Notices biographiques (A à E), copiées de la thèse de Sacha
Les désormais illustres personnes retenues dans la liste qui suit sont les étudiants cambodgiens de gauche les plus actifs en France, les figures “ progressistes ” du FUNK, les membres du Comité Central du P.C.K. et certains cadres du Kampuchéa Démocratique.
Pour établir ces notices, nous avons eu recours, outre à nos recherches personnelles et à des informations généalogiques ou scolaires puisées dans les archives françaises, aux documents suivants : Pol Pot, frère numéro un de David Chandler, Pol Pot and Khieu Samphan de Steve Heder, Documentary evidence linking surviving senior and otherleaders of the communist Party of Kampuchea to crimes against humanity in Cambodia, 1975-1979 de Steve Heder, Seven Candidates for prosecution : Accountability for the Crimes of the Khmer Rouge, de Stephen Heder et Brian D. Tittemore (War Crimes Research Office, Washington College of Law, American University and Coalition for International Justice, june 2001, disponible sur internet au format PDF), How Pol Pot came to Power de Ben Kiernan, le magazine du Documentation Center of Cambodia Searching for the Truth (en anglais pour l’année 2000), Cambodge année zéro de François Ponchaud (que nous avons bel et bien lu et relu ! voir ici) , Le mal cambodgien de Marie-Alexandrine Martin.
De brèves présentations des élites cambodgiennes aux temps contrastés du Sangkum peuvent être dénichées dans la revue politique illustrée de photos de ces messieurs dans Le Sangkum. Pour une liste des membres du GRUNK, le plus utile est Malcolm Caldwell & Lek Tan, Cambodia in the Southeast Asian War, 1973, pp.384-385, que l'on complètera utilement des excellents renseignements fournis par Charles Meyer dans Derrière le sourire khmer, ou des données des archives de l’Institut d’Histoire Sociale de Nanterre. Des éléments biographiques émanant de la partie du Kampuchéa Démocratique écrits en français vers 1995 nous ont été aimablement octroyés par Steve Heder. D’autres sources biographiques sont moins dignes d'être considérées comme des références [1] .
Nous tenons particulièrement à remercier Steve Heder de nous avoir fait partager l’immense savoir qu’il s’est édifié en étudiant les confessions de prisonniers de S-21, et de nous avoir fait découvrir les quelques synthèses de confessions qu'il avait réalisées en juin 2001.
Note : les noms sont placés ici avant les prénoms, comme il est d’usage au Cambodge. Néanmoins, les historiens du Cambodge emploient le prénom s'ils veulent évoquer une personne sous une forme courte. Et ce parce que la politesse cambodgienne veut que l’on s’adresse à une personne par son prénom précédé des mots Monsieur ou Madame, ou également par un surnom, court aussi, ou par la position sociale de cette personne.
Bon surf aux honnêtes musardeurs ! Qu'une insatiable et pétulante curiosité et qu'une intense concentration de l'esprit soient avec vous !
- Ban Yan : Etudiant à l’Ecole Centrale en télécommunications de Paris et vice-président de l’UEK en 1969. Probablement mort en 1975.
- Chan (alias Seng Hong) : anciencombattant Issarak. Dans les années soixante, Nuon Chea et Pol Pot paraissent mieux s’entendre avec lui qu’avec Sao Phim . A l’Est, dans le secteur dont il a la charge, le n°21, des Chams se révoltèrent à la finde 1974. Secrétaire adjoint de la zone Est, il procéda à des purges à l’Est avant d’en tomber victime lui-même.
- Chan Youran : licencié en droit à Phnom Penh, diplômé de l’Ecole Royale d’administrationde Phnom Penh, section diplomatie, au début des années soixante, il fut, avant la destitution de Sihanouk, premier secrétaire de l’Ambassade Royale du Cambodge à Paris puis conseiller culturel,ambassadeur ou consul dans plusieurs pays d’Afrique (Mali, Sénégal). Sihanoukiste de gauche mais non communiste, il fut ministre de l’Education et de la Jeunesse populaire du GRUNK jusqu’à la fin del’année 1973, date à laquelle il devint ambassadeur au Sénégal. Membre du Département de Politique Générale au ministère des Affaires étrangères du K.D., dont Ieng Sary était le chef. Après 1979, il fut successivement ambassadeur du gouvernement de Coalition du K.D. au Caire, puis à Pékin jusqu’en 1991, membre fondateur du Parti de la Grande Union Nationale du Kampuchéa fondé vers mi-1992 sous la présidence de Khieu Samphan , ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Provisoire dit d’Union et de Salut National du Kampuchéa puis vice-premier ministre et ministre des Affaires Etrangères de ce même gouvernement.
- Chau Seng : né le 15 mars 1929 à Triton (Cochinchine). D’extraction très modeste, il fut emmené àPhnom Penh par un oncle et y obtint le diplôme de l’Ecole Normale qui formait des instituteurs. Parti en France en 1949, il n’étudia pas à Paris, mais à l’école normale d’instituteurs de Montpellier.Il se lia avec Khieu Samphan et Uch Ven , également étudiants à Montpellier, y rencontra occasionnellement Ieng Sary, et yfit la connaissance de sa future femme au cours d’ une manifestation contre la guerred’Indochine organisée par le P.C.F.. Cette dernière était la fille d’un maire communiste du Sud qui était le parfait homonyme d’un secrétaire de la CGT et membre du Politburo du P.C.F.. Chau Seng revint au Cambodge en 1955 avec un diplôme d’instituteur, une licence ès-lettres obtenue à Montpellier, et, si l’on en croit la note biographique parue à son sujet dans le Sangkum deseptembre 1966, un DES de psycho-pédagogie. Il adhéra au Sangkum le 13 avril 1957. Tour à tour considéré comme un nationaliste de gauche, un progressiste ou un communiste, il est qualifiépar ses proches de “ progressiste de gauche ”, de “ communiste bourgeois ”, de communiste de cœur exalté, de partisan de l’instauration d’un régime socialiste, mais non defanatique. Son épouse admet qu’il ne perdit jamais le contact avec ses vieilles amitiés parmi les communistes, et n’avait pas de divergence majeure avec eux. Il était très ami avec Hou Yuon , Hu Nim , Uch Ven, et voyait souvent Khieu Samphan. En revanche, ses rapports avec Ieng Saryn’étaient pas très bons. Ce sont ces amis qui l’enjoignirent de se maintenir au sommet du pouvoir sous Sihanouk. Mais il n’était pas membre du P.C.K.. Il exprimait beaucoup de respect pour lebouddhisme et était attiré par le personnalisme d’Emmanuel Mounier dont il possédait les ouvrages. D’après Charles Meyer, qui l’a connu depuis 1956, il n’avait pas la réputation d’être un ferventbouddhiste mais utilisait les dignitaires de la communauté bouddhique à ses fins. Ses ambitions politiques étaient sans limites, aussi les rouges ne croyaient-ils guère en ses convictionsrévolutionnaires et le tenaient pour un opportuniste virtuose du double jeu. Sihanouk déclarait ouvertement avoir confié à Chau Seng des postes “ lucratifs ” afin de l’éprouver et del’avoir en main (il avait tenté de faire de même avec Hou Yuon et Khieu Samphan mais sans succès). Sa carrière administrative l’amena à être professeur à l’Ecole Normale de Phnom Penh en 1956,directeur des affaires politiques et administratives de la présidence du conseil des ministres (1957), recteur de l’université bouddhique et responsable des publications de la collection“ culture et civilisation khmères ” (1959), président directeur général des magasins d’Etat (1966). En politique, il commença par être député de la capitale (1958 à 1966), secrétaire d’Etatdu Comité exécutif du Sangkum Reastr Niyum, secrétaire général de la Jeunesse socialiste khmère de 1958 à 1967, puis vice-président de l’Assemblée Nationale (1959), secrétaire d’Etat àl’Education Nationale (janv. 1958 – juin 1959), ministre de l’Information (avril 1960 – août 1962), ministre de l’Agriculture (oct. 1962 – déc. 1964), directeur de cabinet du chef de l’Etat (janv.1965 – nov. 1966), ministre d’Etat chargé du Commerce (août – nov. 1966), ministre d’Etat chargé de l’Economie Nationale (mai – sept. 1967). La note biographique officielle qui portait ces précisionsdu temps où Chau Seng était ministre du GRUNK indiquait encore qu’il parvint à être membre du Haut Conseil du Trône de novembre 1966 à septembre 1967, ce que dément Charles Meyer. D’autres sourcesindiquent qu’il était alors chef du Cabinet du chef de l’Etat. A l’Agriculture, il encouragea la création de coopératives. Ses activités de publiciste s’illustrèrent comme rédacteur occasionnel àl’hebdomadaire Réalités cambodgiennes et au Nationaliste (Neak Cheat Niyum) (1959-1962), comme gérant et directeur de publication de La Dépêche du Cambodge et dela Nouvelle Dépêche (1958-1967), et comme rédacteur en chef des revues en langue française Kambuja et Le Sangkum (1965-1968). Il présidait également l’Association de laPresse au Cambodge (1960-1967). Au moment de la Révolution Culturelle il fut accusé publiquement par Lon Nol d’être un agent des maquisards, et par Sihanouk d’être pro-chinois. Après que Sihanouk luiêut publiquement préconisé, à la fin du mois de janvier 1968, de “ se préparer à fuir ” [2], son nom disparut de la fonction de rédacteur en chef du Sangkum et de Kambuja, respectivement en septembre 1968 et le 15 août 1968. Comme se le remémorent ses proches, il choisit la prudence, et s’en alla en France où le Prince souhaita qu’il reste. Il se consacra alors à la psycho-sociologie et à l’histoire du bouddhisme et s’inscrivit en doctorat ès-lettres à Montpellier en 1968 puis à Paris en 1970, sans y résider. Cette année-là, il obtint un doctorat de 3ème cycle. Puis, de janvier 1970 à septembre 1971, il mena de front le métier de viticulteur et de maître-assistant associé au centre universitaire de Perpignan. Ses amis Hou Yuon, Hu Nim et Uch Ven ne lui proposèrent apparemment pas de les suivre dans le maquis. Il ne s’y risqua pas et lutta à sa façon contre les “ traîtres ” Lon Nol et Sirik Matak comme ministre chargé des missions spéciales du GRUNK de 1971 à 1975. De sources françaises, il aurait été un diplomate intempérant, intelligent mais exalté, qui, après avoir échoué dans ses missions spéciales en Amérique latine en vue de la cession de l’ONU de 1974, fut mal considéré par les Chinois. En 1972, il avait démenti toute implication de commandos vietcongs dans les forces du FUNK. En décembre 1975, après beaucoup d’hésitations, il décida de son plein gré, et non sur invitation du GRUNK, de rejoindre sa “ chère patrie ”, où on connaissait ses compétences, considérant que sa place n’était pas ailleurs et pensant apparemment que les communistes ne détenaient pas l’ensemble du pouvoir. Envoyé se rééduquer par le travail au district de Chamcar Lœu (province de Kompong Cham), il travailla à récupérer du jus de palme destiné à fabriquer du sucre, ce qu’il avait appris à faire dans sa jeunesse en Cochinchine. Au ministère B-1, le fait qu’il se soit illustré dans cette activité dangereuse était apprécié comme une preuve de fidélité envers son idéal de progrès social. Vers mai-juin 1976, Chau Seng revint à Phnom Penh, maigre comme il l’était de nature, avec d’autres intellectuels, Van Piny, Penn Hoch, mais sans Huot Sambath et Ganty, dirigés ailleurs. Il parla en présence de Laurence Picq de la situation économique “ avec des accents de sincérité ” et nonsous forme de slogans : “ Mon niveau de vie a considérablement baissé, mais je peux noter que je ne manque pas de l’essentiel. J’ai appris beaucoup de choses. Jamais je n’aurais imaginé la viedes paysans telle qu’elle est. Je suis content de constater que le niveau de toute la population peut s’élever. Dans certains endroits et dans certains domaines, les progrès sontconsidérables ” [3] . Transféré à BœngTrabek où il était vice-président du Comité du Front, il exprima pourtant rapidement en privé son désir de prendre sa retraite et d’aller vivre en France [4] . Selon d’anciens révolutionnaires, il aurait trouvé “ absurdel’utilisation massive du travail manuel au lieu de l’emploi de la machine ”. Il fut arrêté le 18 janvier ou le 11 mars 1977, et exécuté le 6 juillet 1977, mais la confession qu’il a écrite a étéperdue. Aux employés de B-1, on avait donné pour explication qu’il avait dirigé un réseau de la SDECE (le Service de Défense et du Contre-Espionnage Français) [5] .
- Chea Sim : secrétaire du district de Ponhea Kraek. dans la région de Kompong Cham.
- Cheng An : cheminot recruté au P.C.K. vers la fin des années cinquante et le débutdes années soixante-dix, il fut emprisonné avec sa femme sous Sihanouk dans les années soixante. En 1976, il devint président du Comité pour l’Industrie en remplacement de Koy Thuon . Possible membre suppléant du Comité Central en 1976, il a pu être élevé au rang de membreà part entière en 1978 juste avant d’être purgé. Menotté, il aurait échappé à la vigilance de ses geôliers et aurait crié à des ouvriers de l’usine textile n°3 à Phnom Penh de se révolter contrel’assassin et traître Pol Pot [6] .
- Chi Kim An : Etudiant marxiste en France. Ingénieur géomètre diplômé de l’Ecole desTravaux Publics de Paris au début des années cinquante. Rédacteur en chef du journal pro-communiste Pracheachun en 1955, il fut arrêté par Sihanouk. Etant un des chefs du Parti communistelégal, il représenta avec Sien An et Keo Meas l’ex-résistance khmère au sein de la Commission Internationale de Contrôle des accords deGenève, avant d’être ambassadeur. Il prit le maquis en 1963, resta un des hauts cadres du Parti communiste jusqu’en 1970 date à laquelle il se mit au service de la République comme chef du servicedes cadastres. Selon une source révolutionnaire, il mit officiellement fin à sa vie en se pendant en 1971, à cause de son désaccord avec la ligne du Parti. Ith Sarin rapporte qu’il se serait suicidéen avril 1972 au village de Srê Andaung (Pauvre Cambodge! pp.217, 219). D’après une source proche des révolutionnaires, sa femme, non communiste, aurait dit qu’il était mort de paludismependant la guerre.
- Chhorn Hay : ingénieur en télécommunications, secrétaire général de l’U.E.K., il prit le maquis en1966. En 1970, il fut formé par le Parti dans le Sud-Ouest, où il semble avoir été dénigré par Ta Mok comme un intellectuel, avant d’être transféré au Nord en juin 1971 [7] . En 1975, il devint chef du protocole du Palais, chargé des relations du Parti avec le Chef de l’Etat, et suivit le Prince au moment de l’invasion du Vietnam, se réfugiant à Phnom Malay avant de rejoindre le Roi en 1982.
- Chou Chet , (alias Thang Si ou Si) : Khmer Issarak, il adhèraau P.C. Indochinois en 1951 dans la région de Kampot, et fut formé dans une école de cadres au Vietnam. A partir de 1954, il participa à la commission mixte de contrôle chargée de veiller aucessez-le-feu prévu par les Accords de Genève. Editeur du journal Pracheachun [8] , ou collaborateur de la presse du Parti des Travailleurs Khmer, il fut arrêté en 1962 au moment de la vague de répression qui toucha le mouvement Pracheachun. Une fois libéré, il retourna dans le Sud-Ouest et y occupa la fonction de secrétaire de secteur du Parti, jusqu’à devenir numéro deux du Comité de la zone, derrière Ta Mok , après l’exécution de Chong alias Prasith en 1973/1974. Ce dernier refusait l’autorité de Mok sur Koh Kong et étaitmécontent de la cessation, exigée par le Parti, de toute relation politique ou autre avec des éléments bourgeois comme des commerçants Sino-Khmers ou Thaï-Khmers [9] . Il était en même temps nommé vice-ministre de la Santé Publique du GRUNK en septembre 1970, puis des Affaires Religieuses et Sociales du GRUNK en remplacement de Ngo Hou. Sous le K.D., il devint membre du Comité Central en 1976 – non du Comité Permanent – et secrétaire du Comité de Parti de la Zone Ouest, jusqu’à son arrestation le 26 mars 1978, et son remplacement par Ta Mok. Dans sa confession il retrace une conversation non datée avec Nuon Chea dans laquelle ce dernier lui aurait reproché d’avoir été laxiste dans l’exécution desanciens soldats de Lon Nol . Selon des sources orales réunies par Ben Kiernan, il aurait publiquement exprimé sondésaccord avec un autre dirigeant de sa zone sur la politique à tenir à l’égard du Vietnam.
- Duch (prononcer Douch, de son vrai nom Kaing Khek Iev, Kang KechEav): sino-khmer d’origine, il passa son enfance à Kompong Chen ou Kompong Khleang (province de Kompong Thom), il reçut une bourse pour étudier au Lycée Sisowath etobtint le baccalauréat de mathématiques en 1959. Il étudia à Kompong Thom puis à l’Institut National Pédagogique en 1964. Il fut attiré par le communisme par un groupe d’étudiants chinois del’université de Phnom Penh venus dans le cadre d’un échange. Il enseigna ensuite les sciences au collège de Skun, et les mathématiques au lycée Chhoeung Prey dans la province de Kompong Cham. Sesélèves admiraient sa mémoire et la précision de ses cours. Un bonze qui le connut jusqu’en 1973 sans partager ses idées se souvient qu’il plaisantait tout le temps, mais ne jouait ni ne buvait. Illisait Mao Tsé-toung en français, était très patient, ne répondait pas aux provocations, parlait logiquement, prêtait la main à des victimes d’accidents, et était très sérieux pour ce qui était despositions révolutionnaires. “ Plus il était en colère, plus il souriait ” [10] . Emprisonné pour subversion de 1968 à 1970. Chef de la sécurité du secteur 33 à l’Ouest de Phnom Penh, puis en 1973 du secteur 25 au Nord de Phnom Penh avec Vorn Vet et Son Sen pour supérieurs. Ce sont certainement ces derniers qui le remarquèrent, et non Ta Mok . Chef du service de Sécurité du Comité Central du P.C.K. à partir de 1973 [11] , il souhaitait travailler sous la direction de Cheng An dans l’industrie, mais devint chef de l’unité d’interrogation de S-21 vers octobre 1975 àla place de Im Lon alias Nat, promu à l’état-major général [12] . Il avait pour supérieur Son Sen et Nuon Chea, et participait personnellement aux interrogatoires, annotait les confessions, préconisait des tabassages et des tortures mais il semble qu’il n’ait jamais tué lui-même, du moins pas avant l’arrivée imminente des Vietnamiens lorsqu’il se mit à tuer certains prisonniers de S-21 sur ordre de Nuon Chea [13]. Après 1996, il fut converti au christianisme par des missionnaires évangélistes Américains au Nord-Ouest du Cambodge et fut arrêté le 16 mai 1999. François Bizot, arrêté près de Oudong et interrogé par Duch pendant trois mois à Omleang dans l’Ouest, a esquissé quelques traits du personnage dans LePortail [14].
- Dy Phon : Né le 19 février 1932 à Phnom Penh. Membre de l’U.E.K. et du CercleMarxiste Léniniste avec Suong Sikœun . Il adhéra au Sangkum le 5 mars 1960. Les sihanoukistes le qualifiaient de“ Khmer rose ”. Diplômé de la Faculté de médecine de Paris en chirurgie dentaire, il devint chirurgien dentiste et spécialiste du traitement de la malaria à l’hôpital khméro-soviétique(inauguré fin août 1960), chef de service de stomatologie dans ce même hôpital dirigé par Thiounn Thioeun , professeur à la Faculté de médecine et des sciences paramédicales à Phnom Penh, membre duConseil supérieur de la Santé. Il prit le maquis avec Thiounn Thioeun en 1971 et fut, sous le K.D., l’adjoint de Khieu Thirith dans le Comité chargé de l’éradication du paludisme. Il fut incarcéré à S-21(Tuol Sleng) le 13 décembre 1978.
- Ek Phon (alias Phuong) : combattant Issarak et candidat probable du Pracheachun aux élections de 1955 sous le nom de Chau Phuong, il quitta Phnom Penh vers 1963 pour la région Est. Travaillant comme charpentier, il retourna à Phnom Penh pour suivre des séminaires politiques mais prit le maquis vers la fin de l’année 1964 pour échapper à une arrestation, et conduisit des sessions d’études sur la frontière khméro-vietnamienne sous la protection du F.N.L. Secrétaire adjoint de la zone Est dès 1970, derrière Sao Phim , ministre des Plantations, membre du Comité Central, il entra vers la moitié de l’année1978 au Comité Permanent du Comité Central du K.D..
[1] Les notices biographiques des Clés du Cambodge de Raoul Jennar, Cambodge, la Révolution de la forêt de F. Debré (pp.81-83), Holocaust in Kambodscha d’A. Barth et T. Terzani, Documentation de A. Rashatasuvan pp.215-221.
[2] Kiernan, How Pol Pot ..., p.276 (citant une déclaration de Sihanouk à la radio, S.W.B., BBC, FE/2682/A3/10).
[3] Témoignage dactylographié de Laurence Picq , p.137. Ong Thong Hoeung entendit non seulement qu’il grimpait aux palmiersà sucre, mais aussi qu’il fabriquait en cachette de l’alcool à partir de jacquiers… (Illusions perdues, version inédite de septembre 2001, p.154).
[4] Synthèse des confessions de Van Piny alias Teut, par Steve Heder.
[5] Henri Locard, Conversations avec Ieng Sary , Mey Man, Suong Sikœun & Long Norin, liés au mouvement révolutionnaire cambodgien, 1999, p.5. Nombre de renseignements nous ont été donnés en 2001 par Jean Sagnes, qui s’est entretenu à plusieurs reprises avec Madame Chau Seng . La biographie dactylographiée fournie par Chau Khim nous a grandement aidé. Témoignage dactylographié de L. Picq , p.233. Communication personnelle de Charles Meyer, 26 février 2001.
[6] Y Phandara, op. cit., p.208.
[7] Synthèse des confessions de Toch Phoeun alias Phin, par Steve Heder.
[8] Le Salut Khmer, n°211, 15 mai 2000, p.18.
[9] Communications de Steve Heder, 17 et 21 juin 2000. Chong était en désaccord avec Ta Mok. Ith Sarin en faisait un “ président ” de la zoneSud-Ouest en 1972. Dans sa confession, Vorn Vet , qui était depuis longtemps l’ami de Ta Mok, indiquait quePrasith ne cessait de provoquer des conflits avec Ta Mok (Kiernan, How Pol Pot..., p.327).
[10] Searching for the Truth, N°6, June 2000, p.5-6, n°7, July 2000, pp.15, 17.
[11] Chandler, Voices from S-21, Silkworm books, 2000, pp.20-23. Interview de Duch dans Far Eastern Economic Review, May 6 1999.
[12] Communication personnelle de Steve Heder, 7 avril 2001.
[13] Stephen Heder & Brian D. Tittemore, Seven Candidates for prosecution …, pp.54-55.
[14] François Bizot, Le Portail, La Table Ronde, 2000, pp.92, 128.