Notices biographiques (Kae à Kheang), copiées de la thèse de Sacha

Publié le par Sacha Sher

- Kæ Pok (Kæv Vin de son vrai nom, alias Keut) : natif de Baray à Kompong Thom, dans la même région d’origine que Pol Pot. Il devint combattant Issarak à l’âge de quinze ans en 1948 et jusqu’aux Accords de Genève. Ses proches indiquent qu’il fut emprisonné de 1954 à 1957, fonda une famille qu’il fit vivre en faisant commerce d’alcool [1]. Réactivé vers 1957 par le responsable de la branche rurale du Parti, Sieu Heng, il fut affecté à l’Ouest de Kompong Cham avant d’être assigné secrétaire adjoint de la zone Nord en 1967. Pendant la guerre de 1970-1975, il fut responsable du district de Baray à Kompong Thom ou du secteur 35 (Siem Reap et Utdar Meanchey) avant de devenir le responsable militaire de tout le Nord. Membre du Comité Central en 1976 il devint secrétaire du Parti pour l’ancienne zone Nord à partir de 1976 à la place de Koy Thuon. Cette zone fut renommée zone Centrale en 1977. Contrairement à ce qui à pu être écrit, il a eu relativement peu de rapports avec Ta Mok [2] . Il s’éleva au niveau de membre candidat du Comité Permanent et de numéro quatre de la hiérarchie militaire. Les témoignages sur sa brutalité sont contradictoires. Il aurait fait tuer le chef d’un sous-district de Chamkar Leu, Yun, deux jours après le massacre de Svay Chanty (vers juillet 1978) dont il cherchait le responsable. Avant de mourir le 15 février 2002, Pok était encore intégré à l’armée de l’Etat du Cambodge comme général [3].

- Kâng Chap (alias, Chan Sâm) : responsable dans les années soixante de l’acheminement vers le maquis des cadres urbains menacés, il fut emprisonné et libéré vers 1969, après que sa maman ait soudoyé des bureaucrates du Sangkum [4]. En 1975 il fut nommé chef d’un Comité Judiciaire qui ne fonctionna jamais. Secrétaire adjoint du Parti de la zone Sud-Ouest, puis secrétaire du Parti pour la nouvelle zone Nord en décembre 1977, il devint peut-être alors membre titulaire du Comité Central, après n’avoir été que membre remplaçant. Il fut purgé vers août 1978.

- Keat Chhon : Né à Kratié en 1934 d’origine modeste. Elève au collège Preah Sihanouk de Kompong-Cham, ingénieur de l’Ecole nationale Supérieure du Génie Maritime à Paris, il effectua un stage de génie atomique au Commissariat à l’Energie Atomique de Saclay pendant un an en 1959-1960. Membre énergique de l’U.E.K., on loue ses qualités de patience dans le discours, de méthode dans le travail, trait qu’on lui reconnaîtra en tant que Khmer rouge doté d’une intelligence exceptionnelle. De retour au Cambodge en 1961, il travailla comme ingénieur des Travaux Publics et dirigea l’entreprise d’Etat de génie civil ODEM. Recteur de l’Université de Kompong Cham. Ministre de l’Industrie et du Commerce sous Sihanouk (1967-1969), il menait alors un train de vie luxueux. Après avoir été envoyé par le régime de Lon Nol suivre un cours de développement économique à l’Institut de Développement Economique de la Banque Mondiale à Washington en 1970, il rallia le GRUNK à Pékin en 1971-1972 au ministère des Affaires Etrangères et occupa la fonction de ministre délégué auprès de la Présidence du Conseil des ministres du GRUNK jusqu’en 1973. Avant 1975, il fit partie du réseau clandestin du Parti à Phnom Penh. En 1975, il prit part à l’installation du ministère des affaires Etrangères avec Suong Sikœun et Tun Chot Sirinn. De 1975 à 1979 il fut membre du département de Politique Générale du ministère des Affaires Etrangères, et ambassadeur sans affectation (ambassador at large [5]). Il ne dirigea pas de département. Selon un ancien cadre de B-1, il y était très apprécié de Ieng Sary pour “ son ouverture d’esprit, sa franchise, la diligence et la minutie avec laquelle il remplissait sa tâche ”. il fut néanmoins inquiété un moment car on le disait nostalgique de la vie à Paris. En mai 1976 il fut secrétaire d’une délégation cambodgienne au Vietnam (selon Kiernan). En 1979, il devint Ministre du Bureau du Premier ministre, représenta la partie du K.D. aux Nations Unies jusque vers 1981, repartit en France vers 1983-1984, puis se rallia à Hun Sen en 1989, et devint ministre de l’Economie et des Finances dans son gouvernement pendant de longues années.

- Keng Vannsak: né en 1926 à Kompong Chhnang. Apparenté à la famille du prince Yukhantor, ayant résisté contre la colonisation au XIXè siècle. Son père mourut avant qu’il n’entame ses études de lettres en 1946. Il obtint sa licence en 1951, et travailla comme assistant de khmer à l’Institut des Langues Orientales à Paris (de 1947 à 1948 puis de 1951 à 1952), assistant de khmer à la School of Orientals and African Studies, Londres (1948-1950). En France, il revit un ami d’enfance, Ieng Sary. Plus âgé que les autres étudiants, il les initia à la politique et aux textes socialistes en tant qu’animateur du cercle d’études marxistes khmer. Il retourna au Cambodge le 22 octobre 1952, avec son épouse Suzanne. Directeur général de l’Institut National Pédagogique, et doyen de la Faculté de Lettres en 1959, il était une figure importante parmi les démocrates de gauche. Il fut arrêté à deux reprises par le pouvoir sihanoukiste, en 1955 alors qu’il se présentait aux élections, et en 1968 après la répression de la rébellion de Samlaut et pendant les troubles du Nord-Est. Revenu en France en 1970 pour des études de linguistique, il n’a pas connu la période révolutionnaire. Il est l’auteur d’une thèse de 3è cycle en lettres intitulée Recherche d’un fonds culturel khmer (1971), a notamment écrit Tragédie d’un peuple (khmer) (1976) en vers français, Principes de création des mots nouveaux (1964), Aperçu de la révolution “ khmère rouge ” et fait paraître à Montmorency la revue khmère et française Préserver la culture Khmère.

- Keo Meas (alias Keo Thon, Heo Suon, An-Meang): ex-combattant Issarak. D’après les services du renseignement français, il est né le 27 mai 1926 à Svay Rieng, devint membre du Comité de Libération du Nord-Ouest et Nord-Est cambodgien en 1949, membre du Comité d’instruction et de propagande du srok de Mimut (Kompong Cham) en 1950, cadre du Comité aux Affaires Courantes du Comité d’action de Phnom Penh en juin 1950, et commissaire au Comité des Cadres (c’est-à-dire du Parti) ou des affaires courantes du comité des démarches de Phnom Penh en 1951. Envoyé au siège du secteur Est en février 1952, il aurait parfait sa formation politique à Pékin en février 1952 puis, arrivé à Pékin le 11 novembre 1952 pour suivre, en qualité de délégué du peuple cambodgien, une “ Conférence de la Paix pour l’Asie et le Pacifique ”, y aurait suivi une nouvelle formation. Le 24 novembre 1952 il aurait rencontré Mao Tse Tung. Représentant le Cambodge à l’Union Française, il participa au Congrès des peuples pour la paix qui s’est tenu à Vienne le 13 décembre 1952. Thiounn Mumm confia à Chandler l’avoir rencontré pour la première fois à Berlin-Est en 1951. Il paraît étonnant qu’il soit venu à Paris vers 1953, et ait participé au cercle d’études marxistes (Raoul Jennar). Il représenta en 1954 le “ gouvernement de la résistance nationale ” à Genève pour demander à Pham Van Dong d’être présent à la conférence internationale sur l’Indochine. Fondateur de l’association Pracheachun en 1955, il battit campagne dans la circonscription de Prey Svay (Svay Rieng), fut emprisonné d’octobre à décembre pour propagande anti-gouvernementale. Rédacteur du journal Pracheachun, rédigeant un manuel d’économie politique, il fut l’unique candidat du Pracheachun à Phnom Penh en 1957, et quitta peu de temps après la capitale pour la frontière vietnamienne. Il se retrouva plus tard à l’office 100 aux côtés de Saloth Sar et l’accompagna au Nord-Vietnam et en Chine en 1965-1966. A la fin des années soixante, il partit pour Hanoi suivre un traitement médical [6], tenta vainement de convaincre les Nord-Vietnamiens de renvoyer les cadres formés à Hanoi, et accusa Son Ngoc Minh de “ s’engraisser à l’abri pendant que les fidèles du parti se faisaient liquider ” [7].  Pendant la guerre, il était responsable de l’antenne de l’Agence Khmère d’Information à Hanoi. Impliqué dans la confession de Ya (Ney Saran), il fut incarcéré à S-21 (Tuol Sleng) le 20 septembre 1976, le même jour que Ya, peu après que le magazine Jeunesse révolutionnaire dont il était un responsable, ait publié un article célébrant le 25e anniversaire du Parti. Avant 1975 il aurait reproché à Nuon Chea de ne pas avoir fait éliminer son oncle Sieu Heng après sa défection de 1959.

- Keo Moni (alias Yin Mau, à ne pas confondre avec Leav Keo Moni): Combattant issarak dans l’Est du Cambodge, il fut élu président du Comité représentatif du peuple du Sud-Est Cambodge en 1948, chargé de la propagande et de diverses questions civiles et militaires. Il se qualifiait alors de “ libérateur du peuple, du pays et de la religion de la main des étrangers ” et se bat pour que les Cambodgiens, “ encore hésitants, car ils ne voient pas loin ”, “ puissent obtenir le bonheur de participer à la vie moderne ”. En 1952 il fut ministre des Affaires Etrangères d’un gouvernement de la résistance Khmère présidé par Son Ngoc Minh. De juillet 1953 à avril 1954, il se forma à l’école de la guérilla Tay Nguyen au centre du Vietnam. Peut-être les archives françaises le confondent-ils avec Leav Keo Moni en le signalant, en janvier 1954, comme président d’un Comité de Libération du Peuple au Cambodge et participant d’une réunion annuelle du secteur Est. En juin 1954, il était ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Central issarak dirigé par Son Ngoc Minh. Revenu de Hanoï en 1970, il réapparut à Stung Treng et aurait été chef de village à Kompong Thom. En 1975, il devint membre du Comité Central du Parti avant d’être emprisonné à S-21 (Tuol Sleng) le 15 octobre 1976.

- Keo Norin: Né en 1944 à Phnom Penh d’un père fonctionnaire. Etudiant en classe préparatoire à l’Ecole Spéciale de Mécanique et d’Electricité, et à l’Ecole des Techniciens de l’Electronique. Il représenta activement le GRUNK en France entre 1970 et 1975, puis il quitta le nouveau Comité pro-révolutionnaire dès 1975. Il n’est pas allé au Kampuchéa et son rôle était militant et représentatif.

- Ket Chau : chef du bureau de l’Organisation (Chandler), chef du bureau personnel de Pol Pot (Kiernan), ou en charge de l’unité de Garde dite Office “ Ko-1 ” à l’Office 870, il fut arrêté le 18 février 1977 et envoyé à S-21 [8].

- Kheang Khaon : Elève du Lycée Sisowath en 1954. Camarade de classe de Khieu Samphan. Il prépara à Paris l’école Agro pendant un an, jusqu’à ce que sa bourse lui soit coupée en 1955 et entra dans un Institut Agronomique en Belgique. Un membre de l’UEK en 1957-1959 le décrivait comme un membre du P.C.F. dans sa confession [9]. Etudiant en sciences à Orsay, et trésorier de l’UEK jusqu’en 1966, il fut obligé d’interrompre son troisième cycle en électronique parce que sa bourse lui fut à nouveau coupée. De 1967 à 1970, il fut doyen et professeur de la Faculté des sciences physico-mathématiques de l’Université Royale de Kompong Cham. Sa famille et notamment sont frère Kheang Choun étaient des révolutionnaires renommés, et il rejoignit le maquis peu de temps après le 18 mars 1970. Sous Pol Pot et Nuon Chea, il travailla au ministère de l’Education dirigé par Yun Yat, et dans la branche d’un hôpital au service du matériel et du transport. On le retira de son poste pour effectuer des travaux agricoles près de Phnom Penh pendant trois mois. En 1977-1978, il formait des jeunes à être techniciens à l’ancien Institut khméro-soviétique, sous la direction de Thiounn Mumm. De 1979 à 1981, il mena une dure vie d’agriculteur avant de rejoindre les forces du K.D. et de rédiger des livres de maths pour les enfants. A partir de 1984, il fit partie de la délégation permanente du K.D. auprès de l’ESCAP (Economic and Social Council for Asia and Pacific, des Nations Unies) à Bangkok. Installé à Païlin après les accords de Paris, il fuit en 1994 les troupes gouvernementales pour aller à Anlong Veng, puis quitta les “ Khmers rouges ” d’Anlong Veng à la fin des années quatre-vingt dix.



[1] Ben Kiernan, How Pol Pot ..., p.175, 212.

[2] Diverses communications de Steve Heder.

[3] “ Svay Chanty Killing Field : Ke Pauk and Living Testimony ”, Peng Pongras and Phat Kosal, Searching for the truth,7 July 2000, pp.20-22 et February 16, 2002.

[4] Communication de Steve Heder, 30 juin 2000.

[5] Communication de Suong Sikœun. Lettre de Heder, Phnom Penh Post, Issue 9/11, May 26 - June 8, 2000.

[6] Communication personnelle de Steve Heder, 3 avril 2001.

[7] Témoignage du transfuge khmer rouge Keoum Kun, interrogé par l’ambassade américaine le 13 janvier 1972 (Kiernan, “ La révolte de Samlaut ”, in Khmers rouges !, p.136).

[8] Genocide in Cambodia, documents from the trial of Pol Pot and Ieng Sary, edited by H. J. Nike, J. Quigley, K. J. Robinson, with H. Jarvis & N. Cross, 2000, p.406.

[9] Synthèse de la confession de Ruoh Sarin (Ros Sarin) alias Mav, 21 janvier 1977, par Steve Heder.

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S
"[IN Sokan] repartit le 27 septembre 1960 en France, sans doute à cause de la répression qui touchait les journalistes de gauche en août-septembre. Il s’inscrivit à la Faculté de Pharmacie de Paris jusque vers 1964 grâce à une bourse du gouvernement français."<br /> <br /> Vos informations sont erronés, mes parents sont partis un peu moins d'un an en France où ils ont passé l'été, et surtout à Rome en 1964.Je suis moi-même née à Phnom-Penh en 1963.Par ailleurs mon père n'était ni "borné", ni très "complexe"...C'est l'histoire des Khmers dits rouges qui est complexe.<br /> <br /> Sophie In-Herman
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