Notices biographiques (L à M) copiées de la thèse de Sacha

Publié le par Sacha Sher

- Leav Keo Moni : En juin 1954, il était ministre de la justice du Gouvernement Central issarak dirigé par Son Ngoc Minh . Khmer Hanoi revenu en 1970, il fut chargé du district de Srei Snam près de Siem Reap, jusqu’à sa mort de cause apparemment naturelle en 1972.

- Long Norin (alias Rith) : né en 1938 à Krainling (Krang Leou ou Krang Laav), une commune baptisée qualifiée de “ bestiale ” (térechan) par les colonialistes via une ordonnance royale, car le résident français de Kompong Chnang Bardez y avait été tué en avril 1925 après être venu arrêter des villageois pour prélever des taxes [1] (un épisode inscrit dans l’histoire du Parti Communiste du Kampuchéa). D’abord attiré par Youtévong, il le considéra ensuite comme un “ démocrate libéral ” au même titre que Son Ngoc Thanh. Etudiant à l’Institut National Pédagogique de Phnom Penh, il fréquenta la cellule politique de Son Sen, grand lecteur de Mao. Parti de la lutte pour l’indépendance, il critiqua le pouvoir de droit divin plus ou moins absolu du Roi, et se tourna vers Mao qui disait “ Le pays veut l’indépendance, et le peuple le progrès ”. De 1961 à 1971, il étudia l’Education Physique et Sportive à Prague, où il était en contact avec l’Union Internationale des Etudiants, d’obédience communiste. Prague comptait alors une trentaine d’étudiants cambodgiens, qui purent s’apercevoir, comme Long Norin, de la présence grandissante des Soviétiques après 1968. Il visita la France en juillet 1965. De 1970 à 1975, il fut responsable du Comité du Ping-Pong au sein du GRUNK. En 1974, il fit partie d’un groupe d’intellectuels volontaires pour servir le Front. Ieng Sary les prévint alors qu’ils risquaient d’être malades de malaria. Il fut envoyé travailler à Stœng Trâng, puis, moins d’un an, au Nord de Preah Vihear, afin de connaître les besoins du peuple, à la demande de Khieu Samphan. Le peuple réclamait trois choses : médicaments, étoffe et sel. Sous le K.D., il fut dactylographe-secrétaire au ministère B-1 et responsable de la sécurité pour ce qui était d’organiser des gardes, notamment au Palais Royal. En l’an 2000, Norin est secrétaire du MUND, présidé par Ieng Sary.

- Mak Ben : né en 1944. Diplômé de l’Ecole Royale d’Administration dans les année soixante, il travailla au Palais Royal, passa sa licence de droit, puis étudia l’Economie et les Finances à Paris de 1967 à 1972, à l’Institut d’Administration des Entreprises, et à l’Institut de développement économique et social, avant de devenir docteur en économie de l’université Dauphine de Paris. Il se rendit à Pékin en 1973, travailla au ministère des affaires étrangères du GRUNK, et rejoignit la zone khmère rouge vers fin 1974-mi 1975. De mai 1975 à mi-1976, il fut envoyé, comme d’autres intellectuels et cadres du GRUNK, dont Van Piny, dans une coopérative à Preah Vihear, au Sud de Rovieng. Admis au ministère des Affaires étrangères en 1976, il travailla vers 1978 au Département de la Presse et de l’Information dirigé par Suong Sikœun. En 1979, il faisait partie du personnel de l’ambassade du K.D. à Pékin. Il devint conseiller d’ambassade en Yougoslavie, puis participant des négociations de paix aboutissant aux accords de Paris de 1991. Membre de la délégation du K.D. au Conseil National Suprême, il resta ambassadeur attaché au ministère des Affaires Etrangères Khmer rouge dirigé par Khieu Samphan.

- (Meah) Mon (alias Kæv Sâmang) : Président de l’état-major général de la zone Est et de l’Office de Sécurité de la zone Est (S-79).

- Meah Mut : secrétaire de la division 164, participant à plusieurs réunions de l’état-major général.

- Mey Mann :  né à Prey Veng en 1922. Son père exerçait une profession libérale. Il fit ses études primaires et secondaires à Phnom Penh. Ayant terminé le lycée Sisowath en 1944, il obtint un Diplôme d’Etudes Primaires Supérieures au Cambodge, entra à l’Ecole des travaux publics, effectua un stage d’un an près de Kompong Som, puis partit en France étudier à l’Ecole Eyrolles, une école préparatoire aux Travaux publics à Cachan, préparant à l’Ecole Supérieure des Travaux Publics. Membre du cercle d’études marxistes fondé par Ieng Sary, Rath Samoeun, et Thiounn Mumm, il milita activement au P.C.F. actif. Sa bourse lui fut supprimée en 1953 et il rejoignit Pol Pot dans les maquis Vietminh à l’Est. Directeur du collège Kamputh Both, il joua un rôle important dans l’embryon de parti qu’était le PRPC jusqu’en 1955. Remarqué comme candidat démocrate, sur recommandation de Pham Van Ba, il fut remarqué par la police et se montra discret, se consacrant à l’enseignement politique auprès des jeunes. Après 1963, il refusa la lutte armée et choisit de militer à Phnom Penh, tout en restant en contact avec le Parti via Khieu Komar, censeur au lycée Sisowath. On le classait parmi les progressistes. En avril 1975, le P.C.K., par l’entremise de Chan Chakrei, envoya les militants clandestins à la campagne. Mey Mann put retourner à son district d’origine, Ba Phnom, province de Prey Veng, où il fut traité comme un citoyen ordinaire dans la commune populaire de Chheu Kach. Il remarqua qu’une bonne partie du paddy récolté était acheminée ailleurs, perdit deux enfants, puis fut déplacé dans le district de Maung Russey à Battambang, dans la ferme collective de Domnak Roun. Malgré de très bonnes récoltes, on ne donnait pas à manger à la population. Lui-même mangea de la peau de buffle par deux fois. Après la mort de sa femme asthmatique, il se réfugia au camp de Kao-I-Dang. Il revit Pol Pot dans un camp, et ce dernier lui demanda de qui la famine était la faute. Mann répondit : “ C’est le Grand bond en Avant. Nous avons sauté si loin que nous nous sommes retrouvés au-delà de la frontière thaïlandaise ”. Pol Pot en rit, mais Mey Mann sut que cela l’avait touché. Il devint un des responsables du Site 8, le camp de réfugiés sous contrôle Khmer rouge, en Thaïlande près de Païlin, entre 1985 et 1992. En liaison avec l’APRONUC il fut l’un des promoteurs des “ villages de la réconciliation ” qui permirent d’intégrer en terrain “ neutre ” les réfugiés du Site 8 tenu par les “ Khmers rouges ” [2].

- Mey Phat : étudiant marxiste ayant suivi l’école préparatoire aux travaux publics dite Eyrolles à Cachan, au Sud de Paris, dans les années cinquante. Ingénieur du bâtiment devenu  professeur et écrivain, il rejoignit le GRUNK à Pékin en 1973 comme fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères. Interné à Bœng Trabek, il est arrêté début 1977.

- Mey Prang : Décrit en 1986 par Sihanouk comme un des fondateurs du Parti désigné par Pol Pot et Ieng Sary pour lutter contre lui à la tête des cheminots gauchistes grévistes entre 1955 et 1960 [3]. Candidat à Phnom Penh lors des élections fantoches d’avril 1976, il présida le Comité des Communications du K.D. en septembre 1977, et fut éliminé en novembre 1978.

- Mok Sovong : diplômé de l’Ecole d’Archéologie de Paris, vice-président de l’UEK depuis 1966 et secrétaire général en 1969. Il aurait périt de la malaria pendant la guerre ou durant un séjour de “ perfectionnement idéologique ” à la campagne, en 1975.



[1] Cet épisode inscrit dans l’histoire du Parti communiste Khmer, était le seul assassinat d’un officiel de haut rang français dans l’exercice de ses fonctions. Les écrivains nationalistes lui donnèrent une importance disproportionnée. Cf. David P. Chandler, A history of Cambodia, 2nd edition, Silkworm books, Westview press, 1993, pp.156-159. Chandler notait que la population manquait de nourriture, et avait vu Bardez déjeuner pendant que les prisonniers n’étaient pas autorisés à manger. D’après Long Norin la sécheresse régnait dans la région depuis trois ans, entretien du 11 juillet 2000.

[2] Henri Locard, Conversations avec Ieng Sary, Mey Man, Suong Sikœun & Long Norin, liés au mouvement révolutionnaire cambodgien, 1999, pp.10-22. Raoul Jennar, les Clefs du Cambodge.

[3] Norodom Sihanouk, Prisonnier des Khmers rouges, p.98.

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