Analyse croisée d'un article de Libé de 1976
L’article est reproduit émaillé entre crochets de remarques de divers connaisseurs du Cambodge (Jacques Népote, 2 juillet 2002, Serge Thion , 3 juillet 2002, Bernard Hamel, 8 juillet 2002). Il est suivi d’une réponse de Ponchaud dans le même journal, le 20 avril 1976, et d’une autre réponse, à l’auteur.
[L’article de Patrick Ruel]
[Serge Thion : Il faut savoir que ce "Patrick Ruel" était un petit prof maoïste. Il a beaucoup lutté pour empêcher de passer mon article de mars 77 [le 7 mars 1977, voir www.abbc.com/totus]. Ce qui est amusant c'est qu'il a survécu dans le cadre de Libération, qu'il a repris son véritable nom de Sabatier et qu'il est un des rédacteurs en chef du journal. Il s'est démaoïsé et libéralisé. Il serait amusant, et sans doute cruel, d'aller l'interviewer maintenant sur ce qu'il écrivait à l'époque, sans savoir quoi que ce soit, puisqu'il n'avait évidemment aucune source à l'intérieur du pays]
L’ « intox » cela existe. Il ne suffit pas d’en être convaincu pour la montrer à l’œuvre. et nul n’en est à l’abri. Ainsi « le Monde » publiait, avec les honneurs de la « une », un article en deux parties intitulé « Le Cambodge neuf mois après », sous la signature de F. Ponchaud. « Au moins huit cent mille morts depuis la victoire des révolutionnaires », annonçait cet article dont l’auteur invoquait « des sources bien informées ». il est vrai qu’en l’absence d’informations directes, vérifiables sur le terrain, il est difficile d’avancer des faits précis. On peut regretter l’attitude du gouvernement cambodgien à cet égard. Ce n’est pas une raison pour raconter n’importe quoi.
[Serge Thion : Là, il a raison. Ponchaud était à la fois quelqu'un qui connaissait bien les Cambodgiens mais aussi un propagandiste politique assez borné].
A moins qu’il ne s’agisse d’une pure et simple manipulation. Et tel est le cas. Il semble que la réputation de « sérieux » et d’ « objectivité » du « Monde » ait été utilisée aux fins d’une opération d’intoxication de grande envergure sur laquelle nous sommes en mesure d’apporter quelques précisions. Au-delà de cette affaire, la correspondance que nous publions ci-dessous éclaire quelques mécanismes de l’ « intox » et du jeu français face aux régime révolutionnaire indochinois.
Patrick RUEL
[La correspondance de G.M.C.]
[Serge Thion : Je ne connais pas ce GMC, quelqu'un qui a passé du temps sur la frontière, très certainement. Peut-être de MSF ou d'une organisation de ce genre. Ruel-Sabatier doit le savoir].
Bangkok est un des principaux centres de propagande de fausses nouvelles concernant l’Asie par la CIA, constatait, début février, l’International Herald Tribune, dans un article sur l’ « information manipulée ». La méthode d’intox est est des plus simples. Un journal local publie une information « fabriquée » : celle-ci est immédiatement reprise par une agence de presse (l’AFP serait coutumière du fait), sans pouvoir la plupart du temps vérifier l’authenticité de l’information. Des journaux prestigieux reproduisent la dépêche, lui donnant ainsi du poids. L’information dès lors appartient au domaine public : elle est reprise par les radios, les télévisions, d’autres journaux : le circuit l’a légitimée.
[Serge Thion : Oui, ça c'est tout à fait juste].
En Thaïlande, la tâche est facile : tel journaliste américain du Bangkok Post (un des deux journaux thaïs en langue anglaise) opère … à partir du deuxième étage de l’ambassade américaine.
[Serge Thion : Ça, en revanche, c'est de la calomnie pure].
Ce genre d’intoxication est d’autant plus facile dans le cas du Cambodge que personne ne peut s’y rendre pour témoigner, confirmer ou démentir. Mais elle est aussi bien mise en œuvre en ce qui concerne le Laos.
DE CURIEUX AMIS DU CAMBODGE
M. Ponchaud, l’auteur de l’article du Monde, n’est pas n’importe qui : il ne s’agit, en effet, pas d’un journaliste… Mais d’un missionnaire « de choc », vétéran de l’ « Indo », traducteur de la Bible en khmer, contraint de quitter Phnom-Penh après la libération. Ce monsieur semble disposer de moyens assez importants, puisqu’il a fondé une organisation (Echange France-Asie, 26, rue de Babylone, 7e)
[Serge Thion : L'adresse est celle des Missions étrangère de Paris, qui sont installées là depuis trois siècles..].
qui publie des « dossiers d’information » (les articles publiés par le Monde ne sont en fait qu’un résumé d’un « dossier Cambodge » publié par cette organisation à la mi-janvier)… A notre connaissance, M. Ponchaud n’a pas séjourné en Thaïlande depuis de nombreux mois et travaille de Paris à partir de documents recueillis par ses « correspondants » en Thaïlande.
Un de ces Français qui, en Thaïlande, sont spécialisés dans la « collecte d’informations » concernant en particulier le Cambodge, est un autre prêtre, le Père Venet, qui entretient des liens très étroits avec l’attaché militaire de l’ambassade de France à Bangkok. Le père Venet (des missions étrangère de Paris) était, lui aussi, en poste au Cambodge, à Battambang, avant la libération. Les liens de ces religieux avec le régime Lon Nol étaient fort étroits (le père Venet serait d’ailleurs intervenu pour faire accorder un visa pour la France à It Suong, chef de la garde personnelle de Lon Nol, et à divers autres criminels de guerre que le gouvernement français hésitait à accueillir).
[Serge Thion : C'est possible. Le père Venet était très actif. J'ai vu, dans des bureaux de poste français, un petit avis officiel disant qu'on ne pouvait plus envoyer de courrier au Cambodge et que les mandats pouvaient être adressés au père Venet à Bangkok].
[A ce dernier sujet, Jacques Népote indique qu’en 1976-1977, les autorités postales mondiales ont averti leurs clients de ne pas envoyer de l’argent au père Venet sur son compte, à destination des réfugiés]
Autres personnages s’intéressant de près au Cambodge : le colonel de Saint-Simon, ancien attaché militaire adjoint et aimable correspondant du SDECE (1) à Phnom Penh, aujourd’hui fort actif au sein du « comité d’accueil » des réfugiés indochinois, et M. Migot, ex-OAS, responsable de l’Alliance française à Chieng-maî (dans le nord de la Thaïlande) après l’avoir été à Phnom Penh jusqu’à la libération…
[Serge Thion : Migot, je ne sais pas. Mais de Saint Simon est un excellent homme qui représentait l'armée française dans ces affaires. Giscard [le Président de la République de l’époque] avait monté ce comité d'accueil pour trier et faciliter l'accueil en France des réfugiés indochinois qui parlaient français ou avaient des titres à faire valoir (anciens fonctionnaires, etc.) Le SDECE n'opérait pas comme ça, ce serait un peu long de décrire cette situation].
[Bernard Hamel : le Colonel de Saint-Simon (…) n’a jamais caché son appartenance au SDECE. Son « comité d’accueil » a été, dès 1975, une association très active (Association « Amitié Franco-Khmère ») en faveur des réfugiés cambodgiens, composée de personnalités connues et hautement respectables. J’ai moi-même fait partie du Conseil d’Administration pendant de longues années. Certes, on a cherché à soutenir la résistance anti-K.R. à l’époque de Pol Pot. Mais était-ce un « crime » ?]
A L’ECOUTE DES REFUGIES
Le père Venet et ses amis se livrent à un minutieux travail de mise en fiches de renseignements, puisés à l’écoute de Radio Phnom Penh et auprès de réfugiés. Ils ne s’intéressent pas seulement aux « massacres » ou à la famine » (thèmes favoris de la propagande anticambodgienne), mais aussi à l’état d’achèvement et au potentiel de tel barrage, à la disposition de tel bâtiment, au nom de tel responsable local, etc. Travail que ne désavoueraient sans doute pas les agents de la CIA et du SDECE… Le père Venet interroge ses réfugiés en présence de dizaines d’autres réfugiés qui ont naturellement tendance à s’imprégner des histoires racontées devant eux, et à la [sic] ressortir quelque peu « enjolivées » comme étant de leur cru.
[Patrice de Beer écrit dans le Monde du 18 septembre 1976 que les réfugiés qu’il a interrogés, choisis par le chef khmer du camp parmi les derniers arrivés sont « parfois intimidés par la vingtaine de personnes les entourant, compagnons de misère qui écoutent, commentent, rient »]
[A la question de savoir s’il avait entendu que le Père Venet interrogeait des réfugiés au milieu d’un groupe d’autres réfugiés, Serge Thion répondit : « Ce genre de scène était courante dans les campements à la frontière. Il y avait évidemment toujours une part de cinéma. Le réfugié cambodgien se doutait bien de ce que le Barang [le français ou l’étranger] voulait entendre ».]
Comment, dans ces conditions, prétendre à la moindre rigueur, à la moindre véracité ?
[Serge Thion : Cette réflexion dénote l'apparatchik habitué au secret...]
De plus, les réfugiés sont encadrés par des organisations « charitables « telles que le Catholic Relief Service (CRS), dont on dit qu’il est financé à 80 % par le gouvernement US et qui a une longue histoire de collaboration avec la CIA (l’ex-responsable du CRS à Phnom Penh est aujourd’hui fonctionnaire à l’ambassade à Bangkok tandis que le responsable de l’organisation en Thaïlande prend ses ordres directement à l’ambassade…). Les réfugiés sont, en outre, parqués dans des camps où ils dépendent à 100 % de l’armée thaïlandaise, l’ISOC (l’organisme spécialisé dans la lutte anticommuniste) joue un rôle non négligeable dans leur encadrement.
[Serge Thion : C'était vrai]
[Jacques Népote : J'ai aidé (dès 1975) les premiers "maquis" (en leur envoyant du riz, et une jeune toubib, car ils étaient dans un état sanitaire effarant) sur la frontière qui récupéraient les gars qui fuyaient les Khmers Rouges à travers la jungle. Puis j'ai en particulier partagé quelques semaines de "terrain" (durant l'été 1977) avec le Père Venet en relation avec les camps de réfugiés cambodgiens, moi-même résidant - illégalement - dans un de ces camps, et le Père Venet venant y travailler le jour comme interprète pour assurer la ventilation des réfugiés au moment de leur transfert vers la France en particulier. Et comme à l'époque je suivait à peu près en Cambodgien ce qui se disait je pouvais comprendre la teneur des dialogues. J'ai aussi connu par la suite le Colonel de Saint Simon.
Tous ces discours sur la CIA, le SDECE, les relations privilégiées avec le régime Lon Nol, sont des élucubrations. Et je ne suis pas suspect de sympathie pour le régime Lon Nol qui m'a viré du Cambodge en 1973 (je crois d'ailleurs que j'ai été le seul français du Cambodge viré par le régime républicain...... - et j'avais déjà été viré par les Français en 1967 du Cambodge, car je n'ai jamais "fermé ma gueule", raison pour laquelle j'ei eu une certaine "autorité morale" parmi les Khmers).
(…)Les seuls qui avaient un minimum de logistique (les Curés car il y a avait des missions et des communautés cambodgiennes en Thaïlande, et les bonzes khmers - car il y a des minorités khmères en Thaïlande et des réseaux sino-siamo-khmers en Thaïlande - c'est par eux que j'ai pu aller dans les camps, et pas par les curés - ) et de compétence linguistique sont allés à la pêche aux informations - via la radio Khmer Rouge et ce que racontaient les réfugiés.
(…)Le Père Ponchaud et son équipe a fait un travail d'information absolument remarquable - c'est la meilleure source sur la période - même si on peut toujours la critiquer sur tel ou tel point.
Et tout ce travail a été fait au service des Cambodgiens, avec désintéressement, abnégation, et un profond sentiment de détresse devant les malheurs de ces gens. Le texte de ce Patrick Ruel et des autres, traduit surtout une méconnaissance grave des dossiers.]
Les (vrais) journalistes ont donc bien du mal à démêler le vrai du faux dans le flot complaisant des « témoignages ». « En poussant les prétendus témoins oculaires de massacres et autres exécutions dans leurs retranchements », reconnaît le correspondant d’un grand journal, « on s’aperçoit qu’ils n’ont finalement jamais rien vu… mais que leur femme, leur petit neveu, un voisin leur a dit qu’un tel avait raconté que… » Le correspondant du Spiegel, Terzani, a longuement interrogé un de ces « réfugiés cambodgiens » qui lui racontait avec force détails convaincants comment se passait « la terreur rouge »… jusqu’à ce qu’il s’avère que le réfugié cambodgien était en fait un ex-soldat vietnamien…
[Serge Thion : Oui, mais un déserteur vietnamien pouvait en savoir long après avoir traversé plus ou moins clandestinement le pays, souvent à pied].
QUESTIONS SANS REPONSES
Un cas récent illustre la puissance de l’intox. Récemment, l’AFP diffusait une dépêche faisant état du « témoignage d’un ancien professeur cambodgien réfugié en Thaïlande, Ien Souvannari ». Ce dernier affirmait avoir vu « des monceaux d’ossements humains » de plusieurs pieds de haut, des enfants massacrés, des vieillards mourant de faim… Or il se trouve que ce même Souvannari avait été interrogé, début novembre, peu après son arrivée en Thaïlande, par P. De Beer, correspondant du Monde, qui écrivait alors (le Monde, 8 novembre 75) : « Un chauffeur de camion à Battambang (…) et Ien Souvannari, ancien professeur employé sur les chantiers routiers à l’est de Battambang, nous ont dit que les ouvriers mangeaient à leur faim et recevaient la même ration que les soldats. Les enfants ajoutent-ils, sont mieux nourris que les adultes et vont à l’école de 7 à 13 ans ; après quoi, ils travaillent aux champs. Il semble aussi que les habitants des anciennes « zones libérées » mènent une vie à peu près normale. Quant aux citadins envoyés à la campagne, peu préparés à la vie rurale, ils vivent dans des conditions difficiles… » On est alors loin des massacres et de la famine dont le même « réfugié » faisait état quelques mois plus tard à l’AFP !
C’est donc sur ces « sources » que reposent les articles de M. Ponchaud. Il est certain que des groupes de pression rassemblant des nostalgiques de l’ « Indo » sont déterminés à créer le plus de difficultés possibles aux régimes révolutionnaires indochinois et mènent campagne pour créer une image aussi négative que possible du Cambodge dans l’opinion publique française (2). Selon toutes vraisemblances, le SDECE n’est pas étranger à cette campagne…
Il dispose d’ailleurs à nouveau d’un correspondant à Bangkok, alors que, dans les années soixante, les Américains avaient obtenu l’expulsion des agents français.
Reste à savoir ce qui a poussé la direction du Monde à publier ces articles, dont elle ne pouvait ignorer l’origine suspecte et la crédibilité des plus fragiles, à un moment où les relations franco-cambodgiennes restent fort mauvaises. Seul le Monde a la réponse…
G.M.C.
(1) Service de renseignements français.
(2) Depuis le début de l’année, des articles puisés aux mêmes sources que ceux du Monde ont été publiées par le Point, Carrefour, Minute, la Croix.
Libération, 20 avril 1976, « A propos du Cambodge », réponse de François Ponchaud . [Nos remarques entre crochets]
« Seul “ le Monde ” a la réponse » et pourquoi pas celui que vous mettez en cause ?
Contrairement à ce que pense votre correspondant, je ne suis pas quelque « vétéran d’Indochine », ni un « nostalgique » d’un passé à jamais révolu ! « L’Indochine française » ? Connais pas ! J’ai 37 ans et suis arrivé au Cambodge indépendant, neutre, pacifique et heureux en 1965, puis me suis plongé à fond dans le milieu khmer que je prétends connaître quelque peu.
Lecteur assidu de « Libé », je vous ai envoyé, à la date du 17 janvier 76 un exemplaire de mon dossier sur « le Cambodge libre », que j’avais composé pour l’association « Echange France-Asie ». Je vous signale que je n’ai pas fondé cette association, mais que je n’en suis qu’un simple collaborateur depuis mai 1975. Vous n’avez pas daigné accuser réception de mon envoi. « Le Monde » l’a jugé suffisamment sérieux et m’a demandé d’en faire un article. Vous avez préféré le faire critiquer par un de vos collaborateurs.
Vous mettez en doute le témoignage des réfugiés ? Libre à vous de le faire. Cependant, le fait est là : depuis avril 1975, plus de 30 000 réfugiés en Thaïlande, à peu près autant au Viêtnam. Tous ne sont pas des riches, des fonctionnaires : il arrive aussi des paysans et des ouvriers. « L’intox », ça existe ! vous avez raison ! Il est à croire que les services psychologiques cambodgiens ont un réel succès, car tous ces réfugiés, venant d’horizons très divers [pas tant que çà], à des périodes très diverses, arrivant en France, en Thaïlande ou au Viêtnam tiennent tous des propos identiques ! [Cela dépend souvent de la façon dont on les interroge] Peut-être vos journalistes de métier n’en ont-ils interrogé aucun ?
Parce que l’image très partielle – je l’ai reconnu – que ces témoignages donnent du Cambodge ne concorde pas avec votre analyse, vous niez les faits ou vous évoquez, à mon endroit, les procédés de la CIA, du SDECE, et autres réactionnaires, insinuant que je fais sans doute partie du nombre… procédé trop facile ! Rétrospectivement, vous faites de moi un défenseur de Lon Nol…
Mes articles posent des questions : vous en faites des controverses. Mon propos n’est pas d’entamer une polémique stérile. Le Cambodge y serait rapidement récupéré au profit de querelles partisanes. Mon unique but est de clamer à la face du monde la souffrance présente du peuple khmer. Je ne cherche pas à mettre en cause le régime actuel ni à lui créer des difficultés. Vous me prêtez des intentions qui ne sont pas les miennes.
Si vous suspectez mon travail de six mois d’enquête, si vous suspectez le témoignage de milliers de réfugiés interviewés par moi, par d’autres, en France, en Thaïlande et ailleurs, dans leur langue maternelle [Ce n’est pas le cas de toutes les relations écrites dans lesquelles a puisé Ponchaud pour son livre], peut-être devriez-vous prendre en considération les propos de Mr. Kaj Bjork, ambassadeur de Suède à Pékin, qui au retour d’un voyage de deux semaines au Cambodge, déclarait : « Il n’y a aucun doute que la population khmère a considérablement souffert et continue à beaucoup souffrir » (Reuter, cité par « Le Monde » du 9/3/1976). Voilà des propos qui sur les lèvres d’un diplomate invité du gouvernement khmer en disent long ! [Tels quels, ils peuvent simplement pointer du doigt les ravages durables de la guerre].
J’ose espérer que vous voudrez bien publier cette lettre dans votre journal
Patrick Ruel, en présentation de l’article, indique que des réfugiés cambodgiens ont été « menacés d’être renvoyés au Cambodge », rappelle l’intox des « massacres de Hué » dévoilée cinq après et estime que Ponchaud, « collaborateur d’un organisme d’information des Missions Etrangères de Paris » « proteste de sa bonne foi sans répondre , nous semble-t-il sur le fond ». Nous avons voulu interroger le Père Ponchaud, et ce dernier n’a pas répondu notre question portant sur la méthode d’investigation :
> De : SACHA au Père Ponchaud
> Date : Tue, 02 Jul 2002 21:50:49 +0200
> Objet : Libé du 16 mars 1976
>
> Bonjour,
>
> J’aimerais avoir votre avis sur la présentation qui est faite, dans Libération du 16 mars 1976, de >certains Français ayant eu, en 1975-1976, des rapports avec les réfugiés cambodgiens, et ayant >par la même occasion distillé des informations à leur égard.
> Notamment, j’aimerais savoir si vous aviez entendu que Bernard Venet interrogeait les réfugiés >au milieu d’un groupe ou en privé, ce qui était peut-être difficile à organiser ou à faire >comprendre aux Cambodgiens habitués à la vie communautaire.
>
> Sincèrement vôtre,
> Sacha
Objet: Re: Libé du 16 mars 1976
Date: Thu, 04 Jul 2002 06:52:26 +0100
De: "fr.ponchaud"
A: SACHA
J'ai répondu à ces insanités dans ce même torchon de Libération de l'époque.
Sur mon propre compte, rien n'est exact: je n'ai pas "créé" "Echange France-Asie". Mes ressources, à l'époque: 200 FF par an! Mes sources: radio PP et les réfugiés. Du temps de Lon Nol, nous étions opposé au gouvernement.
Le CRS n'a apporté, dans un premier temps, aucune aide aux réfugiés, etc, etc. Je n’ai JAMAIS été en rapport ni avec le SDECE ni avec la CIA. La technique visant à discréditer l'auteur pour discréditer le témoignage s'appelle de la diffamation et de la mauvaise foi.
20 ans après, mon témoignage (limité, certes) reste inchangé et solide. Que dire de celui de GMC?
F.Ponchaud