Passé prérévolutionnaire des Khmers rouges, documents en annexe.
Source: Serge Thion & Ben Kiernan, Khmers rouges ! p.357. Keng Vannsak a identifié Saloth Sar comme étant l’auteur de cet article.
Le 15 juin 1952, S.M. Norodom Sihanouk dissout le gouvernement et menace en même temps de dissoudre l’assemblée du peuple si elle s’oppose à sa prise de pouvoir. Ce coup d’Etat royal a remué tout le pays et nous incite, nous citoyens, à réfléchir à ses causes.
Certes, la constitution donne au roi le pouvoir de dissoudre le gouvernement, mais ce coup d’Etat est un acte d’injustice car le Roi bafoue les droits démocratiques et commet un acte de mépris à l’égard de l’assemblée élue qui représente légalement le peuple. Si le Roi se préoccupait réellement de l’intérêt de la nation, de la sécurité du peuple, comme il le déclare souvent dans ses discours, il ne devrait pas faire ce coup d’Etat royal en utilisant la force. Vous [c’est nous qui soulignons cette adresse au Roi] auriez dû réunir le gouvernement pour trouver les meilleurs moyens de chasser l’armée française et les complices des Français, afin d’arriver directement à l’indépendance du pays. Le roi aurait dû s’allier avec l’assemblée. Pourquoi?
L’histoire nous montre que seuls l’Assemblée et les droits démocratiques peuvent accorder quelques souffles de liberté au peuple khmer, comme par exemple à l’époque du prince Youthévong. Quand il n’y aura plus d’assemblée, le pays sera aussitôt ligoté. En 1949, le Roi régnant s’est allié avec la France, qui va continuer à rester très longtemps au Cambodge.
Cette histoire, le peuple khmer la retient et ne l’oublie pas; seuls peuvent l’oublier ceux qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels. Ce coup d’Etat du 15 juin nous montre que nous ne sommes pas du tout sous le règne d’une monarchie constitutionnelle, mais plutôt sous un régime de monarchie absolue. le Roi est absolu, il cherche à détruire les intérêts du peuple quand celui-ci se trouve dans une position de faiblesse, il s’inquiète de voir que plus un peuple est instruit, plus il s’aperçoit facilement des fautes des rois. Le roi absolu use de bonnes paroles mais son coeur reste méchant; il use de démagogie pour tromper le peuple.
I. — Qu’est qu’une monarchie? C’est une doctrine qui confie le pouvoir à un petit groupe d’individus qui ont de hautes situations professionnelles, afin qu’ils puissent exploiter la majorité des autres classes sociales. La monarchie est une doctrine injuste, aussi infecte qu’une plaie putride. L’humanité doit l’abolir. La monarchie est une doctrine absolue qui n’existe que par le népotisme. Ses défauts sont nombreux:
1. La monarchie est l’ennemi du peuple. L’histoire nous montre que, depuis que notre pays existe, nous sommes toujours dominés et exploités par la monarchie. La condition du peuple se rabaisse à celle de l’animal; le peuple, qui est considéré comme un troupeau d’esclaves est obligé de travailler sans relâche nuit et jour, pour nourrir la monarchie absolue et son sérail de courtisans.
2. La monarchie est l’ennemie de la religion. Le peuple croit que la religion est son amie, c’est pourquoi il la respecte et la place au-dessus de l’homme. Mais, depuis des temps fort anciens, la monarchie use de démagogie en faisant croire qu’elle représente aussi la religion, qu’elle respecte les dix règles royales. Pour en convaincre le peuple et l’exploiter plus facilement, la monarchie a fait composer par des poètes la légende de Preah Leak Chinavong, selon laquelle le roi a toujours possédé le droit de vie et de mort sur le peuple. Mais les bonzes éclairés ont depuis toujours très bien compris la nature de la monarchie et ont depuis toujours très bien compris la nature de la monarchie et ont trouvé des moyens d’expliquer au peuple qu’il ne fallait pas croire en elle. Ils ont composé le récit de Thmenh Chey pour montrer qu’un enfant du peuple, Thmenh Chey, peut vaincre un roi ignorant; Thmenh Chey ose s’opposer à la couronne.
La monarchie a détruit la religion bouddhique par d’autres moyens, par exemple en divisant les bonzes en plusieurs groupes, en créant un rang supérieur, celui des samdech [= monseigneurs].
3. La monarchie est amie du colonialisme. L’histoire nous montre que, depuis que notre pays est sous la dominition française, les rois khmers s’écartent de plus en plus du peuple. Leur désignation, pour accéder au trône, relève de l’autorité française. Ainsi le roi régnant n’est-il qu’un pion des colonialistes, s’alliant avec eux pour préserver la couronne et la monarchie. Il y a toujours des luttes pour le trône. Le prince Youkhantor a été exécuté par les Français qui ont confié le trône à S.M. Sisowath; les luttes de ce genre sont innombrables.[Serge Thion note que s’il est vrai que la France installait sur le trône le prétendant qu’elle préférait, il est faux de dire que le prince Youkanthor fut tué par les Français, puisqu’il s’est exilé à Bangkok et y finit paisiblement ses jours]
4. La monarchie est ennemie de la connaissance. Elle utilise tous les moyens pour que le peuple soit dépourvu d’instruction afin de lui faire croire que le roi est l’Etre suprême. Quand un peuple est instruit, il devient l’ennemi virulent de la monarchie et il veut avec acharnement son abolition. Voici des exemples:
— Notre grand maître Bouddha était très instruit; il s’aperçut vite que son père, le roi Suthotana (sanscrit: Suddhodana) s’enrichissait injustement, laissant croupir le peuple dans l’ignorance, la maladie, la famine, sans abris, sans écoles, sans hôpitaux. Bouddha décida alors d’abandonner la monarchie pour devenir l’ami de l’homme et du peuple, en apprenant aux hommes à s’aimer. [Serge Thion précise que Bouddha partit à cause de la misère du monde et non à cause de la dureté de son père]
— Le prince Youthévong, très instruit, abandonna aussi les monarchistes pour inculquer la démocratie au peuple khmer.
II. — Qu’est-ce qu’une démocratie? C’est un régime qui confie le pouvoir à une majorité issue du peuple. Ainsi la démocratie est-elle totalement contraire à la monarchie. Ces deux régimes sont ennemis et ne peuvent cohabiter, comme le prouve le coup d’Etat royal du 15 juin. L’histoire montre que ces deux régimes s’opposent toujours et que la paix ne s’instaure que quand la monarchie a disparu. La révolution de 1789 en France, sous la direction de Robespierre et Danton, a dissous la monarchie et exécuté le roi Louis XVI.
La révolution de 1917 en Russie, le peuple ayant Lénine et Staline comme guides, a totalement aboli la monarchie.
La révolution de 1924 en Chine, le peuple étant sous la direction du docteur Sun Yat-Sen, a aboli la monarchie et toute la famille impériale.
La démocratie est un régime que les peuples de tous les pays adoptent maintenant; elle est aussi précieuse que le diamant et ne peut être comparée à aucun autre régime. C’est pourquoi le peuple khmer chante: " Le régime démocratique, dans le monde d’aujourd’hui, est comme un fleuve qui descend de la montagne en suivant des pentes que personne ne peut barrer... " Le régime démocratique relève de la morale bouddhique parce que notre grand maître Bouddha fut le premier à l’avoir enseignée. Ainsi, seul le régime démocratique pourra sauvegarder la valeur profonde du bouddhisme.
III. — Le coup d’Etat royal. Ce n’est pas la première fois que S.M. Norodom Sihanouk abuse de la volonté du peuple khmer. Nous pouvons constater que, quand le peuple est faible et se laisse faire, le roi profite de l’occasion pour mépriser la constitution, comme cela s’est produit en 1949 quand il a essayé de camoufler son absolutisme. Mais, ne pouvant plus se camoufler, il a pris, le 15 juin, la décision injuste de faire un coup d’Etat, au mépris même de ses amis monarchistes, dont certains se retrouvent en prison.
La question qui se pose est de savoir sur quelle force le Roi s’appuie pour faire ce coup d’Etat.
Huy Mong déclare dans Le Monde que ce coup d’Etat n’est soutenu par aucun pays étranger, mais nous, nous répondons ceci:
1. Ce coup d’Etat est le fait du pouvoir colonialiste français. Les preuves se trouvent dans le discours royal du 4 juin, lors de la réunion du Conseil du royaume. Nous en relevons les passages suivants: " J’ai (le Roi) rencontré récemment M. Vincent Auriol [président de la République, précisé par Serge Thion , comme les autres remarques entre crochets de ce paragraphe], celui-ci m’a confié les affaires de S.E. Son Ngoc Thanh... Récemment aussi, M. Letourneau [ministre des Etats associés] a partagé mon avis et m’a promis d’alléger certaines clauses [sur l’indépendance] si un futur gouvernement [khmer] était disposé à réprimer les résistants [issarak*] et d’assouplir encore ces clauses dès que la guerre aura pris fin. " Dans le message royal adressé au peuple, vous avez déclaré que " nous pouvons compter sur l’aide que nos alliés français et américains nous apportent. "
Tout cela prouve clairement que ce coup d’Etat a été soutenu par le colonialisme français.
2. Le coup d’Etat est l’œuvre de la monarchie. D’autres preuves peuvent être trouvées dans les messages royaux: " Ayant reçu en héritage cette monarchie qui date de seize siècles, pour gouverner le peuple... " (message à l’adresse des étudiants). " Même si je dois devenir simple citoyen, je défendrai toujours la monarchie " (discours du Roi devant les étudiants à Paris). Tous ces discours du Roi prouvent bien que le coup d’Etat s’est fait dans le seul intérêt royal.
IV. — Le gouvernement. S.M. Norodom Sihanouk est à la tête du gouvernement issu du coup d’Etat. Les autres ministres sont des courtisans qui ne connaissent rien à la politique et ignorent les malheurs du peuple. Tout le monde doit bien réfléchir au sort du peuple khmer qui n’a même plus la liberté de tenir de réunion de plus de quatre personnes.
V. — Le programme du gouvernement. Les discours du roi montrent clairement que le programme du nouveau gouvernement pour la période de trois ans où le roi détiendra le pouvoir absolu [et au terme de laquelle il promet l’indépendance], est divisé en deux parties:
1° Dans les deux premières années, faire la guerre aux insurgés (les patriotes nationaux)[la politique de "pacification"]
2° La troisième année, négocier avec la France qui promet d’accorder une indépendance complète. ["l’indépendance pleine et satisfaisante". Une autre partie est aussi la remise en ordre de l’économie et des finances]
Un tel programme ne vise qu’à bâillonner le peuple, à arrêter et expulser ceux qui osent s’opposer à la politique du Roi. Ensuite, il vise la dissolution des partis politiques qui s’opposent aux intérêts du trône, car les partis politiques ne se taisent pas. Enfin la politique du roi est de provoquer une guerre civile qui brûlera tout, même les pagodes. Les bonzes, le peuple, les fonctionnaires connaîtront de douloureuses séparations familiales, ils verront leurs parents, leurs femmes et leurs enfants écrasés par les chars, brûlés par le napalm; les récoltes seront détruites. L’armée colonialiste, que la monarchie absolue a déjà appelée à la rescousse, a déjà commis des actes de pillage et de violence sur les femmes... Dans l’administration, les colonialistes seront les maîtres, comme auparavant.
La question se pose alors de savoir qui sera le vainqueur des deux premières années de cette guerre destructrice. A supposer que la monarchie parvienne à réprimer les patriotes nationaux, la question est de savoir si, la troisième année, le Cambodge obtiendra son indépendance. L’histoire a montré que le roi qui fait appel à l’aide du Siam doit rendre hommage au Siam, que le roi qui fait appel à l’aide de la France doit rendre hommage à la France. Ainsi, le Roi Norodom Sihanouk qui a demandé à la France de l’aider doit un respectueux hommage à la France et doit laisser les colonialistes lier le Cambodge à la France par des traités qui leur permettront de dominer le Cambodge pour toujours.
Khmer Originel
Le bi-hebdomadaire dirigé en 1954 par Van Pean est qualifié par les services secrets du Haut Commissariat au Cambodge de « nationaliste » ou de « communisant » [12] .
— 24 novembre 1954, n°1 de la nouvelle série.
Nouveau chemin
Après 90 ans de misère, notre nation voit enfin la lumière. Le peuple khmer tout entier a lutté durement. Cette lumière nous vient de l’accord récemment conclu à Genève. Grâce à lui, la paix totale est revenue dans notre pays, notre indépendance et notre souveraineté nationale sont complètes, les troupes étrangères ont évacué notre sol, tous les citoyens ont le droit de voter et d’être éligibles. Mais en vertu de cette accord, notre nation n’a pas le droit de participer à un pacte de défense.
Les trois points essentiels que comportent l’accord consolident la situation de notre peuple, et lui permettent en outre de connaître paix et prospérité. Il faut que tous ces points soient respectés.
Mais pour le moment, la tâche n’est pas encore finie. Ce bien national si précieux que nous venons d’obtenir, comment le préserver? C’est dans deux domaines que nous devons concentrer nos efforts, politique intérieure et politique extérieure.
Politique intérieure:
Pour pouvoir concentrer les biens et les forces du peuple, la politique intérieure doit reposer sur les sept points suivants: politique économique, sociale, culturelle, religieuse, problème des minorités, problème des étrangers.
Etudiant chacun de ces sept points principaux, la politique intérieure doit avoir pour but d’atteindre l’indépendance nationale et la souveraineté interne, c’est là sa tâche essentielle [13] .
L’indépendance est la source de la vie d’une nation. D’autre part, sans la souveraineté et la démocratie, les citoyens n’ont aucune dignité. Lorsque la population est privée de liberté et de démocratie l’amour de la patrie s’affaiblit et l’indépendance ne repose plus alors sur aucune base stable. Sauvegarder la nation, l’empêcher de tomber sous une domination étrangère, permettre à chaque citoyen de jouir de sa liberté doit être l’objectif principal de la politique intérieure. Sur le point économique, l’Etat doit:
- créer des banques nationales, s’occuper de la monnaie nationale.
- créer des établissements, des compagnies de commerce, de transport (commerce de riz, exploitation forestière, mines, pêche).
- aider les populations à stabiliser leurs industries, redresser le commerce national, établir des lois pour réglementer le contrôle des marchandises.
- enseigner aux fermiers les méthodes modernes soit en leur fournissant le matériel, soit en creusant des canaux, en construisant des barrages et en poursuivant les usuriers qui assassinent nos paysans.
Telle est la lutte de la politique économique nationale.
En appliquant tout ce que nous venons de dire, nos compatriotes auront les moyens de se lancer dans la grande industrie et le grand commerce et d’améliorer notre agriculture dont dépend la vie de la plupart de nos compatriotes.
(Au fur et à mesure) que l’économie avance, les problèmes sociaux sont plus rapidement résolus.
Sur le plan social il nous faut améliorer le standard de vie de nos compatriotes et principalement celui des travailleurs manuels. Il faut ensuite étudier les problèmes de l’opium et de l’alcool. Enfin il faut que les femmes jouissent d’une complète égalité avec les hommes et que la vie des enfants soit partagée.
Sur le plan culturel nous devons nous organiser convenablement, c’est-à-dire que nous devons utiliser officiellement notre langue nationale. Les procédés d’enseignement doivent être spécifiquement khmers et être en conformité avec les derniers progrès de la technique. La religion qui est la base morale de notre peuple doit être respectée et adorée.
Préoccupons-nous enfin des gens des minorités vivant sur notre sol : ces hommes doivent avoir le droit et les moyens de vivre convenablement.
Nous devons enfin respecter les intérêts des étrangers vivant dans notre pays conformément à la loi du pays. C’est là une question d’importance : nous aurons ainsi la possibilité de défendre les intérêts des Khmers vivant à l’étranger.
Politique extérieure:
La politique extérieure dépend également de notre politique étrangère qui doit porter sur : la paix et les relations internationales.
Ne pas accepter que la guerre étrangère se déroule sur le sol khmer, ne participer à aucun pacte militaire, sont les seuls moyens de vivre en paix. Il faut établir des relations avec tous les pays étrangers du monde, notamment avec la France et les pays du Sud-Est asiatique : relations diplomatiques, économiques et culturelles. Toutes ces nations et la nôtre devrons mutuellement respecter leur souveraineté nationale et leur territoire. Ne pas commettre d’agression et ne pas avoir en vue leurs seuls intérêts personnels. Ces relations sont établies de façon que chacun des partenaires y trouve son avantage :
Tout ce dont nous avons parlé jusqu’à maintenant ne pourra cependant être réalisé que par l’union de tout le peuple khmer. Le gouvernement constitue le soutien central et le peuple la force. Si le gouvernement et le peuple tout entier quelles que soient les couches sociales s’unissent étroitement, notre nation connaîtra immanquablement la prospérité et le progrès.
— 25 décembre 1954.
L’union c’est la vie, la discorde c’est la mort [slogan Vietminh]
L’union est la chose la plus indispensable à l’homme: car l’union c’est la vie, tandis que la discorde c’est la mort. C’est pour cette seule raison que les vieux de chez nous aiment souvent à raconter l’histoire du faisceau de baguette étroitement lié qui symbolise cette union [cette image est empruntée au Vietminh]. Solidement liées en une grappe les baguettes ne sont pas facile à briser. Elles résistent beaucoup plus que lorsqu’elles sont isolées; l’union fait la force. Aussi chaque nation, chaque société, chaque famille qui voit en son sein s’élever la discorde ne peut-elle résister au mépris et aux menaces des gens malhonnêtes. Rappelons-nous qu’au moment où la nation khmère vivait sous la domination des colonialistes, ces derniers avaient étroitement utilisé des moyens politiques, pour diviser notre peuple en clans. Se haïssant et se querellant sans cesse, les hommes de la garde indigène attaquaient les tirailleurs, les élèves du lycée attaquaient ceux du collège technique, les fonctionnaires méprisaient les techniciens, et même nos bonzes se sont divisés en sectes, source perpétuelle de conflits. Autre chose qu’il convient de noter, sur le plan de la politique en Indochine, nul n’ignore que les colonialistes avaient habilement manœuvré. Ils envoyaient les Khmers soumettre les Vietnamiens, et les Vietnamiens combattre les Khmers, selon une bonne formule: diviser pour régner.
Aujourd’hui, grâce aux efforts déployés par le peuple khmer qui, uni, a résisté et lutté contre la domination de l’ennemi, la nation khmère a réussi à obtenir paix et indépendance conformément aux accords de Genève.
Compatriotes! Il est temps de consolider cette union et notre force tant physique qu’intellectuelle, sachant que l’indépendance et la paix, buts de nos efforts, sont loin d’être parfaitement solides.
Il est de notre intérêt de prendre bien garde aux manœuvres politiques de ceux qui cherchent toute occasion propre à nous asservir. La solidité de notre indépendance et celle de la paix dépend uniquement de notre union et de notre effort.
Alors le gouvernement, le Roi, les hommes d’Etat et le peuple tout entier doivent s’unir étroitement en vue de sauvegarder l’indépendance et la paix, de parachever notre démocratie et d’augmenter nos efforts sur le plan du relèvement social.
Evitons querelles et conflits entre nous, ils n’aboutissent qu’à ruiner la nation khmère.
Mon très bon Saravouth,
J’ai bien reçu le journal et vos nouvelles. Je suis très heureux d’apprendre qu’en France, on vient de créer une autre association. Il en est ainsi au Cambodge où un nouveau parti politique dit "Parti du Peuple" créé par Monsieur Sam Sary vient se juxtaposer à d’autres partis. J’ai vu les statuts de ce Parti. Il est d’inspiration communiste. Seulement le manifeste n’est pas encore soumis à l’approbation de Sa Majesté, car Monsieur Sam-Sary est malade. Selon lui, il attache peut d’importance à la légalisation du manifeste, car le Parti existera toujours. J’ai consulté mes anciens camarades de la classe de philosophie tels que Ieng Sary, Rath Samoeun, et beaucoup d’autres élèves. Nous comptons adhérer à ce nouveau parti, car le manifeste nous satisfait. Quelle est donc votre opinion? D’après certaines constatations, les jeunes sont attirés par le régime communiste, parce que, jusqu’ici le régime politique actuel ne leur paraît pas acceptable.
Or, comme le statut du nouveau Parti est d’inspiration communiste, Monsieur Sam Sary, par cette création nouvelle, semble avoir recouvré l’estime des jeunes qui détestent Monsieur Sam Nhean, son père. En réalité, Monsieur Sam Sary est innocent. Maintenant, il semble qu’il peut réussir.
Ici, beaucoup de gens ont très bien compris Mao Chhay. Croyez que la majorité des étudiants de la prochaine promotion adhérerons à l’Association des Cambodgiens de France. Ils connaissent le caractère de Ea Sichau. Ieng Sary, Rath Samoeun seront du côté de Mao Chhay s’ils partent cette année en France. Je le leur ai bien recommandé.
Les statuts du P.R.P.C., traduits du vietnamien (Nhan Dan Cach Mang Dang Cao Mien), susscitent ces commentaires des services de sécurité français : « bien qu’adaptés à la situation politique au Cambodge et synthétisés, [ces statuts] sont sensiblement les mêmes que ceux du "Parti ouvrier vietnamien" et du "Parti de l’Indépendance Laotienne" créés presque en même temps que lui. Ils prônent la même "discipline librement consentie", la démocratie populaire étant la doctrine du parti. La critique et l’auto-critique sont préconisées pour maintenir l’unité de l’idéal et de l’action du groupement ».
NOM DU PARTI : PARTI REVOLUTIONNAIRE DU PEUPLE DU CAMBODGE
IDEAL ET BUT DU PARTI : Ce parti est l’armée d’avant-garde du peuple du Cambodge englobant dans son sein des patriotes et des démocrates sincères qui se font le plus remarquer par leur loyauté, leur ardeur et leur esprit de sacrifice dans les rangs de la résistance, qui dirigent actuellement le peuple dans la lutte pour chasser les colonialistes et qui travaillent à rendre le Cambodge entièrement indépendant, unifié, riche et puissant.
La doctrine du parti est la démocratie populaire.
Le parti est régi par une discipline librement consentie et sévère; il use de la critique et de l’auto-critique pour maintenir l’unité de son idéal et de son action.
MISSION POLITIQUE DU PARTI : La mission politique primordiale du parti est de faire l’union de tout le peuple khmer dans le front issarak, de resserrer les liens étroits avec les peuples viêtnamien et laotien, de s’assurer le soutien unanime du peuple khmer et de tous les peuples du monde victimes de l’oppression, d’entreprendre avec énergie la lutte armée contre les colonialistes français envahisseurs du pays, les interventionnistes américains et les fantoches, leurs satellites, d’activer le développement et la consolidation du pouvoir révolutionnaire anti-impérialiste et de bâtir un Cambodge entièrement indépendant.
MEMBRES :
Article 1er - Est admise comme membre du parti, toute personnes âgée de plus de 18 ans, sans distinction de race, de classe sociale, de sexe, de religion, qui en accepte les principes fondamentaux et les statuts, qui consent à participer aux activités de la cellule, exécute ses décision et paie les cotisations mensuelles.
Article 2 - CONDITIONS D’ADMISSION :
a) - les ouvriers et agriculteurs pauvres ayant pris part pendant plus de trois mois aux oeuvres de la résistance, présentés par un membre titulaire, proposés par la cellule et approuvée par les échelons supérieurs doivent encore subir un mois de stage probatoire.
b) - les intellectuels, les petits propriétaires des villes et les petits commerçants qui ont participé pendant plus de six mois à la lutte contre les Français, présentés par deux membres titulaires et approuvés par les échelons supérieurs, doivent subir troismois de stage probatoire.
c) - les personnes membres d’autres partis politiques, ayant pris part pendant plus de six mois aux activités de la résistance présentées par des membres titulaires d’un an plus âgées qu’elles.
d) - tous les membres ont le droit de commenter les activités du parti. Quand un problème est présenté à l’examen de tous les membres, les comités du parti, aux échelons inférieurs, peuvent le discuter. Cependant après levote procédé selon le principe démocratique ou après la résolution prise par l’échelon supérieur, tous les membres doivent s’y conformer et l’exécuter.
e) - tous les membres des échelons directeurs du parti sont désignés par la conférence des échelons du parti. L’organisme directeur le plus élevé du parti est la grande assemblée nationale du parti. L’organisme le plus élevé de chaque commission du parti est la conférence des représentants de cette commission du parti. L’organisme le plus élevé, intermédiaire entre la Grande Assemblée Nationale et la Conférence des représentants de chaque commission du parti est le comité exécutif dont les membres sont désignés par les deux plus élevés organismes ci-dessus.
Article 8 - Dans les circonstances exceptionnelles où ces organismes ne peuvent se réunir, le comité exécutif est désigné par l’échelon supérieur.
Article 9 - Pour faciliter la bonne marche des travaux de direction, les échelons peuvent, suivant les circonstances, former des comités auxiliaires tels que le comité de formation et de propagande, le comité militaire, le comité des affaires du parti, le comité des démarches auprès de la population, etc... afin de les éclairer de leurs initiatives sur les questions techniques.
Article 10 - REPARTITION DU TRAVAIL DANS LES COMITES DES ECHELONS
a) - Le secrétaire est chargé de contrôler les délégués dans l’exécution des missions confiées par le comité de l’échelon, les délégués responsables des différentes branches d’activité de l’échelon peuvent exposer les résultats de leurs travaux devant le comité de l’échelon.
b) - Tout comité exécutif composé de plus de cinq membres doit désigner un comité permanent pour résoudre les affaires quotidiennes.
c) - Le comité permanent se compose de trois à cinq membres selon le nombre des délégués.
ORGANISME CENTRAL DU PARTI
Article 11 - La grande assemblée nationale du parti doit se réunir une fois tous les deux ans pour l’élection du comité exécutif central du parti. En raison des circonstances particulières, cette périodes peut être prolongée ou abrégée. L’effectif du comité central est fixé par la grande assemblée. Le comité exécutif central au complet de ses membres se réunit en conférence une fois tous les semestres; il convoque une fois l’an, en conférence, tous les cadres du pays pour discuter et décider de la marche des affaires.
ORGANISMES A L’ECHELON SECTEUR (miên), PROVINCE (khet), VILLE (thành) ou DELEGATION (srok)
Article 12 - Les délégués à la conférence aux échelons secteur, province, ou ville du parti doivent se réunir une fois tous les ans pour l’élection du comité exécutif à l’échelon secteur, province ou ville du parti. Les délégués à la coférence à l’échelon srok du parti doivent se réunir une fois tous les six mois pour l’élection du comité exécutif à l’échelon srok.
L’effectif des membres des comités exécutifs à échelons secteur, province ou ville, srok, du parti se compose de 3 à 9 membres titulaires et de 1 à 2 membres suppléants.