique en France, 1978, p.7.
(46) S.W.B., Far East, BBC, 8 juillet 1975. David Chandler, Pol Pot, frère numéro un, p.236.