Notices biographiques (U à Z) copiées de la thèse
- Uch Ven: né en 1931 à Phnom-Kong, près de Kampot, d’une famille de cultivateurs. Elève à l’école normale de Phnom Penh puis à l’Institut d’études juridiques. Bachelier en sciences expérimentales à Montpellier en 1952, il obtint ses trois années de licence de droit à Paris avec la mention assez bien (1954-1957). Familier des cercles anti-colonialistes à Montpellier et à Paris au début des années cinquante, quelques années avant Khieu Samphan, il partageait sensiblement avec ce dernier le même parcours scolaire, ainsi qu’une réserve, une façon concise de s’exprimer, des “ capacités de penseur ”, et une “ générosité ” communes. Au Cambodge, il enseigna la morale à l’Ecole Normale et devint sous-secrétaire d’Etat aux Cultes de Sihanouk dans le gouvernement formé le 10 juillet 1958 [1] . Enseignant à l’Ecole Normale des Instituteurs et au collège ou lycée Chamroeun Vichea, dont il était le président de l’association, et secrétaire de la bibliothèque de droit, il exerça une influence déterminante pour attirer certains étudiants vers des positions communistes, notamment Tiv Ol et Phouk Chhay [2]. Dans les années soixante, il fut professeur à la Faculté de droit, directeur adjoint du quotidien La Dépêche du Cambodge et employé à la banque Indana Jati [3]. Il fut ensuite assistant, avec Poc Deuskomar, de Chau Sau, directeur de la Banque Nationale de Crédit, tout en paraissant sensiblement proche des communistes aux yeux du pouvoir. Il s’enfuit dans la jungle en juillet 1968, après l’arrestation de Chau Sau, accusé d’approvisionner les rebelles [4] . En 1968, il fut chargé de porter un message clandestin à Thiounnn Mumm à Paris. Selon un ancien cadre, peu de temps après son retour au maquis, alors qu’il fuyait la répression lonnolienne, il succomba, victime de la malaria dans le Kirirom. Une source proche de Sihanouk le donnait pour assassiné par les “ Khmers rouges ”, mais Ith Sarin, qui est sans doute plus indépendant et mieux renseigné, écrivait que ce cadre révolutionnaire “ important ” était mort d’une maladie intestinale.
- Um Neng (alias Vi) : membre du Pracheachun, envoyé comme représentant du Parti des Travailleurs Khmers à Ratanakiri en 1963-1964, il fut quelques temps secrétaire de la zone Nord-Est à la place de Ya et se suicida en 1978. Selon Koy Thuon , Ya avait dit de Vi que lui et d’autres cadres du Nord-Est s’étaient montrés incapables d’être solidaires entre eux et avec les masses. Ils déviaient de la ligne du Parti en multipliant les accusations de traîtrise et les arrestations, exacerbant par là même les problèmes. De nombreuses familles avaient été exécutées et d’autres avaient fuit en masse. Selon Deuan, le Parti était très peiné de constater que la politique de solidarité entre les nationalités ne fonctionnait plus. En janvier 1976, Pol Pot tint un meeting où il émit le vœu de remplacer Vi après que de bons cadres aient exécutés après de fausses accusations. Il fut remplacé par Ya [5] .
- Vorn Vet (de son vrai nom Sok Thuok, Penh ou Ping Thuok, alias Von, frère 87) : combattant Issarak dans un mouvement de droite sous la direction de Savang Vong, puis de gauche, sous direction Vietminh, il rencontra, en 1954, Saloth Sar/ Pol Pot qui le fit entrer dans le Parti en décembre 1954 [6] . Vet connut bientôt quatre mois de prison, puis devint comptable ou employé des douanes nationales. Actif dans la branche urbaine du Parti, professeur à Chamroeun Vichea en 1956, il assista sans doute, dans la seconde moitié des années soixante, à des réunions à l’office 100 à Tay Ninh. Il aida Hou Yuon, Hu Nim et Khieu Samphan à s’enfuir de Phnom Penh en 1967, et partit à son tour en 1969. Après 1970, il devint chef de la Zone Spéciale du FUNK, aux environs d’Amleang, et s’occupa de l’organisation du réseau clandestin du Parti à Phnom Penh derrière le titre frontiste de vice-ministre de l’Intérieur et de la Sécurité du GRUNK. D’après Ith Sarin, son rang dans le Parti, du temps de la guerre, était plus élevé que pour Hou Yuon et Hu Nim. Il en fut de même en 1975 lorsqu’il devint membre du Comité Permanent du Comité Central, responsable de la zone spéciale de Phnom Penh, et vice-premier ministre chargé de la Défense puis de l’Economie (industrie, chemins de fer et pêche), ce qui l’amena à accompagner Pol Pot et Ieng Sary en Chine en septembre-octobre 1977. Arrêté le 18 décembre 1977, il fut éliminé en novembre 1978, et nombre d’ouvriers du ministère de l’Economie à sa suite, non sans résistance.
- Ya (alias Nei Sarann, Nay Saran, Mæn San, Sieng) : engagé dans la rébellion Khmer Vietminh depuis la fin des années quarante, il enseigna au collège privé Chamrœun Vichea dans les années cinquante [7], et vécut, vers 1964, avec Pol Pot et d’autres chefs du Parti après leur départ à la frontière vietnamienne en 1963. Commissaire politique de Sao Phim à l’Est en 1969, il fut chargé de la logistique armée en 1970-1975, et de la zone Nord-Est. D’abord chargé sous le K.D. de la logistique à l’Etat-Major des forces armées, il redevint secrétaire du Parti de la zone Nord-Est à la place de Vi à partir de janvier 1976. Exclu du Comité Central il fut arrêté le 20 septembre 1976 le même jour que Keo Meas. L’étude des confessions de Koy Thuon montre que Ya trouvait aventuriste la ligne de mener la lutte sans armes avant 1970, de s’aliéner le soutien des Vietnamiens pendant la guerre, et après 1975, d’abolir la monnaie et les marchés, de créer d’énormes communes populaires alors que les masses n’étaient pas prêtes, de faire travailler les gens nuits et jours, de ne pas donner leur place aux intellectuels petits-bourgeois, de transformer le Cambodge en satellite de la Chine. Le nouveau Parti qu’il aurait aimé fonder n’aurait cependant pas comporté de retours d’Hanoi dans le haut de l’organigramme.
- Yun Soeurn : étudiant marxiste en France jusque vers 1956. Co-fondateur du Cercle d’Etudes Marxistes cambodgien, il partit à Hanoi avec Rath Samoeun et suivit avec lui des cours politiques en Chine. Revenu au Cambodge en 1970, il devint secrétaire adjoint du secteur 22 au Sud de Kompong Cham dans la région Est, nommé à ce poste par le cadre intellectuel Seat Chhae, qui était en désaccord avec Sao Phim sur la question de la place à donner aux retours d’Hanoi [8]. Il fut incarcéré à S-21 le 4 novembre 1976 [9]. Quelques unes de ses peintures, sur la moisson par exemple, ornaient la maison de certains dirigeants du K.D..
- Yun Yat (alias At) : Fille de petit commerçant dans l’orfèvrerie. Jeune professeur de mathématiques ou de sciences physiques au lycée Sisowath, son tempérament réservé s’affirma lorsqu’elle se maria avec Son Sen à Siem Reap en 1956-1957, puis lorsqu’elle rejoignit le maquis en 1965. Au début des années soixante, elle obtint, à l’Institut Pédagogique, son diplôme d’aptitude à enseigner les mathématiques dans le secondaire. Ayant gardé un caractère assez effacé et peu loquace au pouvoir, elle aurait néanmoins été, selon Ieng Sary, interrogé en décembre 1996, une assistante influente du Comité Militaire du Comité Central, dont les membres étaient Pol Pot, Son Sen et Nuon Chea. Elle aurait assisté son mari Son Sen dans l’examen de tous ses dossiers, y compris ceux concernant les purges [10] . Chargée de la Propagande et de l’Education à l’intérieur et à l’étranger par une réunion du Comité Permanent du 9 octobre 1975, elle occupa le poste (mineur) de ministre de la Culture et de l’Education en avril 1976 avant de devenir en 1977 ministre de la Culture, de la Propagande, et de l’Education, en remplacement du ministre de l’Information et de la Propagande Hu Nim. Elle avait expliqué en mars 1978 à des journalistes yougoslaves que toutes les écoles de l’ancienne époque avaient été fermées afin de créer les possibilités de développement d’une “ culture nationale, populaire, progressiste et saine d’où serait détaché tout élément de l’impérialisme pourri ”. Elle ajouta que le bouddhisme était “ un vestige du passé, oublié et dépassé ” un “ instrument d’exploitation et de pressions par les classes dirigeantes qui n’y croyaient pas elles-mêmes ” [11] . Elle fut exécutée sur ordre de Pol Pot en même temps que son mari le 10 juin 1997 à deux heures du matin.
[1] Communication personnelle de Suong S. La liberté, bi-hebdomadaire de Phnom Penh, 11 juillet 1958.
[2] Synthèse des confessions de Van Piny alias Teut, par Steve Heder. Synthèse de confession de phouk Chhay dans Searching for the Truth, N°5, May 2000, p.8.
[3] Synthèse des confessions de Tiv Ol alias Penh et de Kae Keum Huot alias Sot, par Steve Heder. In Sopheap, Khieu Samphân, agrandi et réel, 2001-2002, version dactylographiée, p.76, n.9.
[4] Kiernan, How Pol Pot ..., p.276. Entretien avec Charles Meyer, février 2001.
[5] Synthèse des confessions de Koy Thuon alias Khuon alias Thuch, par Steve Heder.
[6] Kiernan, How Pol Pot ..., p.172.
[7] Kiernan, How Pol Pot ..., p.176.
[8] Synthèse des confessions de Koy Thuon alias Khuon alias Thuch, par Steve Heder.
[9] Confession de Hu Nim, Chandler, Kiernan, Pol Pot plans the future, p.263.
[10] Steve Heder, Documentary evidence linking ... p.33, qui cite Ieng Sary en décembre 1996.
[11] Radio Tanjug, 11 mars et 23 mars 1978 S.W.B., Far East, BBC, 13 mars, 28 mars et 29 avril 1978.