Notices biographiques (N à P) copiées de la thèse de Sacha
- Nat (alias Im Lon) : vice-président de l’Etat-major général. Purgé.
- Ney Saran (voir Ya).
- Nghet Chhopininto: Orphelin à quatre ans, d’un père qui était un des premiers médecins du Cambodge, formé à Hanoi. Après des études au collège technique de Russey Keo, il partit en France en 1949 grâce à une bourse et suivit l’Ecole des Travaux Publics. Il participa aux réunions de l’A.E.K. et alla à quelques meetings anticolonialistes du P.C.F. pour soutenir la lutte de libération du Vietnam. Sa bourse lui fut retirée en 1953. Après quelques années au Cambodge de 1956 à 1964, où il travailla comme chef du service voie et bâtiments dans les chemins de fers royaux, il retourna en France, suivit l’Ecole supérieure des cadres de la voie et des bâtiments de la S.N.C.F. (Chemins de fers) à Louvres en région parisienne, et devint chef d’études à la gare d’Austerlitz (Paris). Président de l’Association des Travailleurs Khmers à l’Etranger en 1971, il estima, comme Sihanouk, que le coup d’Etat de 1970 était le fait de la CIA. En septembre 1975, il demanda à rentrer au pays. De novembre 1976 à 1983, il occupa le poste de président du Comité des Patriotes du K.D. en France qui faisait suite au Comité du FUNK. Ce Comité était présidé jusqu’alors par l’ancien président du Comité du FUNK, Hing Un. Lorsque la mission diplomatique du Gouvernement du Kampuchéa Démocratique cessa ses fonctions après que nombre de ses membres soient retournés au pays, suite au rappel des diplomates en mission à l’étranger, en juillet 1976, le Comité des patriotes du K.D. prit en charge la liaison avec l’ambassade du K.D. à Pékin pour transmettre les demandes de passeports ou de prolongations de passeport. Le comité des patriotes réalisait des traductions non officielles de documents du K.D. reçus tantôt en cambodgien tantôt en français via Pékin, et s’occupait de transmettre au K.D. via son ambassade à Pékin des documents administratifs concernant les candidats au retour venus d’Europe de l’Est, des USA, du Japon, etc., qui devaient tous passer par Paris [1] (et remplissaient une autobiographie). On comptait parmi eux des anciens soldats et officiers républicains parfois embarqués de force aux Etats-Unis par leurs généraux [2]. Ce n’est qu’en juin 1979 que Chhopininto et d’autres membres du Comité apprirent que les étudiants et intellectuels patriotes partis au Kampuchéa avaient connu des difficultés terribles et que certains étaient morts. Jusque-là, les membres du Comité avaient certes eu des échos des récits de réfugiés, mais ne les croyaient pas (dans une mesure que nous ignorons). Chhopininto continua d’assumer ses fonctions pour soutenir la résistance naissante face aux Vietnamiens. La dix-septième chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris lui donna raison le 6 janvier 1986 à l’issu d’un procès contre l’Express qui l’accusait le 19-25 avril 1985 d’avoir joué “ un rôle terrible de dénonciateur ” en établissant des “ rapports ” sur les intellectuels candidats au retour. Il faut dire que L’Express tentait cavalièrement de lister des Cambodgiens “ responsables directement et indirectement du génocide cambodgien ”... Un droit de réponse fut accordé à Chhopininto et à Mme Sopheap dans l’Express du 21-27 juin 1985. Les attestations produites en justice par Chau Soc Kon et Men Mol indiquèrent que les enveloppes et colis envoyés par le Comité en dehors de la voie postale à l’ambassade à Pékin n’étaient nullement “ scellés ” et contenaient des revues du Comité, des demandes de passeports ou de prolongations de passeports, et des médicaments. Les candidats au départ partaient avec enthousiasme pour aider le pays à se reconstruire ou pour rejoindre leur famille. Chhopininto dirigea ensuite la revue Kampuchea. En 1991, il créa le bulletin La renaissance khmère, qui prit la succession de Résistance khmère.
- Non Suon (Chey Suon, Chey) : d’extraction populaire, il admettait avec difficulté la venue d’étudiants de classes moyenne ou bourgeoise dans le mouvement Issarak communiste. Porte-parole du Pracheachun (le parti légaliste), membre suppléant du Comité Central du Parti des travailleurs Khmer, il fut arrêté en janvier 1962, quelques mois avant les élections, et condamné à mort avant d’être grâcié en 1963 au moment où Sihanouk était à Pékin. Libéré en 1970 il serait devenu au bout de cinq mois, secrétaire du P.C.K. dans le secteur 31, au Nord de Phnom Penh, dans la province de Kompong Chhnang. Il aurait également été commissaire politique de la région de Saang-Koh Thom sous le nom de Chamroeun Chey (Chey le progressiste ?). Appelé à Phnom Penh pour être chargé en avril 1975 de la Banque Nationale, il devint rapidement membre du Comité Permanent du Comité Central du P.C.K. chargé de l’agriculture, sous le nom de Chey Suon, avant d’être incarcéré à S-21 (Tuol Sleng) le 1er novembre 1976, dix jours après Keo Meas et Ya. Il y fut interrogé plusieurs mois.
- Nuon Chea (alias Long Bunruot, Long Rith, Muon, frère n°2): Sino-khmer [3] originaire de Battambang. Etudiant en droit à l’université Thammasat de Bangkok autour de 1945-1948, il travailla comme fonctionnaire à temps partiel au ministère des Affaires Etrangères Thaïlandais et aurait adhéré au P.C. thaïlandais en juin 1950, avant d’intégrer la guérilla à Phum Soung dans la commune de Samlaut en tant que cadre secondaire dans le département de l’éducation et responsable du journal Issarak [4] et d’être formé au Nord-Vietnam en 1952 ou en 1954 [5] . Nuon Chea ne vint pas en France. Dès 1960, il était le numéro deux du Comité Permanent du Comité Central du Parti communiste du Kampuchéa. De 1954 à 1970, Nuon Chea, resta principalement à Phnom Penh, semble-t-il sous une étiquette de marchand [6], tout en rendant quelques visites à ses camarades dans leur base arrière. En 1964-1965, il aida Ros Nhim à réorganiser le parti dans le Nord-Ouest. Il ne paraît pas avoir été particulièrement formé militairement, mais se retrouva, pendant la guerre 1970-1975, vice-président du haut commandement militaire des Forces Armées Populaires de Libération Nationale du Kampuchéa chargé de la direction politique (Pol Pot étant chargé de la direction militaire). Le 9 octobre 1975, il fut désigné numéro 2 du Comité Permanent du Comité Central, chargé du travail du Parti, du bien-être social, de la culture, de la propagande et de l’éducation formelle (ou du travail de conscience). Il occupa les postes de secrétaire adjoint du Comité Central, de président du Comité Permanent de l’Assemblée des Représentants du Peuple et de Premier ministre par intérim entre le 27 septembre 1976 et janvier 1977 (tel que ses fonctions apparaissent à la radio à l’époque), et de secrétaire de la zone Est après l’arrestation de Sao Phim. Il travailla en étroite collaboration avec Son Sen au fonctionnement répressif de S-21 (Tuol Sleng), dont les confessions lui étaient massivement envoyées (vingt-sept à son nom, contre seulement une à Pol Pot, deux à Ieng Sary, et quatre à Kæ Pok, sans compter celles envoyées à “ Frère(s) ” – vingt et un – et celles à “ l’Organisation ” – trente-trois [7] ). Avec Chheum Sam-aok alias Pâng, directeur de l’Ecole du Parti S-71, il avait sous sa coupe les centres de rééducation de Bœng Trabek et de Kompong Cham (B17 et B 18). Personnage clef du système de répression, apparaissant comme quelqu’un de froid et sans cœur, il ne se mettait guère en avant, mais était sans doute un fin stratège. Il resta un des chefs de la guérilla khmère rouge jusqu’au 25 décembre 1998, date de sa reddition avec Khieu Samphan. Devant les journalistes, il prononça une phrase d’ “ excuses ” “ non seulement pour les vies humaines, mais aussi pour les vies d’animaux perdues pendant la guerre ” (une référence à la réincarnation ?). Interrogé en juillet 2001 par le Phnom Penh Post il prétendait ne s’occuper que d’éducation et de l’Assemblée Nationale, les décisions concernant la sécurité étant prises par Pol Pot et Son Sen au Comité Militaire du Parti : “ Je ne sais toujours pas où est Tuol Sleng ”, avait-il l’affront d’affirmer [8].
- Ok Sakun: Né le 28 décembre 1932 au srok de Bakan (Pursat), de parents cultivateurs. Elève au lycée Sisowath. Arrivé en France en 1949, il passa son baccalauréat de mathématiques en 1952, et aurait échoué au concours d’entrée de la prestigieuse Ecole Centrale (formation d’ingénieurs). Il habita le 28, rue Saint-André-des-Arts jusqu’en 1956. C’est dans sa maison de chef de l’exploitation des chemins de fers royaux, à la gare de Phnom Penh, que se réunit le premier congrès fondateur du parti des Travailleurs Khmer. Au moment où la tension politique s’accrut et que Pol Pot, Ieng Sary et Son Sen prirent le maquis, il rejoignit sa femme à Montrouge en périphérie de Paris en 1963, étudia à l’Ecole Supérieure des Transports jusqu’au diplôme de fin d’études en 1965 pour lequel il dut écrire un mémoire. Il s’inscrivit aussi à la Faculté de droit et sciences économiques de 1964 à 1967 se montrant un très bon élève en économie politique. En 1967, il prit soudainement le maquis avec Khieu Samphan. De 1971 à décembre 1975, il était chef de la mission du FUNK à Paris, au 2, place de Barcelone, disposant aussi à partir de juin 1972, d’une annexe au 15 quai Louis Blériot. Il eut l’occasion de se rendre à Pékin (1974) en Roumanie (1974), et aux Assemblées de l’ONU pour défendre la reconnaissance internationale du GRUNK aux côtés de Khieu Samphan et Ieng Sary. Sous le K.D., il devint membre du département de Politique Générale comme le furent Thiounn Prasith , Keat Chhon, et Chan Youran. Après un bref séjour à la campagne, il réapparu à B-1 un peu grossi, ce qui alimenta la propagande voulant que l’on mangeait mieux à la campagne. Fin septembre 1977, il aurait appris avec joie qu’il avait organisé et assisté dix-sept ans plus tôt à la fondation du Parti [9]. Il semble à la lecture de la confession de Toch Kham Doeun que l’Angkar ne lui faisait pas vraiment confiance. Ambassadeur du K.D. auprès de l’UNESCO (Paris) jusqu’en 1991.
- Peung Sây (Ping Say) : participant de la lutte indépendantiste, il rejoignit le Parti Démocrate en 1954. Devenu communiste, il dirigea le journal progressiste Aekapheap avant d’en être arrêté en 1956 la veille de son mariage et d’être écarté du Parti dans les années soixante. En 1970, il gagna les zones libérées et travailla aux côtés de Hou Yuon, avant d’être employé au ministère de l’Education en 1976, pour écrire des manuels. Arrêté par les Vietnamiens en 1979 il fut retenu à T3 jusqu’en 1991.
- Phouk Chhay (alias Nang, alias Touch): né en 1936 à Svay Prey, district de samraong, province de Ta Keo. Etudiant au lycée Descartes en 1956, débutant des études de droit en 1959, il sera influencé par Hou Yuon, professeur d’économie et Uch Ven, secrétaire de la bibliothèque de doirt et président de l’association Chamroeun Vichea. En 1960, il devient tuteur de plusieurs établissements privés en 1960 (Chaktomuk, Khmera, Chamroeun Vichea, Pra Sae Sik Sa). Uch Ven l’entraîne en 1961-1962 à écrire dans la Dépêche, journal auquel collaborent également Hu Nim, Pok Deuskomar, Ruos Ched et So Nem, qui tous deux travaillent au ministère es Affaires Etrangères. En avril 1963, il est engagé au ministère des Affaires Etrangères et se marie peu après dans la province de Pursat. Il est engagé en février 1964 dans la banque nationale de crédit aux côtés de Uch Ven et Pok Deuskomar [10] , devient membre dirigeant de l’Association Générale des Etudiants Khmers fondée en décembre 1964, et militant de l’association d’Amitié khméro-chinoise en 1965, et achève en 1965 sa thèse de sciences politiques sur Les élites politiques du Cambodge contemporain (1945-1965) à la faculté de Droit et des Sciences Economiques de Phnom Penh. L’édition de 1966 s’intitulait Le pouvoir politique au Cambodge : Essai d’Analyse Sociologique, 1945-1965, 271 p. Cette thèse, tout en louant à certains égard la politique de Sihanouk, montrait la lenteur qu’avait le pays à renouveler sa classe politique au sommet, ainsi que la non application de certaines idées de démocratie sangkumienne, et en appelait surtout à une accentuation de l’éducation et de la politisation des masses. Chhay estimait que l’Etat était fort grâce à la conscience des masses et faisait sienne cette pensée de Maurice Duverger : “ [L’Etat] est fort quand les masses savent tout, quand elles peuvent juger de tout et vont à l’action consciemment ”. Employé de la Banque d’Etat et vice-commissaire général à la Jeunesse Socialiste Khmère en 1964-1965, il dirigea une délégation de la jeunesse cambodgienne durant deux mois en Chine en août 1965, partit à Cuba en juillet 1966, et fut nommé grâce à Chau Seng, directeur général de la Compagnie Nationale d’Importation (SONAPRIM) en août 1966. Arrêté en octobre 1967 en tant que président de l’AGEK, il fut condamné à mort en avril 1968, puis détenu à Kirirom. Peut-être parce qu’il avait réussi à s’insinuer dans les bonnes grâces des personnes importantes qui avaient des affaires communes avec la famille royale, sa mère obtint sa libération par l’intermédiaire de la Mère de Sihanouk. Sihanouk annonça sa libération en décembre 1969. Celle-ci prit effet en février 1970, mais Chhay resta sous surveillance. Après le coup d’Etat d’avril 1970, il contacta Toch Phoeun pour l’aider à prendre le maquis. Celui-ci le mit en contact avec Vorn Vet qui organisa son départ en juillet 1970. En mai 1971, il devint membre du Parti sur recommandation de Thuch Rin, mais il explique qu’il resta longtemps à Phnom Pis sans avoir rien d’autre à faire que d’écouter la radio. En 1972, il devenait membre du fictif Comité de la ville de Phnom Penh en tant que représentant de la jeunesse et des étudiants, tout en étant commissaire politique de l’armée du Sud-Ouest en 1972 (Ith Sarin). D’après sa confession, il commença des missions en compagnie du secrétaire de Zone de Kampong Speu en janvier 1974. Il retourna à Am Leang en juin 1974. A partir d’avril 1975, il fut chargé d’accueillir les experts chinois à l’aéroport de Pochentong dont il avait la charge pour les contacts extérieurs – il était d’ailleurs marié à une chinoise –, puis fut transféré au bureau du Comité Central (office 870) où il s’occupait d’émettre des émissions radio et d’affaires économiques [11]. Secrétaire personnel de Pol Pot en 1974-1975, il fut purgé fin 1976 après avoir été impliqué comme d’autres enseignants dans la confession de Koy Thuon.
- Phung Ton: docteur en droit en 1954 à Paris, il y laissa une thèse sur La crise cambodgienne. Il participait aux réunions du Cercle d’Etudes Marxistes, il était progressiste sans être communiste. D’abord membre acif du Parti Démocrate, il adhéra au Sangkum mais refusa plusieurs offres ministérielles de Sihanouk. Agrégé de Droit à Paris, il devint directeur de l’Enseignement Supérieur du Cambodge et chargé de cours en Droit Public et Droit International à la Faculté de Droit de Phnom Penh. En 1968, il fut arrêté alors qu’il était Recteur de l’université de Kompong Cham. Après le 17 avril, il retourna au pays pour retrouver sa femme diabétique et sa fille atteinte de polio et fut transféré à Bœng Trabek le 12 décembre 1975, avant d’être finalement transféré à S-21 (Tuol Sleng) le 29 avril 1977 [12].
- Phuong : voir Ek Phon.
- Pin : secrétaire de la division 703 et membre du Comité de la zone Est.
- Poc Deuskoma (Pok Deus Komar): Issu d’une grande famille de fonctionnaires quelque peu critiquée par Sihanouk. Etudiant en France de tendance “ progressiste ” marié à une française. En poste à l’ambassade cambodgienne en Australie de 1959 à 1961 avec son oncle il fut rappelé quelques semaines à Phnom Penh parce qu’ils n’avaient pas protesté avec suffisamment d’énergie contre un article écrit par le journaliste Denis Warner. Phouk Chhay écrit dans sa confession que le Parti avait assigné en 1964 à Deuskomar la tâche de contrôler la Dépêche pour les questions politiques et d’encourager l’établissement d’une Association d’Editeurs de Presse. En 1966 il confia à un ami être devenu communiste. Sa collaboration à la Dépêche du Cambodge attira sur lui la surveillance de la police. A ses yeux, Chau Seng, le directeur de la Dépêche, n’était que superficiellement engagé à gauche. Assistant, comme Uch Ven, de Chau Sau, directeur de la Banque Nationale de Crédit, il aurait fait partie, d’après la confession de Hu Nim, du réseau urbain dirigé par Vorn Vet . Après l’arrestation de Chau Sau qui était accusé d’approvisionner les rebelles, Deuskoma s’évanouit dans la nature au cours d’un voyage à Kompong Cham en juillet 1968. Il séjourna en fait à Phnom Penh ou à Kampot pendant un an avant de pouvoir établir un contact avec un groupe de maquisards à Kirirom à l’Ouest. Ce délai ne semble pas provenir de son manque d’implication dans le mouvement communiste, car Nuon Chea , dans son interview avec des Danois, expliqua qu’entrer dans le maquis prenait souvent du temps avant de s’assurer qu’une personne ne serait pas suivie. Vice-ministre des Affaires Etrangères du GRUNK, il apparut sur des photos en 1972. Il semble être mort dans le maquis [13] et fut impliqué comme agent de la CIA dans la confession de Vann Tep Sovann.
- Pok (voir Kæ Pok).
- Pol Pot (de son vrai nom Saloth Sar, alias Pouk (le matelas), Pol, frère n°1, 009, Phem après 1979) : Il serait né le 19 mai 1928, selon des registres du protectorat établis en 1950, ou selon lui en janvier 1925 car il aurait menti sur son âge pour bénéficier d’une bourse d’études à destination de la France, comme il était courant de le faire [14]. Son grand-père avait la réputation d’avoir été un grand guerrier. Ses parents, Phen Saloth et Sok Nem, étaient propriétaires de neuf hectares de rizières, de trois hectares de jardin, et de plusieurs buffles, à Prek Sbauv, district de Kompong Svay, à quelques kilomètres au Nord-Est de Kompong-Thom, sur la rivière Sen. Dans la région, ces propriétés terriennes correspondaient à celles d’un paysan moyen. Un français a indiqué que les habitants de Kompong Thom étaient de tout le pays, “ les plus profondément Cambodgiens et les moins sensibles à notre influence ”. Son père sponsorisait plusieurs fêtes religieuses mais n’utilisait pas de serviteur, il faisait travailler ses enfants ses neveux, et des travailleurs des environ au moment des récoltes (mais un des trois frères de Saloth Sar indique que celui-ci n’y participa pas). La propriété produisait six tonnes de paddy par an [15]. Pol Pot lui-même avançait en mars 1978 avoir passé six ans dans une pagode, “ comme le voulait notre coutume ” pour “ recevoir une éducation ”, dont deux ans à être bonze [16]. David Chandler et Ben Kiernan réduisent cette période à moins de deux ans, dans une pagode proche du Palais Royal, en tant que novice, à l’âge de 6-7 ans (en considérant qu’il est né en 1928), alors que d’après Saloth Niap, interrogé par Henri Locard, il y passa trois-quatre ans entre 7 et 10 ans d’âge [17] . Ce fut le seul moment de ses études où l’enseignement lui fut donné en khmer, car il fut ensuite inscrit six ans dans une école catholique, l’école Miche, où les cours étaient dispensés en français, puis, à l’âge de quatorze ans, à l’école Norodom Sihanouk de Kompong Cham de 1942 à 1948. Parmi ses six frères et sœurs, son frère Loth Suong était fonctionnaire au Palais au bureau du protocole, sa cousine Meak était danseuse au corps du ballet royal et était une des favorites du Roi Monivong, et sa sœur Sarœung était également une des trente ou quarante concubines du Roi [18] . Après n’avoir obtenu qu’un brevet technique en menuiserie, Sar s’inscrivit en radio-électricité à Paris de septembre 1949 à décembre 1952. Participant occasionnel du Cercle d’études marxistes et membre du P.C.F. en 1950-1952, il s’abreuva abondamment de lectures communistes et alla en vacances en Yougoslavie à deux reprises. Revenu à Phnom Penh le 14 janvier 1953, il entra dans le mouvement clandestin, puis rejoignit en août 1953 une base Khmer Vietminh jusqu’aux accords de Genève. Ensuite, il enseigna le français, l’histoire, la géographie et la morale (selon M.-A. Martin) ou l’instruction civique (selon Chandler) au collège privé Chamroen Vichea jusqu’en 1963. Secrétaire du Parti des Travailleurs (communiste) à partir de 1962, il dirigea l’office 100 dans les environs de Tay Ninh au Sud-Vietnam et passa quelques mois à Hanoi et en Chine de juin 1965 à septembre 1966. De 1966 à mars 1970, il s’établit, avec le reste du Comité Central dans la région de Ratanakiri, au Nord-Est. Pol Pot se rendit quelques jours à Hanoi et Pékin, puis le Comité Central vint se fixer en décembre 1970 à Stœng Trâng, au Nord de la ville Kompong Cham, entre Prêk Kak et Spoe Tbong, à l’Ouest du coude du Mékong. En 1970, il devint vice-président au commandement militaire des Forces Armées Populaires de Libération Nationale du Kampuchéa chargé de la direction militaire (à l’époque il existe aussi des Forces Armées Populaires de Libération du Sud-Vietnam). Secrétaire du Comité Central, et numéro 1 du Comité Permanent du Comité Central du P.C.K., chargé de l’ensemble de l’économie et de l’armée depuis octobre 1975, il devint Premier ministre en titre du Kampuchéa Démocratique d’avril 1976 au 27 septembre 1976, poste qu’il céda officiellement à Nuon Chea pour “ prendre soin de sa santé qu’il avait mauvaise depuis plusieurs mois ”, jusqu’en janvier 1977. A cette date, Nuon Chea était encore Premier ministre par intérim, bien que la Chine ait transmis le 25 octobre 1976 les messages de félicitations de Khieu Samphan , Nuon Chea, et du “ Premier ministre ” Pol Pot. Une des rares sources révolutionnaires qui ait daigné nous répondre sur ce sujet, affirme qu’il était parti pour l’étranger vers une destination secrète, et nullement pour des raisons de santé. On peut également s’apercevoir que son départ faisait suite à des mises en garde formulées par Son Sen le 9 septembre 1976 au sujet d’un possible coup d’Etat. Cela a pu favoriser sa volonté éventuelle de s’éclipser pour observer les effets sociaux de son départ, pour prendre en main des purges, ou pour rendre visite à d’autres partis communistes. Il arrive que l’on qualifie l’idéologie ou le phénomène révolutionnaire au Kampuchéa de Polpotisme, alors que Pol Pot ne fut pas l’unique idéologue du programme du P.C.K. ni le seul responsable de tout ce qui se produisit dans le pays comme tendent à le faire croire ses anciens collaborateurs soucieux d’être laissés en paix. Il est mort le 15 avril 1998 peu avant minuit, d’une attaque cardiaque, d’un suicide, ou d’une autre cause non naturelle, six jours après que Bill Clinton ait demandé son arrestation au gouvernement thaïlandais.
- Pol Sarœun: cadre de l’état-major général de la zone Est, sous la direction de Sao Phim.
[1] Y Phandara, Retour à Phnom Penh, op. cit., p.39.
[2] Ong Thong Hoeung, Illusions perdues, version inédite de septembre 2001, p.5.
[3] David Chandler, Pol Pot, op. cit., p.94.
[4] In Sopheap, Khieu Samphân, agrandi et réel, 2001-2002, version dactylographiée, p.14.
[5] Laura Summers, “ A comment on Nuon Chea’s statement ”, Journal of Communist Studies, vol.3, n°1, March 1987, p.6. Searching for the Truth, N°3, March 2000, p.18.
[6] Non Suon indique qu’il était dans les affaires afin de tromper l’ennemi (Kiernan, How ..., p.157).
[7] S. Heder & B. D. Tittemore, Seven Candidates for prosecution…, june 2001, p.55, n.223, pp.71, 95.
[8] Le Monde, 31 décembre 1998, p.4. PPP, Issue 10/15, july 20-August 2, 2001.
[9] Témoignage dactylographié de Laurence Picq, p.246, qui précise qu’a la fin de septembre 1977, il aurait appris avec joie qu’il avait organisé et assisté dix-sept ans plus tôt à la fondation du Parti, ce qui est démenti par le fait qu’il en était déjà conscient plus tôt (il l’avait notamment confié à Pierre Brocheux en 1973).
[10] Synthèse de sa confession dans Searching for the Truth, N°5, May 2000, pp.8-10.
[11] Synthèse des confessions de Koy Thuon alias Khuon alias Thuch, par Steve Heder.
[12] Base de données biographiques du Cambodian Genocide Program (www.yale.edu/cgp).
[13] Milton Osborne, Before Kampuchea, pp.74-83. Kiernan, 1985, p.276. Meyer, p.388. Ith Sarin, p.219. Searching for the Truth, N°5, May 2000, p.9.
[14] Ben Kiernan, How Pol Pot ..., p.25. F.E.E.R. du 30 octobre 1997, p.21, interview par Nate Thayer.
[15] Ben Kiernan, How Pol Pot..., pp.25-26.
[16] Selon le bhikkhu Meas-Yang, l’enseignement de la lecture et de l’écriture durait au moins un an, celui des trois Chbab trois ans, et l’enseignement du Pâli et de la religion un ou deux ans, soit effectivement un total de cinq à six ans. Ensuite était envisagé le choix du métier ou de l’ordination (Le bouddhisme au Cambodge, Etudes Orientales n°6, éd. Thanh-Long, août 1978, Bruxelles, pp.46-47).
[17] David Chandler, Pol Pot ..., p.25.
[18] Ben Kiernan a interrogé ses trois frères, dont Loth Suong, How Pol Pot ..., p.26-27.