Introduction du "Kampuchéa des "Khmers rouges"..."" (3) (pp.26-30)
De 1864 à 1954, sous la présence française, des denrées à faible coût étaient prélevées vers Paris, et une classe de fonctionnaires importait nombre de ses biens de consommation de France. Les paysans ne bénéficiaient pas d’une amélioration perceptible de leur sort. Ils étaient toujours autant victimes de la piraterie et de l’esclavage pour dette [i]. Après plusieurs années de guerre, l’« indépendance » survint officiellement le 9 novembre 1953, à la faveur du Roi Sihanouk qui occupait déjà le trône. Les démocrates prenant de plus en plus de poids politique, le Roi choisit d’abdiquer le 2 mars 1955 en faveur de son père, pour rassembler la droite sous son nouveau titre de Président du Conseil. A la mort de Suramarit, en 1960, sa femme, Sisowath Kossamak Nearirath occupa le trône tandis que leur fils Sihanouk prit le titre de Chef d’Etat. Les principaux atouts du Cambodge étaient les plantations de caoutchouc situées sur les terres volcaniques de l’Est, ainsi que les immenses réserves d’eau douce qui, d’août à octobre, inondaient la plaine centrale, et en faisaient l’un des pays les plus poissonneux au monde. « Là où il y a de l’eau, il y a du poisson …» assurait le dicton [ii]. Les terres étaient peu propices à la riziculture et souffraient des irrégularités de précipitations. Le rendement moyen était un des plus bas au monde – entre huit cents kilos ou une tonne de paddy par hectare et par an [iii]. Le paysan ne sélectionnait pas assez bien les semences et les autorités procédaient à des choix discutables en variétés de riz. Toutefois, sous Sihanouk, le pays importait de deux cents à cinq cents mille tonnes de riz chaque année. Les terres argilo-limoneuses de la province de Battambang étaient les plus riches, mais les divisions sociales y étaient aussi les plus grandes. Les paysans pouvaient généralement se nourrir, mais les militaires se livraient épisodiquement à des réquisitions de paddy, et des négociants privés ou publics les roulaient imperceptiblement au moment de la vente du riz. Périodiquement, il fallait s’endetter auprès d’usuriers pour subvenir aux dépenses religieuses et payer les taxes et les rétributions de toutes sortes qui ne manquaient pas de survenir dès que l’on croisait le chemin d’un fonctionnaire. Pour toutes ces raisons, les paysans étaient peu incités à accroître leur productivité et souhaitaient ardemment que leurs enfants embrassent une carrière de fonctionnaire [iv].
En mars 1970, la monarchie constitutionnelle fit place à une « république » restée entre les mains de vieux conservateurs [v]. Cette république dénia à Sihanouk toute fonction et crut conforter son pouvoir par le feu des mitraillettes et des tanks dès le mois de mars. Elle fut immédiatement confrontée à une alliance de partisans du prince Sihanouk et de communistes cambodgiens (le Front Uni National du Kampuchéa, FUNK) déterminés à la renverser avec le soutien des combattants du Nord-Vietnam et du Front National de Libération Sud-vietnamien. Cinq années de guerre et quatre ans et demi de bombardements américains ravagèrent le pays et déversèrent la moitié des paysans dans les villes, où l’élite, assoiffée de biens de consommation ostentatoires, se livrait à son sport favori : la course aux gaspillages de prestige. Mais les temps n’étaient plus à la même insouciance. Certains étudiants ou fonctionnaires, par crainte d’être enrôlés dans l’armée, disparaissaient à la campagne. En 1974, la population de la capitale était approvisionnée en aliments par l’aviation américaine. En février 1975, elle devenait totalement tributaire du riz américain, désormais livré gratuitement par avion. Phnom Penh était en proie à la flambée des prix, aux épidémies, à la corruption et à la malnutrition infantile. Les conditions de vie étaient particulièrement alarmantes dans les camps de réfugiés de guerre qui avaient fui, dans un premier temps, les bombardements américains puis, en 1973-1974, la famine provoquée par les bombes et les dysfonctionnements de la collectivisation en marche. En avril 1975, avant l’entrée des révolutionnaires triomphants, les docteurs français de l’hôpital Calmette craignaient l’arrivée imminente d’une épidémie de peste bubonique, de choléra ou de fièvre typhoïde. Plusieurs journalistes français et anglophones s’étaient alors rendus compte de l’état de détresse des malades et des blessés, abandonnés par leurs compatriotes docteurs, et voués à une mort prochaine dans les couloirs et les cours d’hôpitaux surpeuplés réduits à de véritables « taudis insalubres » [vi]. La responsabilité des Etats-Unis et du gouvernement de Lon Nol dans le refus d’assigner du personnel et d’allouer des fonds suffisants pour prendre en charge ces personnes déplacées, ces malades, et surtout les enfants, a été clairement exposée par George C. Hildebrand et Gareth Porter à partir de sources administratives américaines et onusiennes, et d’entretiens avec le responsable de l’Agency for International Development qui fut mise en place à la fin de l’année 1972 : les signes de malnutrition infantile devinrent patents vers septembre 1974 et entraînèrent la mort de près de 8 000 enfants au cours du seul mois de mars 1975. Selon le F.M.I., le total des surfaces cultivées était passé de 2,46 millions d’hectares en 1969 à 500 000 hectares en 1974. Par ailleurs, beaucoup de riz était détourné. Aussi, la ration disponible par personne en février et en mars 1975 au prix officiel n’était-elle plus que de 275 grammes puis de 160 g., alors que le minimum nécessaire à la survie était évalué par la F.A.O. à 450 g. Par ailleurs, le riz américain, poli, était moins riche en vitamines que le riz local [vii].
Le 17 avril 1975, Phnom Penh surpeuplée tomba dans le camp du F.U.N.K. et fut rapidement dépeuplée. Le 5 janvier 1976 l’avènement du Kampuchéa Démocratique fut proclamé. Pour faire bonne apparence, une Assemblée Représentative fut élue le 20 mars 1976 au cours d’un simulacre électoral. Elle ne se réunit qu’une fois, le 12 avril, pour voter à main levée la composition du gouvernement, avec Pol Pot pour premier ministre [viii]. Les révolutionnaires furent chassés le 7 janvier 1979, date officielle de la victoire vietnamienne au terme de plusieurs années de désaccord politique, d’un an de combats frontaliers, et de deux semaines de guerre éclair.
La dénomination qui leur est restée semble être apparue dans la bouche du prince Sihanouk en 1955, pour désigner une des tendances de son mouvement politique, le Sangkum Reastr Niyum (Communauté Socialiste Populaire), colorié également de Khmers blancs, de Khmers bleus, et de Khmers roses. Des « rouges » et des « bleus » étaient présents lors de la campagne électorale de 1958 et les sources écrites indiquent que l’expression « Khmers rouges » fut utilisée en 1960 et 1962, en alternance avec « Khmers Vietminh », lorsque des accusations de complot furent dirigées contre la gauche [ix] . Puis « Khmers rouges » revint à l’honneur à côté et à la place de « Khmers Vietminh » en 1966-1967 lorsque le Prince fut échaudé par des tracts attribués à un mouvement pro-chinois, et qu’il fit réprimer la révolte paysanne de Samlaut supposée fomentée par les anciens ministres de gauche Khieu Samphan, Hou Yuon et Hu Nim. L’expression avait l’avantage de ne pas incommoder les communistes vietnamiens, et de produire, aux yeux de certains Cambodgiens, une impression sanguinaire [x] . « Rouge » était néanmoins la couleur du drapeau révolutionnaire et revenait à de nombreuses reprises dans l’hymne national pour rappeler le sang versé par le peuple. La radio officielle indiquait le 14 mai 1978 qu’il fallait préserver la Révolution et « la maintenir Rouge. (...) ne pas permettre à notre révolution de changer de couleur [une préoccupation que l’on retrouve dans le Petit Livre rouge de Mao et que Le Duan exprima à l’adresse de la Chine en automne 1977 ! [xi]] (...) Notre aspiration sacrée est de défendre et de construire notre Kampuchéa Démocratique et de le préserver pour toujours, afin qu’il reste prospère et Rouge ». Ben Kiernan rapporte aussi que Pol Pot avait évoqué l’émergence d’un gouvernement « rouge pur » après le démantèlement du gouvernement de Front uni le 22 avril 1976. Et David Chandler indique que plusieurs mois après 1975, le journal du Parti stigmatisait les ennemis qui « avaient essayé de faire changer la couleur de la révolution ». Enfin, en 1978, un document officiel établissait qu’en 1973, une carte des forces en présence au Kampuchéa montrait que le rouge l’emportait largement sur le noir [xii] .
Néanmoins, selon un ancien cadre, les révolutionnaires rejetaient l’appellation de « Khmers rouges », « trop générale, qui heurtait leur sensibilité nationaliste ». Selon une autre source, ils « haïssaient » l’expression et faisaient référence à eux-mêmes en employant « Kampuchéa Démocratique » [xiii]. Le mot « Khmers » était rarement utilisé car il faisait droitier. On lui accolait oralement les adjectifs « révolutionnaires » (padévat), « anciens » (chah) – pour désigner les personnes se trouvant du côté de la guérilla avant 1975 –, ou « nouveaux » (thmey) – pour désigner les nouveaux venus dans les coopératives après avril 1975. Mais en général, « nouveau » et « ancien » étaient utilisés avec le mot « peuple », et, dans les traductions étrangères le « peuple khmer » cédait la place au nouveau « peuple du Kampuchéa », ou « kampuchéen », qui, selon des manuels de géographie destinés aux écoliers, incluait la majorité khmère et les minorités ethniques [xiv] . D’ailleurs, selon un cadre d’origine Jaraï, le premier emploi de « peuple du Kampuchéa » remonterait au moins à 1967, lorsque le Parti Communiste établit sa base au Nord-Est parmi les minorités nationales. Certains textes officiels du Ministère de l’Education expliquaient que les Khmers n’étaient que la majorité du « peuple kampuchéen », qui, lui, comportait « à la fois les Khmers et les minorités nationales » tous autant membres « de la même grande famille de large solidarité nationale où il n’y a pas de racisme », et membres de la « société nationale cambodgienne, égale et véritablement démocratique, où il n’y a pas de racisme, ni de riches ni de pauvres ni de classes exploitantes ou exploitées » [xv]. Les émissions radio de 1975-1978 transmettaient un idéal d’unité et de métissage lorsqu’elles saluaient le patriotisme du peuple du secteur de Mondolkiri (zone Nord-Est) vivant désormais « dans la paix et le bonheur de la glorieuse et grande famille révolutionnaire pour toujours », chérissant « l’honnêteté, l’égalité et la justice », et se montrant particulièrement héroïque dans la domestication de la nature grâce à ses attitudes « d’amour pour la révolution » et de « collectivisme élevé ». Combattants révolutionnaires et paysans de Mondolkiri étaient censés vivre et travailler ensemble comme des « frères de sang » [xvi] . En fait, il semble que les montagnards se méfiaient toujours des gens des plaines [xvii]. Mais la radio montrait l’exemple à suivre, et, significativement, ne laissait rien entrevoir de la division entre « peuple nouveau » et « peuple de base » qu’imposaient certains cadres.
Les combattants et les cadres du parti communiste cambodgien appartenaient très majoritairement à l’ethnie khmère. Certains dirigeants, comme leurs prédécesseurs sihanoukistes ou républicains, étaient partiellement d’ascendance chinoise [xviii] . Ceci a pu les inciter à s’ouvrir à d’autres modèles socio-politiques que ceux de l’imaginaire symbolique et politique royal cambodgien [xix]. Pol Pot, Nuon Chea, Ieng Sary, Son Sen, Ta Mok, et Khieu Samphan hantent l’esprit des rescapés. Il conviendrait d’ajouter à ces figures plus ou moins dirigeantes Sao Phim, Ros Nhim, Vorn Vet, et, dans une moindre mesure, Kong Sophâl (pour plus de renseignements biographiques aller sur http://ice.prohosting.com/ssher/ kkrnotices.html). Quant à leurs femmes, elles n’apparaissent pas dans les organes de décision. Ont-elles néanmoins pu insuffler des idées à leurs époux ? Difficile de l’établir. Si Ieng Thirith fut à la tête du ministère des Affaires Sociales à partir de février 1977, la place de ce ministère était peut-être insignifiante dans l’administration du Kampuchéa Démocratique. De même, si Yun Yat , ministre de la Culture, de l’Instruction et de l’Enseignement, aurait, selon l’entourage de Ieng Sary, mis le nez dans le travail de son mari Son Sen, il n’apparaît pas qu’elle ait pris part aux réunions de l’état-major.
[i] Dr. A Pannetier, Notes cambodgiennes, au cœur du Pays Khmer, Cedoreck, 1983, pp.32, 40, 66, 69, 137. S. Thion et M. Vickery, « Cambodge : problèmes de la reconstruction », ASEMI, vol. XIII, 1-4, 1982, (http://www.abbc.com/totus/1981-1990/149CCambodgereconst.html).
[ii] M-A. Martin, « La politique alimentaire des Khmers rouges », Etudes Rurales, juillet-décembre 1985, n°99-100, p. 361. L’économiste Rémy Prud’homme, rapportait que l’ensemble des bonnes terres (terres rouges, sols argilo-limoneux d’une partie de la province de Battambang), avait été évaluée à 1 000 000 d’hectares, soit le 1/5e de la superficie de la plaine centrale et des plateaux cultivés (L’économie du Cambodge, P.U.F., collection « Tiers-Monde », publications de l’IEDES, 1969, pp.19-20 sur le climat et l’épisodique « petite saison sèche » de juillet-août, et p.268 pour le tableau des exportations de riz de 1957 à 1966). Voir aussi Jean Delvert, Le Paysan cambodgien, Paris, La Haye, 1961, Mouton & Co, pp.45, 90-113. La majeure partie des rizières souffrent d’un climat aux précipitations irrégulières et tardives, établies sur des sables roses ou blancs surmontant souvent une couche de latérite, pauvres en argile, lequel est « trop vite durci en sécheresse et trop pâteux en saison des pluies ». Les carences en protéines étaient, grâce au poisson, moins prononcées que dans la majorité de pays d’Asie du Sud-Est, comme l’écrit René Dumont, expert de la division d’analyse économique de la FAO pour le gouvernement Royal Cambodgien, dans un projet de rapport sur Les possibilités de développement de l’économie agraire khmère, au départ des réformes économiques janvier-mai 1964, p.2, 10. Marie-Alexandrine Martin , Le mal cambodgien..., p.18. Le dicton « Là où il y a de l’eau, il y a du poisson » se prolonge par « là où il y a de l’argent, il y a des femmes », voire « là où il y a de la terre, il y a des Chinois ».
[iii] Thion et Pomonti, Des courtisans aux partisans, la crise cambodgienne, 1971, p.38, qui ont peut-être repris les chiffres de la banque internationale pour la reconstruction, en 1969 – une tonne par hectare de riz en moyenne pour tout le Cambodge, le taux le plus bas en Asie (Hildebrand et Porter, Cambodia, starvation and revolution, Monthly Review Press, London and NY, 1976, p.20).
[iv] Thion et Pomonti, op. cit., 1971, « pesanteurs paysannes », pp.32-44.
[v] Parmi les plus éminents, Lon Nol, Sirik Matak, Yem Sambaur & Sim Var (Michael Vickery, « Looking Back at Cambodia, 1942-1976 », in Kiernan & Boua, Peasants and Politics in Kampuchea, 1942-1981, W.E. Sharpe, NY, 1982, p.108).
[vi] Pour la situation en 1973-1974, lettres de François Ponchaud, membre d’un Comité d’Entr’aide, 16 décembre 1973, 1er décembre 1974, archives d’Espace Cambodge. Sur l’aide américaine, la situation des malades dans les hôpitaux et les prévisions des docteurs, William Shawcross, Une tragédie sans importance, Balland, 1979, p.351 sq. parlant d’hôpitaux transformés en « taudis insalubres » en se référant au rapport final de l’ADI et au rapport de fin de service du général Palmer. Sur ce point et l’absence de certains médecins, voir Haing Ngor, Une odyssée cambodgienne, Fixot, 1988, pp.63, 71, 362, Le Monde, 10 mai 1975 (« pourriture » dans les hôpitaux), témoignage du père Jacques Engelmann, 53 ans, dans Paul Dreyfus, … et Saigon tomba, Arthaud, 1975, p.350, ainsi que les articles de Jon Swain, Sunday Times (London), 11 May 1975, Sydney Schanberg, New York Times, 9 May 1975, et Richard Boyle, dépêche de Pacific News Service, 30 June 1975, cités par Noam Chomsky et Edward S. Herman The Political economy of human rights volume II : After the Cataclysm, Postwar Indochina & the reconstruction of imperial ideology, 1979, South End Press, Boston, pp. 370-371. Sur le danger de choléra Hildebrand et Porter citent l’article de Richard Boyle dans le Colorado Daily (Boulder), July 7, 1975, une déclaration de W. Goodfellow d’AID, et une lettre de réfugiés. François Ponchaud écrivait qu’une fois que les paysans seraient retournés dans leur campagne, à la faveur de la fin des combats, la population phnompenhoise (un million d’habitants) aurait pu s’alimenter deux mois grâce aux stocks de riz accumulés, Cambodge année zéro, Julliard, 1977, réédition 1998 Kailash, 69, rue Saint Jacques 75005 Paris, p.34. Dans une lettre à Noam Chomsky du 17 août 1977, Ponchaud indiquait qu’il avait un peu exagéré mais que l’estimation de Long Boret selon laquelle il restait une semaine de vivres était également exagérée, car son but était d’émouvoir les parlementaries américains. Ponchaud faisait partie d’un Comité d’Entraide et connaissait « les quantités de riz stockées illégalement », qui n’entraient pas dans les calculs officiels de Long Boret. Elizabeth Becker , Noam Chomsky et Hildebrand et Porter citent un article du New York Times du 14 juillet 1975, « Starvation in Cambodia », écrit par William Goodfellow, directeur du programme d’aide américain AID (Agency for International Development), où il était rappelé que le 17 avril 1975, la capitale ne disposait pour ses deux millions habitants que de six (ou huit) jours de réserve de riz, (Les larmes du Cambodge, Presses de la Cité, 1988, p.173, After the Cataclsym, The Political Economy of Human Rights, vol. II, South End Press, Boston, 1979, p.160, Cambodia, Starvation and revolution, p.111.). Un article du 9 mai 1975 du New York Times indiquait que le chiffre de huit jours était avancé par Long Boreth, peut-être enclin à rechercher l’aide internationale. Le même article indiquait que des avions de reconnaissance américains avaient montré qu’au moment de l’évacuation, seuls 12 % des rizières avaient été plantées. Gareth Porter mentionne qu’une étude des services d’intelligence US prévoyait en juin 1975 qu’un million de Cambodgiens risqueraient de mourir de faim dans l’année, à cause de l’absence de stocks de nourriture (Washington Post, June 23, 1975, Far Eastern Economic Review, July 25, 1975 cités dans Human rights in Cambodia : hearing before the Subcommittee on international Relations, House of Representatives, 95th Congress, 1st session, Washington, USGPO, May 13, 1977, p.30). Un rapport d’ US AID d’avril 1975 soulignait la « cruelle nécessité » de soumettre la moitié de la population à un travail d’esclave et à des rations de famine pour près de la moitié de la population dans l’année à venir (William Shawcross, Sideshow, Simon & Schuster, 1979, p.375, Chomsky in After the Cataclsym ..., p.351, n.82, ou Ben Kiernan, Le génocide au Cambodge, 1975-1979, Race, idéologie et pouvoir, Gallimard, 1998, p.78). John Barron et Anthony Paul écrivaient que l’Organisation avait pu donner des rations suffisantes à la population jusque six à huit semaines après l’évacuation, moment ou commencèrent à s’épuiser les réserves de riz américain récupéré à Phnom Penh, (Un peuple assassiné, Denoël, 1977, p.156). La position peut-être privilégiée de Pin Yathay lui faisait estimer que les réfugiés étaient bien accueillis dans les camps spéciaux, et que pour les autres citadins, il restait des stocks d’un mois de nourriture, L’utopie meurtrière, Robert Laffont / Opéra Mundi, 1980, p.25.
[vii] Hildebrand et Porter, Cambodia, Starvation and Revolution, Monthly Review Press, London and NY, 1976, pp.20-39, citant surtout Cambodia : An Assessment of Humanitarian Needs and Relief Efforts, Office of the Inspector-General of Foreign Assistance, Inspection Report, March 12, 1975, in Congressional Record, March 20, 1975, p.S4619, ou Relief and Rehabilitation of War Victims in Indochina, Part I : Crisis in Cambodia, Hearing Before the Subcommittee to Investigate Problems Connected with Refugees and Escapes, Committee on the Judiciary, U.S. Senate, 93rd Congress, 1st Session, April 16, 1973, ou Problems of War Victims in Indochina, Part II : Cambodia and Laos … 92nd Congress, 1st Session, May 9, 1972, ou un article de Schanberg dans le N.Y. Times, 24/02/1975.
[viii] Steve Heder, « Democratic Kampuchea : the polls of 1976 », in Phnom Penh Post, May 8 - 21, 1998. Pin Yathay, op. cit., p.235-236. Le vote à main levée était pratiqué au P.C.F. dans les Congrès et les réunions du Comité Central.
[ix] Archives du Ministère des Affaires Etrangères, série Cambodge Laos Vietnam, sous-série Cambodge, n°22, presse cambodgienne, février-mars 1958, n°20, parti « Pracheachon », 30 juillet 1960 : « ceux qu’il appelle les Khmers rouges », n°15, politique intérieure, 1962, condensé officiel du discours prononcé à Chhouk le 12 janvier 1961 (erreur dactylographique pour 1962), n°113, situation politique, janvier 1964 : Sihanouk a menacé de faire fusiller les Khmers « rouges », intellectuels de gauche, accusés de communisme et de sabotage.
[x] Dans le Salut Khmer, février 2001, il est rappelé que le nom de « Khmers rouges » fut attribué le 18 novembre 1966, et que Sihanouk fit état de tracts l’attaquant personnellement le 22 novembre 1966. Entretien avec Suong Sikœun et Long Norin, juillet 2000. François Ponchaud et Rémy Prud’homme, venus au Cambodge dans les années soixante ne font remonter l’expression qu’à 1967 (Cambodge année zéro, p.194, et entretien du 21 avril 1999). Pour la désignation de la tendance pro-chinoise chez les communistes, entretien avec Gérard Brissé, 6 mai 2001. Sur le fait que la susceptibilité des Nord-vietnamiens était ainsi ménagée, entretiens avec Charles Meyer, ex-conseiller de Sihanouk, 8 juin 1998, Keng Vannsak, 17 mai 1998 et Bernard Hamel, 25 mai 2002. Pour la nuance « sanguinaire » de « rouges », entretien avec Loc Chay, 26 novembre 2000.
[xi] Edition du Seuil, 1967, pp.29, 166. Remarque de Philip Short, octobre 2001.
[xii] Summary of World Broadcasts, the Far East, Monitoring Services of the BBC, retranscription du 17 mai 1978, pour une émission du 14. Ben Kiernan, Le génocide au Cambodge, 1998, p.395. Extrait de Voices from S-21 dans Searching for the truth, N°11, November 2000, p.20. Livre Noir, faits et preuves des actes d’agression et d’annexion du Vietnam contre le Kampuchea, septembre 1978, p.69.
[xiii] Communication personnelle de Suong Sikœun